L*EAU QUI DORT
L'heure est venue ; Longeant les gazons écartés, Elle le sent à ses côtés,
Et continue...
Pour quel but s'est-il échappé ?
Par quel mystère a-t-il trompé
Sa vigilance?
Il était là, dans le jardin, Jouant autour d'elle, et soudain
Tout est silence !
Des mille noms que son amour Inventait pour lui, tour à tour.
Elle l'appelle ; Chaque taillis est visité.
De cet élan précipité
Où donc court-elle?
Dans le sentier connu, là-bas.
Elle a trouvé ses petits pas,
Suivi sa trace :
D'où lui vient ce pressentiment Qui la traverse en un moment,
Et qui la glace?...
II a voulu revoir encor,
Dans le miroir de l'eau qui dort,
Le petit frère ; Sourire et lui tendre la main, Le voir venir sur son chemin
En sens contraire;
Il a cherché son compagnon, Penché vers lui son front mignon,
Sa tête blonde ; Il veut lui dire des secrets.
Plus près, plus près, toujours plus nrès,
Dans l'eau profonde.
Il approche, il va déposer
Sur sa lèvre un Nouveau baiser.
De bouche à bouche :
Oh î le froid baiser î C'est la mort Qui le lui donne : et l'eau qui dort
Ferme sa couche!
i/eau qui dort. 149
Ils sont ensemble sous les eaux, Bercés parmi les verts roseaux,
Le corps et l'ombre; Et la mère, au bord du talus, Reste assise, et ne quitte plus
La place sombre ;
Dans le lac aux reflets d'argent, Miroir insensible et changeant,
Son œil pénètre :
Et l'eiTroyable fixité Cherche pour une éternité
Le petit être !