‹ Eugène Manuel: Poésies complètes, augm. de pièces inéd. et ornées d'un portrChapitre 54 sur 121 · L*EAU QUI DORT · texte numérisé non relu

L*EAU QUI DORT

L'heure est venue ; Longeant les gazons écartés, Elle le sent à ses côtés,

Et continue...

Pour quel but s'est-il échappé ?

Par quel mystère a-t-il trompé

Sa vigilance?

Il était là, dans le jardin, Jouant autour d'elle, et soudain

Tout est silence !

Des mille noms que son amour Inventait pour lui, tour à tour.

Elle l'appelle ; Chaque taillis est visité.

De cet élan précipité

Où donc court-elle?

Dans le sentier connu, là-bas.

Elle a trouvé ses petits pas,

Suivi sa trace :

D'où lui vient ce pressentiment Qui la traverse en un moment,

Et qui la glace?...

II a voulu revoir encor,

Dans le miroir de l'eau qui dort,

Le petit frère ; Sourire et lui tendre la main, Le voir venir sur son chemin

En sens contraire;

Il a cherché son compagnon, Penché vers lui son front mignon,

Sa tête blonde ; Il veut lui dire des secrets.

Plus près, plus près, toujours plus nrès,

Dans l'eau profonde.

Il approche, il va déposer

Sur sa lèvre un Nouveau baiser.

De bouche à bouche :

Oh î le froid baiser î C'est la mort Qui le lui donne : et l'eau qui dort

Ferme sa couche!

i/eau qui dort. 149

Ils sont ensemble sous les eaux, Bercés parmi les verts roseaux,

Le corps et l'ombre; Et la mère, au bord du talus, Reste assise, et ne quitte plus

La place sombre ;

Dans le lac aux reflets d'argent, Miroir insensible et changeant,

Son œil pénètre :

Et l'eiTroyable fixité Cherche pour une éternité

Le petit être !

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