CHAPITRE PREMIER
EUGÉNIE DE QUÉRIN
Les mœurs d'autrefois opposées à celles d'aujourd'hui. — Le retour nécessaire à la pureté, à l'humilité chrétiennes. Eugénie de Guérin donnée comme exemple.
A notre lamentable époque où les hommes du monde sont occupés si exclusivement de chiens, de chasse et à'auto, certaines femmes paraissent avoir recueilli toute la fierté, toute la noblesse de la vieille caste qui agonise et qui meurt.
Qui n'a pas été ému en entendant M™* de Mac-Mahon porter la bonne parole dans les milieux ouvriers ?
Le talent de cette femme exquise est fait de courage et de bonté. Aussi remue-t-il profondément le cœur de ces humbles qui sentent
la sincérité de tels accents. La robe noire toute unie de la marquise, sa coiffure si simple accusent davantage encore la distinction de sa personne, la finesse aristocratique de ses traits, et commandent la sympathie, que dis-je, l'admiration enthousiaste de ce public conquis.
Qui n'a vu M"* de Cuverville, cette admirable chrétienne, la baronne Reille, M™* de Saint-Laurent, M"* de Brigode, M™^ de Boury, toutes celles qui bataillent pour Dieu et pour la Patrie affronter les réunions populaires, où l'ouvrier gouailleur d'abord se tait devant tant de charme et tant de grâce et finit par applaudir, séduit du moins, s'il n'est encore convaincu.
Quand tant d'hommes porteurs de grands noms se taisent honteusement, ces femmes ne se contentent pas de parler et d'agir, elles écrivent : Gyp, la bonne Française, Marie- Anne de Bovet, la courageuse patriote, s'attaquent énergiquement à nos abominables maîtres et la duchesse de Brissac, un grand cœur, apporte, elle aussi, l'effort de son très beau talent dans cette latte commune que mènent les chrétiennes de France contre un régime odieusement persécuteur.
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Mais es créatures d'élite, qui sauvent heureusement l'honneur si compromis, ne sont hélas qu'une bien faible minorité.
Dans l'aristocratie, les femmes, en général, comme les hommes n'ont qu'un seul culte celui du veau d'or, ne connaissent qu'une tare inavouable, un malheur irréparable, une honte véritable : la pauvreté.
Chez les plus grands, chez les plus nobles, l'estime dont on jouit est proportionnée à l'importance des rentes, au train qu'on mène, au luxe dont on peut s'entourer sans souci des moyens employés à réaliser cette élégance ostentatoire.
En somme, c'est la pensée juive qui a pénétré tous les esprits et rien ne nous montre mieux l'étendue de la victoire hébraïque que l'infiltration d'aussi répugnantes coutumes dans la vieille race française si fière et si généreuse. Les Juifs n'ont pas seulement déshonoré nos châteaux, pollué nos œuvres d'art, ils ont souillé même nos âmes, car ils ont corrompu nos sentiments traditionnels de dignité, d'honneur et de respect de nousmêmes.
Après l'année terrible, la France, écrasée par la victoire allemande, redevint consciente
b PREMIERE PARTIE
d'elle-même, elle se retourna toute entière vers cette noblesse pauvre qui avait refusé son concours à l'empire, qui vivait près de la terre et n'avait quitté la charrue que pour mener les mobiles au feu, accompagner Charette ou Cathelineau à Patay et sur la Loire.
Et maintenant si comme tout le fait craindre une nouvelle catastrophe vient endeuiller la patrie, vers quelle réserve se tournera donc le pays, à qui demandera-t-il de panser ses plaies, de réparer ses finances comme il l'a fait déjà ?
Croyez-vous donc qu'il se retournera cette fois encore vers l'aristocratie, vers ces gentlemen, exclusivement adonnés à la chasse, à l'automobilisme, aux courses et qui n'ont su défendre les idées traditionnelles de la race ni par la plume, ni par la parole, vers ces mondaines que les outrages à la religion et les attaques contre la famille n'ont pas détournées un instant de leurs plaisirs et de leurs habitudes coûteuses ?
C'est en voyant, hier, monter en jupes courtes, à l'échelle d'un Mail des femmes qui portent des noms illustres, c'est en rencontrant aujourd'hui au Bois, le descendant d'un grand ministre menant avec importance une
quarante chevaux que ma pensée est revenue à cette noblesse d'autrefois qui vivait pauvrement sur son maigre patrimoine, mais obligeait le peuple à la respecter, sinon à l'écouter, et, en la comparant à celle d'aujourd'hui, j*ai eu le sentiment de notre chute et de notre décadence.
Dans ce regret douloureux vers le passé, je ne sais personne qui évoque mieux qu'Eugénie de Guérin la noblesse charmante et simple de la race qui s'éteint, qui anime et personni6e mieux la délicatesse et la beauté de cette élite de la France catholique.
Eugénie est le parfait modèle de la fille de race absolument vertueuse et chrétienne, elle est à la fois d'une distinction achevée, d'une éducation exquise, elle parle une langue divine, et celte artiste merveilleuse fait ellemême sa cuisine, file sa quenouille, secourt les malades, visite les agonisants.
C'est en lisant Platon, Fénelon, Bossuet, Corneille qu'elle vaque aux besoins du foyer, c'est en enseignant le catéchisme aux petits pauvres, en parlant de Dieu aux chemineaux qu'elle emploie la langue la plus noble et la plus simple du xvii® siècle.
Sur le langage, sur le style admirable des
lettres de la correspondance et du journal d'Eugénie il faut s'attarder, en montrer toute la pureté, toute la noblesse, toute la beauté et l'opposer au langage habituel de nos femmes contemporaines.
Que si, en effet, vous êtes l'hôte accoutumé d'un de nos salons les plus à la mode vous devez pour comprendre être versé dans l'argot le plus pittoresque ; le dictionnaire d'Aristide Bruant n'a pas de secret pour nos élégantes, cela joint aux mots d'anglais sportifs constitue le vocabulaire des plus jolies lèvres.
Le roman le plus épicé, la pièce la plus décolletée de la saison font les frais littéraires des cinq heures de ces dames et si Homère, Platon, Fénelon et Bossuet leur semblent vieux jeu, citez-leur les passages les plus scabreux du « Roman d'une femme de chambre » ou des Mémoires de Liane de Pougy, elles les savent par cœur.
En ces temps de décadence où une sorte de folie semble s'être emparée des esprits, un besoin impérieux de fuir nous saisit, il nous faut absolument revenir à une époque plus adéquate à nos sentiments, retrouver une société, des êtres disparus qui réalisent les types que nous voudrions voir reparaître dans
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ce pays, ^ont ils furent l'honneur et le charme. C'est ce que nous allons nous efforcer de faire : dans l'intimité charmante du Cayla, dans le commerce de Maurice de Guérin et de Barbey d'Aurevilly nous retrouverons les parfums de la France d'hier, celle qui aimait mieux l'honneur, la vertu et la religion que l'argent.