‹ Eugène ScribeChapitre 2 sur 5 · IH · texte numérisé non relu

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les sociétés oisives ou riches et dans le monde officiel. Les salons aristocratiques lui étaient également accessibles, mais il ne fit qu'y passer; ils ne lui plaisaient et il ne leur plaisait qu'à demi. Il n'en parla jamais complètement la langue, il n'en comprenait pas l'élégance traditionnelle. Son faubourg* Saint-Germain fut la Chaussée d'Antin, et tout au plus le faubourg Saint* Honoré ; ses grands seigneurs furent les banquiers ; mais dans les réunions de la haute finance comme dans les ministères, comme à la cour^ il garda partout les opinions de sa classe originelle : il fut avant tout libéral. Voilà encore un mot qu'on raille volontiers aujourd'hui ; je n'en sais guère pourtant qui soit digne de plus de sympathie, car il tire son origine de deux des plus beaux mots de la langue française : libéralité et liberté. Les comédies politiques de Scribe, Bertrand et Raton^ la Camaraderie, la Calomnie^ portent le double caractère de l'esprit bourgeois. L'auteur y est tout à la fois conservateur et frondeur, soutenant le trône et se moquant de la chambre, célébrant le roi et chansonnant les ministres, impitoyable surtout pour ces palinodies que les intéressés veulent nous donner pour des conversions, et qui ne sont que des' quarts de conversion. Je me rappelle à ce sujet un trait fort caractéristique : c'était au commencement du second empire, vers 1854. Scribe rencontre dans le monde un assez important personnage, que nous appelleronsM.de Verteuil, et qui avait été son camarade de collège : «Eh bien ! que fais-tu ? lui dit son ami ; as-tu quelque nouvelle comédie sur le chantier? — Oui, répond Scribe,

je tiens, je crois, un charmant sujet : je voudrais mettre en scène un pair de France sous Louis-Philippe devenant sénateur sous Napoléon III. T'imagines-tu quelle source de traits comiques^dans les palinodies de ce personnage^ dans son embarras pour accorder sa fidélité d'aujourd'hui avec sa fidélité d'autrefois? Ce sera charmant. j> Là-dessus un flot de monde les sépare ; Scribe rentre chez lui, et rentre songeur et soucieux. Pourquoi ? C'est qu'après cette conversation une inquiétude lui était venue. « J'ai bien peur, se dit-il, que mon sujet ne SQit pas aussi bon que je me l'imaginais ; mon ami de Verteuil est un homme de beau* coup d'esprit ; je lui ai raconté mon plan avec verve et entrain ; eh bien ; il n'a pas ri I oh ! il n'y a pas à se le dissimuler, il n'a pas ri du tout. Diable! diable! • c'est un mauvais signe ! » Tout en parlant ainsi, Scribe ouvre machinalement le journal du soir. Voici ce qu'il y lit : M. de Verteuil, ancien pair de France, est nommé sénateur.

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