‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portr (volume 2)Chapitre 92 sur 167 · PRIERE DU SOI H · texte numérisé non relu

PRIERE DU SOI H

Nous leur devons, hélas! plus graves et moins sages, Des heures de gaîtë qui ne reviendront pas.

L'ambition a pris la place ^

De ce calme et trop court loisir ; Ma faiblesse lutte et se lasse Sur des biens qu'elle veut saisir.

Que d'obstacles dans cette route !

Que d'instants où la vertu doute, Où la main tremble, où le cœur bat!

Que (^e rivaux! quelle mêlée, Où mon espérance ébranlée Est prête à quitter le combat!

Âh ! la vie est pénible, et l'issue incertaine ! Que de maux à guérir en nous et dans autrui!... Mais je m'égare encore, et mon rêve m'entraîne. Et ton nom. Dieu clément, de mes lèvres a fui.

Prions ! — Mais où sont les paroles Qui berçaient ma simplicité !

Que voulez-vous, soucis frivoles.

Sous qui cède ma volonté ?

Je glisse d'idée en idée :

Chacune à ma vue obsédée

OfTrc un importun souvenir, Et fait passer sa vaine image>.

Devant le Dieu que mon hommage Voulait adorer et bénir.

Légers spectres d'amour, souvenirs de jeunesse, Projets ambitieux qui troublez ma raison, Regrets, doutes, cessez d'accabler ma faiblesse l Ah! que l'âme a de peine à quitter sa prison!

Pardonne, ô Dieu, si ma prière S'attarde en aspirant vers toi !

Je veux briser toute barrière, Mais mon effort trahit ma foi.

Au moment même où je t'implore, Une autre image vient encore Obscurcir la tienne à mes yeux :

Et mon infirmité passée Enchaîne ici-bas ma pensée, Quand je crois atteindre les cieux.

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