‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 76 sur 167 · MYSTICISME · texte numérisé non relu

MYSTICISME

Où les plus braves aiiraient peur, Je ne connais pas le vertige :

L'instinct secret qui me dirige Vient du ciel, et n'est point trompeur.

J'ai mis au feu mon dernier livre :

L'horizon en est trop étroit ; Et je suis monté sur le toit.

Pour respirer enfin, et vivre !

Je vole aux destins qui viendront, Comme un navire à pleines voiles.

Et je crois toucher les étoiles Dont la poussière est sur mon front !

J'entends à peine le murmure De la misère et de l'erreur, -Qui s'agitent avec terreur Sur cette fourmilière obscure.

Calme dans ma sécurité, Je berce ainsi ma vie entière, Rêvant au bord d'une gouttière, Quand le vide est à mon côté.

Mais surtout, dans ma somnolence, Ne m'éveillez pas, mes amis!

Je suis parmi ces endormis Qu'il faut laisser à leur silence ;

Je veux aller je ne sais où :

Mais, si vos voix troublaient mon somme.

Je tomberais comme un pauvre homme.

Et je me casserais le cou !

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