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SON EXPOSITION AU SALON DES CENT

La Plume, fidèle au programme qu'elle s'est tracé, exposera dans quelques jours, dans son hall de la rue Bonaparte, un certain nombre d'oeuvres d'Eugène Grasset.

Le public ignore encore cet artiste, un des premiers de notre temps. C'est qu'aussi M. Eugène Grasset ne bat pas la caisse autour du berceau, contrairement à la mode du jour, lorsqu'il accouche d'une laborieuse esquisse... Il produit sans se tourmenter de cette gueuse tant prostituée : la Renommée. Il ne s'inquiète que de son œuvre en lui-même.

Et déjà cet œuvre est énorme. De son doigt prestigieux il a touché à toutes les branches de l'art, et l'on pourra voir au Salon des Cent un ensemble fort imposant, qui va procurer à quelques critiques retardataires l'occasion de découvrir « un inconnu » !

(( Mon atelier est bien pauvre, n'est-ce pas? nous dit-il ; je suis le plus malheureux des artistes : on me dévalise continuellement, je ne puis rien conserver de moi-même; je caresse mes compositions, et quand je commence à m'y plaire comme dans un éden par moimême créé, à l'instant même où elles deviennent intéressantes à faire, on me les vole : je veux dire on me les paye... L'argent du client est le mur qui me sépare de mon passé... »

L'atelier du boulevard Arago, un beau et large rezde-chaussée, — dans un jardin où poussent des odeurs de violettes, — est, en effet, médiocrement décoré; à peine quelques maquettes du maître, quelques affiches et quelques meubles qu'il composa. Toutefois quelques solides morceaux de sculpture, de l'antique et du Rodin.

(( Je vous avertis que je suis abruti par un rhume et qu'à mon cours, dont j'arrive, j'avais de la peine à enchaîner mes idées... Et cependant les heures que je passe là sont parmi les plus heureuses de mon existence. Aies trois années de professorat m'ont donné des résultats invraisemblables. Vous savez comme nous procédons? Je donne tel sujet à exécuter sur telle ou telle matière. Par exemple peinture murale, sujet : le cheval. Il s'agit donc, avec des chevaux d'un arrangement quelconque, de décorer tel pan de muraille.

ce La semaine suivante tous les élèves m'apportent leur esquisse, et j'indique les défauts et les qualités. Quand toutes les œuvres ont passé devant nos yeux, je fais un réumé, puis je généralise la leçon. La semaine d'après, les travaux reviennent achevés et sont le sujet de longues discussions d'art. J'ai quelques élèves tout à fait remarquables. D'ailleurs des récompenses sont venues nous dire que nous étions dans la bonne voie. Il y a trois ans nous eûmes l'idée de concourir : la Société d' 'Encouragement organisait un concours de reliure entre toutes les écoles de dessin de France. Nous envoyâmes deux élèves, Y Ecole des Arts décoratifs en délégua une quarantaine. Quel ne fut pas notre étonnement quand on nous apprit que nous avions les deux premiers prix ! Enfin, l'an dernier, pour le prix fondé par l'Union centrale, nous arrivâmes encore premiers pour la reliure et pour le lustre électrique... »

M. Eugène Grasset, le décorateur génial, le professeur ardent au progrès et à l'art, n'enseigne point à l'École de l'Etat, mais bien à la concurrence, sise rue Yavin, à Y Ecole normale de renseignement du dessin.

ET SON ŒUVRE

La Parade foraine.

(Extrait de Paris Illustré.')

Aucune subvention ne lui vient en aide; mais tous, maîtres et disciples, ont le sentiment d'être dans la bonne voie.

<( Travaillons pour nous, sans nous embarrasser des critiques desjautres, dit le maître en souriant; chacun l'ait ce qu'il croit être son devoir. »

Mais voici que, comme Grasset lui-même, j'oublie Grasset. ' <

D'ailleurs, je ne voulais qu'esquisser cette figure pas assez connue : ce croquis est le plus réel qu'on puisse faire de l'auteur de l'illustration merveilleuse des Quatre Fils Aymon (i88a-i883), et de ces chefs-d'œuvre de

allures de femmes, et le ton comme d'émail des fleurs immobiles que ni printemps ni hiver ne font osciller sur leur tige ! Des Parisiennes aux jolies robes dont Grasset imagine les tons, les ocellures, les florages, brochées, les appareillant par son goût, avec ces belles saintes qui pleurent ou adorent aux tableaux des primitifs des Flandres, montrent leurs grâces élégantes, un instant, mieux que par elles-mêmes, stylisées! Et si l'ornement est semblable aux bouquets d'hier, et la femme en sa face et son allure bien d'au-

Réduction d'une planche du Calendrier de la Belle Jardinière.

l'affiche : Jeanne d'Arc, VOdéon, la Librairie romantique, les Fêtes de Paris, la Place-Clichy, d'une si invraisemblable variété, de l'auteur des beau! cartons pour les vitraux de la cathédrale d'Orléans, auxquels on préféra quelque vulgaire travail d'école...

L'exposition de la Plume va hausser le maître illustrateur, le curieux architecte, le décorateur unique qu'est M. Eugène Grasset, à la renommée qui lui est due.

J. DES GACHONS.

Le Soir, 28 mars.

Cet almanach de Grasset où s'elTeuille en douze dessins un paradoxe sur la vie, soit de la figurer à l'état de fresques menues, maniables, un peu figées dans la gracilité des

jourd'hui, le pli de son attifement est de demain. Et cet album on le donnait, on l'ajoutait à la menue monnaie rendue, dans un magasin bien inspiré, ou quelqu'un avait deviné qu'il fallait évoquer l'art en son emploi, qui est de jeter un rayon clair et indéniable sur un amas de vulgarités, peut-être nécessaires, en tout cas étalées. C'est du grand art que celui qui satisfaisant les artistes peut de plus être passé aux mains de tous, cerlain de trouver chez l'élite un sourire approbatif, et chez les humbles la joie de l'image, la même que quand ils étaient enfants, puis une place de choix, sur la tablette, à côté des quelques livres aimés ou bien en toute sa gloire partout

ET SON ŒUVRE

éclatante, sur la muraille où toujours se portent les yeux.

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