MÉDAILLONS
Il est des médaillons, il est d'humbles portraits Qui disent nos bonheurs, nos deuils et nos regrets : Aux êtres qu'on aimait consacrant cet hommage, Un pinceau délicat y fixa leur image, Douce et vague peinture, aux teintes sans vigueur. Qu'un mince ruban noir retient tout près du cœur, Pour l'œil indifférent pâle ébauche sans charmes. Mais qu'on regarde seul, et qui tire des larmes !
LA CHOSE AILEE
▲ MON AMI G. VAPEREÀU.
Le poète est comme un enfant :
Il aime ce qu'on lui défend,
Ce qui l'amuse ; Il dit au réel : « A demain ! »
Et vous prend le plus long chemin
Avec la Muse.
Entre son rêve et son devoir Son âme faible et sans pouvoir
Penche inégale.
S'il a ses loisirs préférés.
Moins paresseuse dans les prés
Est la cigale.
LA CHOSE AILÉB. 11
Il veut des sons et des couleurs ; Il a des cris, il a des pleurs
Et des colères ; Mais ses fureurs d'enfant gâtéi Comme les orages d'été,
Sont passagères.
Qui sait, quand il rêve sans bruit.
Ce qu'il change, ce qu'il détruit
Et ce qu'il fonde ?
11 fait au bon Dieu la leçon, Et vous arrange^ à sa façon.
Un autre monde.
Il s'éprend comme un jouvenceau :
Un doux profil sous un berceau.
Un bras qu'on donne, Deux petits pieds sur le gazon.
Lui feront perdre la raison
Toute une automne.
La richesse a pu le tenter ; Mais il faut, pour le contenter, Si peu de chose !
Son pauvre esprit aventureux A beau gémir : il est heureux Pour une rose.
Il chante, et le monde est son bien; Mais, pour chanter, une ombre, un rien
Va lui suffire.
Il aime, et ce cœur affamé Ne demande au visage aimé
Que son sourire.
Et s'il voit pleurer un passant, Femme, vieillard, adolescent,
— Faiblesse ou charme, — Oubliant la gloire et l'amour, Il sera triste tout un jour
Pour cette larme !
Sa gaîté n'est qu'un vague éclair.
Et, comme la fusée en l'air.
Elle retombe.
Fidèle au deuil de tous les siens.
Il a de sombres entretiens
Avec la tombe.
«LA CHOSE AILEE. 13
Un mal sans nom trouble son cœur; Même il donne au bon sens moqueur
La comédie.
Il faut le plaindre, il faut souffrir, Sans espérer de la guérir,
Sa maladie.
Est-ce un remords qui le poursuit?
A-t-il, dans l'ombre de la nuit,
Commis un crime ?
Non : mais son cerveau tourmenté, Pour la tristesse ou la gaîté.
Cherche une rime !
Le livre qu'il voudrait finir.
Il le consacre au souvenir
De chaque année; Les yeux mouillés, les doigts tremblants, Il pose entre les feuillets blancs
La Heur fanée.
Il veut laisser à ses amis Tous les secrets qu'il aura mis De page en page ;
Il prend la plume, il est tout feu ; Plus de paresse ! Il a fait vœu D'être enfin sage;
Il fera vivre dans ses vers Ce petit coin de l'univers
Qu'il leur dévoile ; Au travail il a consenti :
Vous le croyez ? — Il est parti
Pour une étoile !