CHAPITRE TROISIEME
L'âme d'Eugénie de Guérin est une âme héroïque, je veux dire simple et grande. Montrons l'alliance de cette simplicité et de cette grandeur.
Eugénie avait une âme claire et profonde, une âme de sainte, une âme qui voyait dans la vie l'ordre imposé par la beauté du devoir.
Eugénie avait une âme pure aux limpidités rayonnantes. La pureté de l'âme est une lumière qui resplendit sur la nature en de soudains et charmants reflets. C'est pourquoi l'âme d'Eugénie illuminait de clartés bienfaisantes la solitude de son Cayla.
Eugénie avait une âme ardente, une âme de feu, une âme toujours brûlante sous les palpitations de la tendresse. Ce mélange de candeur et d'ardeur, de discrétion et de flamme fait la grandeur des héros et des saints, de tous ceux qui enrichissent la sensibilité des hommes en leur montrant le moyen de se dépasser.
C'est ainsi que l'existence monotone d'une solitaire au fond d'un village lointain que ne traversent pas les routes humaines manifeste souvent les illuminations et les ivresses qui soulèvent les élans du génie et de la sainteté.
Cette âme claire et pure, cette âme de neige, cette âme de flamme garda toujours une fraîcheur de première communiante avec ses élévations vers Dieu dans une joie d'Éden. Quand elle faisait rayonner sur la nature la grâce de ses intuitions et le charme de sa vie intérieure, elle répandait la douceur des sources dans le parfum du buis enivrant au fond des vallées secrètes et silencieuses.
Parce qu'elle avait l'âme si claire et si pure et si ardente, elle fut douée, à un degré incomparable, de cette qualité exquise et souveraine : le tact, le tact toujours vainqueur dans les bonds soudains de la finesse infaillible. C'est pourquoi cette fille des champs qui s'appelait volontiers l'habitante des bois montrera dans sa Correspondance et dans son Journal, par les moindres mouvements de sa pensée et de son style, ce goût qui semble la récompense de la culture la plus surveillée, le goût d'une Sévigné et d'une La Fayette, d'un La Fontaine et d'un Racine, le grand goût français.
A ce degré éminent, le goût est une énergie
qui peut atteindre à la puissance. Ce goût ressemble à une force de la nature. Il saisit et il traduit l'essentiel, parce qu'il jaillit comme une source. Il a des intuitions étincelantes, parce qu'il est une émanation de la sincérité qui a les grands yeux clairs d'une source. Ce goût peut s'élever aux créations éclatantes du génie. Et le génie est un mot formidable qu'il faut prononcer avec respect. Saluons le tendre et profond génie de la solitaire du Cayla.
Recueillons quelques aveux qui expriment cette harmonie et cette lumière. Déposons ces aveux au fond de nous-mêmes, afin qu'ils se réveillent dans la fadeur des heures lourdes et répandent devant nous la douceur des brises fraîches annonciatrices du renouveau.
« Faire du bien, soulager est une jouissance intime, la moelle du cœur d'une femme. »
« On se doit de perfectionner ce qu'on aime. »
« L'amour, c'est l'âme qui ne meurt pas, qui va croissant, montant comme la flamme. »
« Rien n'est fort comme ce qui naît dans les larmes. »
« Ce n'est pas pour m'instruire, c'est pour m 'élever que je lis. »
« Quelle que soit la forme, l'image de Dieu est là-dessous, et nous avons tous une beauté divine, la seule qui ne passe pas. »
Zyromski. — Eugénie de Guérin. 4
« Que n'ai-je les bras assez longs pour atteindre tous ceux que j 'aime ! »
« Nous avons tous une mission en ce monde : la mienne est d'aller voir souffrir. »
« Que le ciel couvre la terre ! »
« L'ombre même de ce qu'on a aimé est si douce ! ))
« Que la poésie et Dieu vous consolent ! Ce sont de puissants secours, Dieu surtout qui élève l'âme à lui et lui communique de sa vie. La poésie la répand en fleuves magnifiques. Coulez, coulez, poésie sainte, sur cette terre aride. »
Cette âme simple et claire, pure et brûlante, était faite pour comprendre la vie de l'amitié dans l'effusion de ses joies et le trouble de ses tourments. Le goût de l'amitié, le besoin de vivre avec une vivacité extrême la vie enivrante et douloureuse de la parfaite amitié, voilà une tendance qu'il faut mettre en lumière pour révéler la qualité de cette âme.
