LA SŒUR GRISE
Sa main, — souvenir profane !
Sa main, je la vois encor, Sur le velours qui se fane, Blanche, longue et diaphane, Étreindre le fermoir d'or !
Dans son ombre confinée.
Toute à l'oubli du réel, La vue aux vitres tournée, D'une ferveur obstinée Elle regardait le ciel;
Le ciel gris, noyé de brume, Le ciel de l'âpre saîsou;^ Plws lourd sur le toit qui fume, Que la voûte où se consume L'hôte obscur d'une prison!
Pauvre enfant, qu'y cherchait-elle, Avec ses yeux grands ouverts?
Pour quelle plage fidèle S'envolait l'âme immortelle, Grelottant sous nos hivers ?
lO'i POÈMES POPULAIRES
Où s'égarait celle vue, Avide d'éternité ?
De quel espoir dépourvue, Sous quelle charge imprévue Succombait la volonté ?
Non, cette invisible flamme, Ce n'est pas l'amour divin : C'est le passé qui réclame !
Non, ces lèvres, non, cette âme N'ont pas dit que tout est vain !
Non, la sereine pensée N'a pas ce navrant regard; Cette enveloppe aflaissée Trahit une âme blessée Où le ciel n'a qu'une part!
O créature souffrante, Vierge aux pudiques regrets.
Dont la grâce pénétrante, Dans la foule indifférente, Arrêta mes yeux distraits :
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Un Yoile sur le mystère De ta mortelle pâleur !
Ne demande à cette terre Que d'y porter, solitaire, Le secret de ta douleur !