CHAPITRE III
Les premières années. — Maurice au Cayla, à Toulouse, à Stanislas. — La Tendresse maternelle d'Eugénie. — Le départ pour Paris. — Sollicitude de la sœur pour le frère. Maurice se réfugie à la Chênaie. — Joie d'JBugènie de le voir échapper aux dangers du monde.
Comment pourrions-nous connaître l'âme d'Eugénie, sans étudier maintenant d'assez près la personnalité de Maurice, de ce frère si étroitement uni à sa sœur : « Nous étions les deux yeux d'un même front » n'étaitce pas reconnaître qu'on ne pouvait les séparer ?
Nous avons raconté comment Eugénie à la mort de M™" de Guérin était devenue la véritable mère de Maurice. L'enfant, d'une santé
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délicate, réclamait de tendres soins et la jeune fille l'entoura des plus assidus.
Mais si elle veilla attentivement à la santé du petit être qui lui était confié, combien elle eut plus de souci de son âme !
Dès l'enfance, l'âme de Maurice fut triste, en proie à une vague rêverie. Eugénie, d'instinct, se rendit compte du mal que cet état d'esprit pouvait causer à son enfant chéri et elle s'efforça de le distraire en l'accompagnant dans ses promenades, en lui faisant de joyeux récits, en remplissant le vide de son âme par la fortifiante pensée de Dieu.
Peu à peu elle réveilla l'enfant de sa torpeur, fixa sa pensée sur le ciel.
Tout jeune Maurice, que sa sœur conduisait chaque jour à l'église, pensa se faire prêtre et Eugénie heureuse de cette vocation lui suggéra l'idée de prononcer chaque soir de petits sermons.
La timidité rendit difficiles ces premiers essais mais il ne tarda pas à trouver plaisir à ce jeu, et M"° de Guérin a pu écrire : « Une de ses jouissances c'était d'improviser, et comme il avait du penchant pour l'état ecclésiastique, c'étaient des discours religieux qu'il faisait. Il y a dans les bois du Cayla,
SOUS un enfoncement, une grotte taillée en forme de chaire où il montait et qui fut appelée pour cela la chaire de Chrysostôme. Maurice avait toujours ses sœurs pour auditoire. »
Pour demeurer sans cesse en communication avecl'âme de Maurice, pour que rien ne lui échappât de l'esprit de cet enfant elle voulut prendre part à ses leçons. M. de Guérin d'abord, puis le curé du village commencèrent son éducation. Eugénie demanda à assister à tous les cours même à ceux du latin, « cela m'aidera à comprendre mes offices », disait-elle, ce pieux prétexte lui permit de ne pas quitter son frère un instant.
Hélas ! cette union charmante fut interrompue ; Maurice dut être confié à des professeurs plus expérimentés, il partit pour le Séminaire de Toulouse et ce fut avec un poignant désespoir qu'il quitta Eugénie et le Cayla : « Une douce conformité d'humeur m'unissait chastement à ma sœur à peine un peu plus âgée que moi, a dit Maurice, nous aimions à gravir les coteaux ensemble, à parcourir les bois, promenades dont le souvenir remplit mon âme de délices. »
Déjà dans l'âme de Maurice, la nature
confondait avec ce qu'il aimait et il n'avait pas douze ans lorsqu'il quitta les bois du Cayla, le 5 janvier 1822.
M Ce fut la veille des Rois 1822, que nous arrivâmes à Toulouse, dit Maurice à son père, sur le chariot traîné par cette bonne jument qui occupe une place ^si distinguée dans le souvenir de vos montures.
» C'était ma première sortie du Cayla, je m'en allais avec une cruelle déchirure, la première que la séparation eût faite à mon âme, mais aussi avec l'amour de la nouveauté qui prend les hommes jusqu'au berceau et me possédait dès lors assez vivement pour me faire ouvrir de grands yeux et me faire regarder toute chose avidement à travers mes larmes... »
Si Maurice avait la nostalgie du pays natal, Eugénie souffrait de Tabsence de son petit, mais elle dissimulait sa peine, bien mieux ses lettres à l'absent taisaient systématiquement les faits quotidiens du château. Elle s'efforçait de fixer la pensée de l'écolier uniquement sur ses devoirs, sur ses études religieuses qui, heureusement terminées, le ramèneraient près des siens.
