DEVANT UNE STATUE
Et braver, comme nous, les railleurs de salon,
Pour lire avec des pleurs le Lac et le Vallon !
Dans le doute et le deuil, dans l'amour, dans la fièvre,
Quel flot de poésie a coulé de ta lèvre !
Tel un suc savoureux jaillit du fruit pressé;
Telle saigne la gomme au flanc du pin blessé ;
Tel le glacier d'argent voit s'épancher la source!
Et, lorsque Touragan t'emporta dans sa course.
Quand ton front se plaisait dans la foudre et l'éclair,
A deux pas du limon quel cours limpide et clair!
Quand l'orage y passait, ta harpe colienne
Gardait, rendait cncor l'âme virgilicnne !
Comme si, par ta voix, Orphée eût revécu,
Le lion rugissant, le peuple, était vaincu !
J'ai lu qu'en un Palais, où le bon goût s'obstine, On a mis ton éloge au concours, Lamartine., Afin de rajeunir, dans nos jours inconstants. Un de ces beaux noms, chers à ceux d'un autre temps. On fait bien : ce pays manque un peu de mémoire ! Nous avons trop souvent donné, repris la gloire. Poètes, au travail! à l'œuvre, jeunes gens!
Prenez garde surtout : c'est peu d'être indulgents ; Notre âge a-t-il le droit de se montrer sévère? Nos dieux ont fatigué les chemins du Calvaire !
Que celui qu'on délaisse ait son culte aujourd'hui.
£t qu'enfin le respect remonle jusqu'à lui!
Effacez, oubliez, pour les chants angéliques,
La lente défaillance et les jours faméliques!
Trouvez même une excuse aux fautes d'un grand cœur!
Sachez à sa faiblesse opposer sa vigueur!
Quand l'arbre dénudé sert de cible à vos flèches,
Songez à ses fruits d'or, non à ses feuilles sèches !
Replacez l'auréole autour du front vieilli ;
Vénérez ce regard d'où la flamme a jailli,
Montrez la main tendue à toute créature.
Et semant sans compter, comme fait la Nature!
Avide de soleil, d'amour et de beauté,
Il sut purifier la popularité ;
Jaloux des grands devoirs plus que des chants durables.
Il connut le péril des luttes mémorables.
Et rêva tour à tour, — sublime ambition! —
Poète, l'idéal, — citoyen, l'action!
Ainsi je méditais, tout plein de cet éloge :
Mais la pluie, et le vent, et l'heure à chaque horloge
M'ont fait fuir. Dans la gare où je suis abrité,
J'ai repris mon discours, et pour toi l'ai noté.