‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portrChapitre 29 sur 121 · LA PRIERE · texte numérisé non relu

LA PRIERE

Un soir, — j étais enfant — on priait en famille. Nous étions réunis, grands-parents, fils et fille, Et je tenais ma Bible, et je lisais comme eux. Sous la pâle lueur des vieux flambeaux fumeux. Un de ces lourds sommeils, que la chaleur propage. Faisait pencher les fronts engourdis sur la page, Et, des jeunes aux vieux, tous s'inclinaient domptes. Et je dis à mon père, assis à mes côtes :

« Vois comme ils dorment! Seul, avec toi, je suis brave î » Et je l'entends encor répondre d'un ton grave : « L'indulgence, mon fils, est la grande vertu. Si vraiment tu priais, comment les verrais-tu ? »

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