Docile à ces conseils maternels, le jeune séminariste se distingua si bien de ses condis-
ciples que Mgr de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, séduit par la conduite et les remarquables dispositions de l'enfant voulut se charger de son éducation et en faire un prêtre. M. de Guérin refusa ces offres par un sentiment de fierté qui s'explique, mais non par aversion pour le sacerdoce, nous savons au contraire par Maurice combien pieuse fut son éducation : « Mon père jetait dans mon cœur ces sentiments de religion qui n'ont jamais été effacés, et les scènes de la mort que j'aimais à aller contempler dans les chaumières à la suite du curé de la paroisse, qui était mon précepteur, m'instruisaient de la brièveté de la vie à l'entrée de ma carrière, ainsi sans avoir vécu dans le monde j'en étais déjà désabusé tant par ce que j'entendais dire à mon père que par ma jeune expérience. »
Si Eugénie engageait Maurice à travailler, l'enfant lui demandait surtout des consolations. Voici une de ses lettres : « Chère Eugénie, je suis bien touché des regrets que tu as de mon absence, moi aussi je te regrette et je voudrais bien qu'il fût possible d'avoir une sœur au séminaire, mais ne t'inquiète pas, je suis très content, mes maîtres m'aiment, mes
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camarades sont excellents, j'avance à pleines voiles dans le pays latin, tu auras un meilleur maître aux vacances. Soigne à ton tour mes tourterelles. Je chante à la chapelle. Adieu, je t'embrasse. »
Ces lettres si désirées étaient précieuses à Eugénie, qui ne trompait son regret, qu'en redoublant les exercices de piété, en s'adonnant aux soins du ménage, en visitant les pauvres, en écrivant fréquemment à Maurice.
« Alors, dit Eugénie, commença cette correspondance intime qui n'a fini qu'à sa mort. J'ai bien peu retrouvé de ses premières lettres. En voici une pourtant, véritable gage de la tendresse fraternelle !
« Hélas ! le monde entier sans toi f N'a rien qui m'attache à la vie.
» Chère Eugénie, tu seras peut-être étonnée de voir ces deux vers en tête de ma lettre^ c'est que c'est le texte dont je veux la tirer et pour mieux exprimer le tendre amour que je te porte.
» Le sentiment qui inspirait à Paul ces pa rôles pour Virginie n'était pas plus sincère que le mien. Je ne puis te dire la place que j'ai,
n'ayant pas encore composé. Adieu, je n'en puis plus, je souffre trop pour pouvoir continuer. »
Eugénie vivait par la pensée avec l'absent, les lettres de Toulouse lui apportaient une grande joie, elle les lisait en famille, puis les emportait dans sa modeste chambrette et ne cessait de les relire.
Lorsque ses regrets étaient trop vifs, elle allait volontiers s'occuper des travaux les plus matériels de la maison. Rappelant que sainte Catherine de Sienne faisait avec grande joie la cuisine, elle disposait son linge au soleil, en s'écriant : « C'est assez joli que d'étendre le linge blanc sur l'herbe et de le voir flotter sur des cordes. On est si l'on veut la Nausicaa d'Homère, ou une de ces princesses delà Bible qui lavaient les tuniques de leurs frères. »
Cette vie de prière et de travail n'empêche pas de se développer en elle un double amour : celui qu'elle nourrit pour son frère et l'autre pour la nature dont elle est fort éprise : Les beaux jours la ravissent par leur lumière. « Nous menons une vie d'oiseau, écrivait-elle, en plein air sous les arbres, c'est un charme et que de plaisirs variés à chaque coup d'oeil, à chaque pas, pour peu qu'on y regarde, c'est plaisir de trotter
dans ces parfums, rien n'est charmant comme ces courses du matin au printemps et je ne regrette pas de me lever de bonne heure pour me donner ce plaisir. »
Dans cette autre lettre à Maurice, les impressions poétiques que ressent son âme sont traduites d'une façon charmante. Elle parle de la Noël et de la messe de minuit à laquelle elle se rendit avec les bergers du Cayla : « Nous y allâmes tous, papa en tête, par une nuit ravissante, jamais plus beau ciel que celui de minuit. Si bien que papa sortait de temps en temps la tête de dessous son manteau pour regarder en haut. La terre était blanche de givre et nous n'avions pas froid. L'air d'ailleurs était réchaufié devant nous par des fagots d'allumettes que nos domestiques portaient pour nous éclairer. C'était charmant, je t'assure, et je t'aurais voulu voir là cheminant comme nous vers l'église dans ces chemins bordés de petits buissons blancs comme s'ils étaient fleuris. Le givre fait de belles fleurs, nous en vîmes un brin si joli que nous voulions faire un bouquet au Saint Sacrement mais il fondit dans nos mains, toute fleur dure peu. »
Loin de Maurice, ainsi s'écoula l'existence
de M"* de Guérin ; l'accomplissement des devoirs du foyer, la pratique de la religion et de la charité, la volupté de vivre dans la nature et de se baigner dans la lumière, ce fut tout l'aliment de cette vie.