Cette vie de l'amitié est si ardente que les mots quotidiens lui paraissent trop faibles pour traduire ces ardeurs. « Je voudrais une langue exprès pour le cœur qui pût dire tout ce qu'il sent, tout ce qu'on pense, pour la parler avec
VOUS. » — « Je vous dirai ce qui ne s'écrit pas, qui ne se peint qu'avec la voix. »
L'amitié est le plus rassuié et le plus alarmant des sentiments qui agitent l'âme des hommes. Dans la Correspondance, nous trouvons l'expression de ces certitudes et de ces alarmes. Aveux involontaires d'un cœur qui déborde et veut se répandre pour donner le calme et la force ! Aveux jaillissants comme les flots pressés d'une source intarissable ! Écoutons les épanchements d'un cœur qui aime et recueillons les litanies de l'amitié :
« Oh ! le plaisir de s'entendre à l'intime ! L'amitié aime bien cela. »
« Ma chère amie, ma chère autre moi, tant vous m'êtes intime ! »
« Encore moi, toujours moi, qui vous suis comme votre ombre, mon inséparable ! »
« Vous souffrez, je souffre, voilà tout : je voudrais souffrir réellement ce que souffrent ceux que j'aime. »
« A la moindre occasion, au passage de tout ce qui passe, j'ai quelque chose à donner pour vous. C'est si doux, si facile, de vous envoyer des tendresses ! C'est sans effort que je les tire du cœur ou plutôt qu'elles sortent et coulent comme de l'eau sur ce papier. »
« Vous dites que je suis poète, je ne sais trop
ce que c'est ni ce que j'ai dans moi ; mais je m'y sens ce je ne sais quoi pour vous qui ferait des pages d'écriture, des paroles, des tendresses, des baisers sur votre joue, des paroles devant Dieu. »
« Cette montagne est pour moi un Thabor, un lieu de vision, où une voix me dit : Vous êtes bien aimée ! »
La qualité de l'amitié ne se montre pas seulement dans l'intensité de notre affection : il est si facile d'aimer et de dire qu'on aime ! Elle se révèle surtout par la manière dont nous comprenons le chagrin de l'ami en ressentant sa souffrance. Il faut fondre notre âme dans son âme pour emplir la solitude de la douleur qui se croit toujours solitaire. Joies ineffables et tourments infinis de la grande amitié !
L'amitié véritable est aussi émouvante que l'héroïsme et aussi rare que le génie, parce que l'énergie de l'amour doit s'accompagner de toutes les puissances de l'esprit de finesse. Il y a des âmes fortes, mais prisonnières de leur orgueil, qui ne sauront jamais aimer. Il y a des âmes candides et ignorantes, mais passionnées d'affection, qui obéissent spontanément à tous les scrupules.
L'amitié est un art, un art profond et subtil, qui préside à une construction toujours menacée.
Cet art est le triomphe, renouvelé par d'obscures et quotidiennes épreuves, de la générosité et de la délicatesse. Il s'agit de prolonger une plainte qui se voile dans la discrétion, de sentir une souffrance qui se dérobe dans le mystère, de traduire un désir qui s'inquiète dans l'ombre. Il faut encore, — ce qui semble plus difficile — ignorer ce que l'on a piessenti, respecter la pudeur de certains chagrins, et comprendre la nécessité de certains silences.
