UN PASSANT
i simple qu'un enfant joueur Tarrêter^it,
^ui rentre lentement ayant fait sa journée ;
^ue cette face auguste et noble, illilmince
>e ses propres rayons, ainsi que d'un soleil;
)ue ce passant songeur, aux prophètes pareil,
î'est vous, — c'est toi ! — celui qui sourit et qui tonne ;
l'homme du Roi s'amuse et des Feuilles d*automne ;
i'homme de Hernani, l'homme des Châtiments ;
)ui, d'applaudissements en applaudissements,
)e combats en combats, de victoire en victoire,
Isi resté le témoin tranquille de sa gloire !
Is savent que, toujours puissant et vigoureux,
'u résumes ton siècle et travailles pour eux',
It qu'ils pourraient te voir , et qu'ils pourraient t'ei^ndre;
^ue l'humble admirateur te trouve doux et tendre ;
Jue même, un soir d'hiver, il leur serait permis,
)iscrets, de se mêler, au flot de tes iimis,
)e tressaillir au son de ta parole grave,
)e contempler ces traits dont l'empreinte se grave,
li de croire, fixant ton visage si beau,
2ue tous ces morts fameux ont quitté le tombeau !
) contradiction bizarre, inexplicable!
doUe timidité que ton génie accable, 2t qui n'ose, craignant une telle clarté, aborder de trop près ton immortalité !
Et cependant tu vis! Si j'étais a leur place, J'irais obstinément me poster sur ta trace; Je saurais les chemins qui te plaisent le mieux ; Furtif, je volerais un éclair de tes yeux ; Où tu devrais passer, je passerais moi-même; Quand je t'apercevrais, d'un courage suprême, Courant, j'arriverais vers ta face, imprévu, Ainsi qu'un maladroit, pour dire : « Je l'ai vu! »
Je l'ai fait. J'ai marché maintes fois dans ton ombre ; Je t'ai vu souriant, je t'ai vu triste et sombre ; J'ai suivi du regard, dans l'aveugle Paris, Ton profil estompé sous ton grand feutre gris; J'ai pu franchir le seuil où tu caches ton âme, Presser ta main, qui met dans les mains une flamme, Et te dire tout haut ce qu'on pense tout bas! Merci de l'avoir pu : car je n'envierai pas, — Moi qui suis voyageur aux époques lointaines, — Les hommes de Florence et les hommes d'Athènes !