LA SŒUR GRISE
Dans un coin de la voiture Était une jeune Sœur :
L'humble vêtement de bure Faisait valoir sa figure D'une angélique douceur.
Que sa pudeur me pardonne I Mes yeux ne la quittaient pas. Jamais plus chaste madone Du chrétien qu'on abandonne Ne fut le rêve. ici-bas !
Le monde, dont les plus sages Gardent le sombre reflet, Et qui flétrit tous les âges, N'eut jamais de ces visages Formés de nacre et de lait !
Nul air des champs, point de haie; Bandeau blanc et voile noir Encadraient sa tête pâle; Le regard seul, fixe et mâle.
Semblait penser et vouloir.
A sa compagne ordinaire.
Près d'elle assise et montrant Sa face heureuse et vulgaire, On l'aurait crue étrangère.
Et comme d'un autre rang.
Immobile, sans sourire.
Ignorant une beauté Trop pure pour la décrire, Elle pressait, sans y lire, Un livre de piété.