On trouve dans la Correspondance l'expression la plus émouvante de ces suprêmes délicatesses :
« Votre douleur est au-dessus de vos forces, au-dessus de tout ce qu'on pourrait vous dire. Aussi je ne dis rien, je ne vous écris que des larmes. »
« On craint de renouveler la douleur en y touchant. Cependant faut-il que l'amitié mette des larmes sur ces plaies du cœur, »
« Dites-moi si vous voulez des lettres plus longues : vous en aurez. J'aime à consoler ceux qui pleurent, mais bien souvent on aime à pleurer seul. »
« Ne croyez pas que je vous aie oubliée pendant ce long temps de silence. Il y a des occasions où le cœur parle sans qu'on s'en doute, sans qu'on l'entende même. »
Nous comprenons pourquoi, dans cette âme
qui n'a vécu que pour aimer, l'amitié fut le sentiment essentiel qui survécut à toutes les amertumes et soutint jusqu'au bout la force d'un cœur prêt à se consumer.
« Mon cœur est mort à tout, hormis à l'amitié. » « Écrivez-moi : je suis en peine. Je ne suis pas morte à vous : vous m'occupez. »
« L'amitié sainte est un écoulement de la charité qui ne meurt pas. »
Cette âme simple, claire et pure, qui se donne toute à l'amitié, semblait née pour offrir le spectacle de la joie dans la lumière et traduire la fraîcheur de la vie primitive dans la sérénité de son Cayla. Pourtant elle a connu toutes les agitations de la mélancolie.
Indiquons d'abord une cause profonde, la cause psychologique. N'oublions pas qu'Eugénie et Maurice sont marqués de cette grâce délicate et fragile qui signale la fatigue d'une race. On sent en elle cette morbidesse distinguée des aristocraties qui s'éteignent. Le germe fatal de cette mélancolie est dans ce corps souffreteux et chargé de langueur. De même nous saisissons en Maurice le souci de l'usure, cette hantise de l'usure qui désagrège lentement
l'énergie et achève l'audace dans le renoncement.
Dans ce corps si vite abattu vit une sensibilité toujours prête à souffrir. Cette âme trop tendre s'offre à toutes les meurtrissures. Elle est sans cesse émue par le vent des alarmes. Le douloureux et permanent frisson des antennes de la tendresse inquiète sans répit ce cœur trop vulnérable. Écoutons la complainte de cette âme toujours tremblante ;
(t Pauvre cœur tout construit pour la souffrance ! Il y en a trop ! Il y en loge ! Tout est plein dans ce moment ! »
« Mon âme s'afflige de la moindre chose. Un mot, un souvenir, un son de voix, un visage triste, un rien, je ne sais quoi souvent trouble la sérénité de mon âme. »
« Le plaisir chez moi ne descend pas comme la peine. »
Dans l'intervalle de ses prières qui seules la tiennent debout, nous entendons toujours le murmure d'une tristesse qui se plaint :
« Je me sens triste et faible sous ce mont d'affliction ! »
« Que devenir sous tant d'impressions détruisantes ! »
« Il y a des moments où l'âme est morte ! »
Mais cette parfaite chrétienne s'efforce de lutter contre cette dépression qu'elle sent redou-
table et qui s'insinue dans nos fibres profondes comme un poison invisible et produit par la fatigue même : « Il y a des jours de défaillance où l'âme se replie sur elle-même comme bien fatiguée. Cette fatigue sans travail, qu'est-ce autre chose que faiblesse ! Il la faut surmonter comme tant d'autres qui vous prennent cette pauvre âme. Si on ne les tuait une à une, toutes ces misères finiraient par vous dévorer comme ces étoffes rongées par les vers. »
Donc elle se redresse, car elle se redresse toujours ; mais le leitmotif de la tristesse s'enroule encore autour de cette âme affligée qui entend autour d'elle la plainte éternelle de la vie menacée par la mort :
« La vie et la mort sont sœurs et naissent ensemble comme deux jumelles. »
« Notre cœur est comme un arbre entouré de feuilles mortes. »
« Il faut toujours tout quitter ! »
En lisant de tels aveux, on s'explique le sourire chargé de mystère où s'achèvent souvent les élans de gaieté de son âme candide, — ce sourire un peu contraint et si émouvant des malades qui veulent cacher leur mal à l'affection qui les entoure. Nous comprenons pourquoi elle a signalé avec tant de complaisance les charmes de la mélancolie et les « teintes en deuil » de l'au^
tomne, — pourquoi elle aimait à écouter, dans la tristesse de novembre et le froissement des feuilles sèches, la plainte des méditations lamartiniennes, — pourquoi elle s'attardait dans la solitude du cimetière d'Andillac, — pourquoi enfin elle a décrit avec une émotion si éloquente la cérémonie religieuse de la prise de voile. Ces jeunes filles et ces enfants qui écartent les joies du monde, cette évocation du tombeau où va s'ensevelir cette jeunesse, ce drap mortuaire jeté sur le rayonnement de tant de beauté, ce dédain de la vie et cette ivresse de renoncement, quelles images pathétiques et douces à cette âme inclinée au mépris de ce qui passe et occupée par la vision de l'éternel !
