LA FILLE AUX BOBINES
Dans ces terribles ateliers
Qui vendent du travail aux femmes,
Il est des tableaux familiers
Faits pour troubler longtemps les âmes;
Sous ces châssis et ces plafonds Où logent cent visages blêmes, Le vice aux mystères profonds Nous pose d'effrayants problèmes ;
Un rien pitrfois découvre à l'œil D'obscurs secrets, dont l'analyse Est un défi pour notre orgueil, Qui raisonne et qui moralise ;
Et tous les livres les plus beaux Ont peine à rendre l'épouvante Que font naître ces longs tombeaux Où la pudeur descend vivante !
Un jour, distrait aventurier, J'entrepris un pèlerinage Aux vertes pentes du mûrier, Dans les cantons du moulinage.
J'admirais comme en longs fils d'or.
Sur les métiers, de broche en broche, La soie invisible se tord.
Se double, et fuit, et se rapproche.
Je vis, par hasard, en passant Au milieu de faces hideuses, Un profil pur et ravissant.
Dans l'atelier des dévideuses;