II
Dans ton ample tartan drapée; Et tu jouis, l'œil effronté, De ta classique nudité, Femme-poupée !
Allons! déjeune : il est midi.
Étire ce corps engourdi, Répare un instant ce désordre; Cherche tes fruits dans ton panier :
Telle Eve, au pied de son pommier.
Devait y mordre !
Tandis qu'un grossier madrigal Vient assaisonner ton régal, Approche du tuyau de tôle, Rôve à ton ciel bleu d'Orient, Et réchauffe, tout en baillant, Ta brune épaule î
O Rébecca! que ne vis-tu, Avec ta force et ta vertu,
Dans l'oasis et sous la tente !
Il te faut les cieux africains, Et la coiffure de sequins, D'or éclatante !
Pourquoi — capricieux hasards !
Es-tu si loin de ces bazars Et des harems que tu mérites ?
Si loin des palais enchantés Où de moins parfaites beautés Sont favorites ?
O chute! O spectacle navrant!
Ce front, ce sourire enivrant, Cette âme d'ardeur consumée, Qui languit sous cet œil distrait; Cette reine à qui l'on dirait :
a Mabien-aimée! »
Deux cents crayons ont dessiné Les plis de ce corps satiné, Et vingt peintres, sur une toile, Ont étalé complaisamment Ces beaux tons d'or que tout amant Couvre d'un voile !
O Rébeccaî Pour cllaccr La tache infâme, et nous laisser Ton image idéale et pure, Que l'art sacré, touchant ton front, De ton passé lave l'aiTront Et la souillure!
Que ce corps, aux dédains livré.
Par le pinceau transfiguré.
Avant de vieillir s'éternise!
Que, du moins, un peintre immortel A ta beauté dresse l'autel Qui divinise!
Et qu'un poète naisse un jour.
Qui soit pour elle épris d'amour, Et dise, en rêvant au modèle, Par tes fiers regards poursuivi.
Immobile, triste et ravi :
« Qu'elle était belle ! »