Ainsi le caractère d'Eugénie s'enrichit et se nuance. Cet esprit qui paraît si simple est décidément très complexe. Cette âme de fraîcheur et de lumière a souvent plié dans les ombres de la mélancolie.
Nous avons montré la simplicité et la fraîcheur, la mélancolie et la grâce de cette âme de choix. Qualités féminines et parées de charme qui font de la solitaire du Cayla le type infiniment délicat et pur de la femme I Mais sachons
discerner l'originalité sous la modestie et la puissance sous la tendresse. Gardons-nous d'affadir cette figure de femme. Il ne convient pas que l'harmonie de son cœur voile la beauté de ses audaces. Il ne faut pas que la discrétion de cette âme chrétienne, amie de l'ombre et toujours retenue par une pudeur invincible, empêche de contempler sa grandeur.
Constatons d'abord que ce mélange surprenant de fraîcheur et de tristesse, de vivacité et d'accablement donne à sa vie intérieure une puissance singulière de retentissement. L'existence humaine est traversée d'émotions contrastées qui lui impriment l'agitation d'un drame. Avec une incomparable force de pathétique, l'âme d'Eugénie s'offre avidement à ces mouvements qui la déchirent et la mènent du bonheur à l'affliction, du sourire à l'angoisse. Ainsi son cœur vit toujours dans la fièvre des ardeurs extrêmes.
Remarquons ensuite qu'une sensibilité aussi agitée nourrit, dans le silence de la vie secrète, une énergie singulière d'élasticité et de compréhension. Donc nous ne serons pas surpris lorsque la pensée surgira, dans cette âme fervente, en manifestations lumineuses. L'esprit explique et voit dans la mesure où l'âme éprouve et devine. Une grande pensée est l'intuition d'un cœur retentissant.
N'oublions pas enfin qu'Eugénie a senti et déclaré les marques de cette force et les effusions de cette puissance. Marques frappantes, et pourtant rapides, parce qu'elle les retient! Effusions tragiques, mais brèves, parce qu'elle leur impose silence ! Sa modestie exige la mesure, car elle se soumet à l'ordre souverain du calme. Son énergie assure sa démarche, car elle veut réaliser la beauté de l'équilibre dans le rythme de la résignation. Rien n'est plus émouvant que cette volonté de contrainte. Rien n'est plus redressant que cette lucidité dans la maîtrise des mouvements effrénés. « Il est dimanche. Je suis seule dans mon désert. Le tonnerre gronde et j'écris, sublime accompagnement d'une pensée solitaire. Quelle impulsion ardente et élevée ! Comme on monterait, brûlerait, volerait, éclaterait en ces mouvements électriques ! »
De même que cette âme ordonnée contenait, avec un courage héroïque, les mouvements d'une sensibilité qu'elle jugeait trop brûlante, ainsi elle retenait, avec une modestie dont nous déplorons la sévérité, les inspirations les plus riches de son imagination de poète. « Ma vie est pour Dieu et pour le prochain... J'ai renoncé à la poésie. Mais le sacrifice m'a d'autant plus coûté qu'en abandonnant la poésie, la poésie ne m'a pas abandonnée ; au contraire, je n'ai
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jamais eu tant d'inspirations qu'à présent qu'il me faut les étouffer... J'aurais des transports de joie qui me tueraient, s'il m'était permis de m'y livrer. Éteignons, éteignons ce feu qui me consumerait pour rien. »
Donc, au fond d'elle, s'agitent une sensibilité prête aux épanouissements et une imagination capable des rayonnements les plus beaux. Mais cette grande âme modeste, en avouant ces mouvements passionnés, les arrête brusquement, car elle préfère aux manifestations glorieuses la joie silencieuse et grave du dévouement obscur et de l'héroïsme quotidien.
