‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 136 sur 167 · LA FIÈVRE · texte numérisé non relu

LA FIÈVRE

Le morne isolement du chevet délaissé,

Le rideau que soulève un zèle intéressé,

Et Tâpre sécheresse humaine qui se montre,

Et l'effroi de la mort dans un lit de rencontre !

Ici, rien de pareil, Dieu merci! — Tu veillais. —

Me rassurant des yeux, calme, tu travaillais;

Seule, tu m'apportais la potion prescrite ;

Tu savais adoucir la douleur qui s'irrite;

Ton sourire éclairait la triste nudité

Des murs, et près de toi j*aurais tout supporté.

La voix qu'on aime rend ces épreuves moins dures,

Et les maux partagés font les fortes soudures.

Des étrangers sont là? Pourquoi s'occuper d'eux?

Tout devient le foyer dès qu'on se chauffe à deux!

Et pourtant, j'ai gardé rancune à cette rive. Un goût de pharmacie à distance m'arrive, Et je ne songe pas sans un frisson mortel Au vieux lit de noyer dans la chambre d'hôtel !

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