Pourtant, malgré cette volonté de mesure, sa sensibilité trop meurtrie déborde, sa puissance trop contenue se déchaîne, et ce tragique intérieur brise le cadre imposé. Apparition soudaine d'une force dont nous avons contemplé les triomphants départs dans l'œuvre des plus grands maîtres ! Eugénie a connu les heures noires d'un « ennui désespéré ». Elle a entendu le chant si lugubre de « ce moi plaintif qui nous obsède ». Dans le trouble de son désarroi, il arrive à cette chrétienne de désirer la mort : « Il y a des jours d'immobilité où j'ai souhaité la foudre », et elle évoque un paysage sinistre pour envelopper dignement le tumulte de sa douleur. « Quelques gouttes de pluie sur la terre ardente. Peut-être
LES RICHESSES DE LA VIE INTÉRIEURE 6l
orage ce soir ramassé par ces vapeurs. Ah ! qu'il tonne, qu'il passe des torrents d'eau et de vent ! Je voudrais du bruit, des secousses, tout ce qui n'est plus ce calme affaissant ! » Ainsi cette âme, que nous savons si unie et si peu romantique, se juge si malheureuse qu'elle veut encadrer dans un paysage de tempête sa douleur et son désespoir. Elle est si brisée de souffrance qu'elle trouve spontanément, dans le silence de sa chambre, ces images orageuses que recherchait laborieusement, avec les adresses de son art factice. Chateaubriand le mélancolique si fastueux.
Décidément gardons-nous de ne voir en elle que la douceur charmante et un peu fragile d'une petite couventine. Çà et là son livre creusé par la douleur est traversé par un bruit de tonnerre et déchiré soudain par le tragique de la détresse. Dans le ciel du Cayla, qui reflète d'ordinaire la simplicité de son âme résignée, passent un murmure d'abîme et un frisson de foudre, manifestations brèves d'une puissance que je sens en elle obscure et mystérieuse et qui éclaterait davantage, si la foi chrétienne toujours invoquée aux heures lourdes n'imposait son ordre et n'apportait sa lumière. Alors, soudain, cet orage s'apaise et ce tumulte d'une grande âme se dissipe dans la paix des certitudes :
Eugénie de Guérin s'agenouille devant la Vierge des Douleurs et la souffrance du Crucifié.
A ce portrait de femme qui doit être nuancé pour n'être pas trop inégal à son âme si riche, il était nécessaire d'ajouter cet élément singulier de pathétique ; et ce trait nouveau paraîtra essentiel puisqu'il signale l'originalité profonde. Nous comprenons alors pourquoi ce cœur toujours inquiet a ressenti, avec l'intensité des mouvements extrêmes, toutes les émotions du cœur féminin. Sa tendresse est une sympathie ardente. Les joies et les inquiétudes de l'amitié lui apportent les ivresses et les alarmes de la passion. Sa mélancolie est une tristesse poignante et, çà et là, pascalienne. Son sentiment de la nature a la fraîcheur et l'éclat des contemplations poétiques. Son amour de Dieu brûle avec l'ardeur des mystiques effusions.
Donc cette âme si simple manifestera, sans le vouloir, ses richesses. Elle contient sa force, mais cette force brillera dans la spontanéité des dilatations. Elle dissimule sa puissance, mais cette puissance resplendira dans l'éclat de soudains aveux. Le génie humain est fait de la grandeur des sacrifices qu'il est capable de s'imposer.