Au bout de deux années, au commencement d'août 1824, Maurice, couvert de lauriers, faisait retour au Cayla et c'est le visage en larmes, avec une émotion indicible, qu'il se jeta dans les bras d'Eugénie.
Alors recommença une intimité très étroite entre le frère et la sœur. Ils prièrent, travaillèrent ensemble et, comme c'était le temps des vendanges, le temps des moissons dorées, le temps des longues et douces soirées, Maurice et Eugénie goûtèrent les pures joies que peut réserver la nature à ceux qui l'aiment.
En ce temps-là, Maurice comme Eugénie était toujours en présence de Dieu Très pieux, il croyait profondément à sa vocation religieuse et de son côté Eugénie voyait déjà son frère curé de campagne, installé avec elle dans un modeste presbytère.
Cependant, M. de Guérin, voulant pour son fils des études plus élevées que celles du séminaire et plus en harmonie avec ses aptitudes,
s'imposa de grands sacrifices, il l'envoya à Paris, au collège Stanislas, alors rendez-vous de la jeunesse aristocratique.
L'écolier dut une fois de plus dire adieu à sa sœur chérie.
Eugénie vient d'avoir vingt ans, elle est délicieusement bonne et charmante. Lamartine, qui la connut et apprécia si fort son talent simple et naturel, a dit d'elle : « Elle n'était pas jolie, selon le vulgaire, bien que les yeux où se reflète le génie, la bouche où s'épanouit la bonté, le contour harmonieux et délicat du visage qui encadre le caractère, les cheveux, grâce de la figure, la taille svelte et souple qui fait ressortir les formes du corps, la vivacité de la démarche qui transporte la personne avec la rapidité de la pensée, fissent de cet ensemble un aspect très agréable. »
Les robes de la jeune fille étaient d'une extrême simplicité ; pour tout bijou, elle portait une petite croix d'or, son attitude était réservée et modeste comme il convient à une chrétienne pure comme un ange. « J'aurais voulu être belle, a-t-elle dit, je ne rêvais que beauté parce que maman m'aurait aimée davantage. Grâce à Dieu, cet enfantillage a passé
etje n'envie plus d'autre beauté que celle de l'âme. Dans le monde, pourtant, la sobriété de sa toilette ne servait qu'à accuser davantage sa distinction native de patricienne, et non seulement Eugénie ne fut pas déplacée dans les châteaux et dans les salons de sa province, mais nous verrons plus loin combien elle fut appréciée dans le noble faubourg où, chaque fois qu'elle vint à Paris, elle fut accueillie et fêtée comme une reine. Mais, si son charme lui faisait la meilleure place dans la société, elle n'aimait pas le monde. « Je viens d'essayer du monde, décidément le monde m'ennuie, l'esprit qu'on y rencontre n'est pas de mon goût. Je n'y puis prendre part, aussi je puis dire comme Esther, je crois, qu'au milieu de la foule et des divertissements, je ne laisse pas de me trouver seule. Savez-vous où je me plais, dans quel monde ? — A l'église ! là, je me sens chez moi. Toute ma vie j'ai préféré une chapelle à un salon, les anges aux hommes et ce parler intérieur avec Dieu à celui qui bruit au dehors. On n'est pas en solitude, on n'est pas élevé en plein air, près de la croix, pour sentir comme les autres. Rien ne m'est venu de là, ce n'est pas la peine ni mon vouloir de me tourner de ce côté. »
Ce qu'Eugénie aimait après Dieu et après Maurice, c'était cette terre du Cayla où elle était née, ces bois délicieux, ces bergers qu'elle aisait longuement causer.
Des types dont elle précisait le caractère : La Vialarette avec son heurt de sabots, Rose Dreuil qui sait méditer et a tant d'esprit sur le chapelet, Françoise Gaillard et sa fille Jacquette si recueillies à l'église, le petit Piéril et le petit Antoine dont les cheveux sont si blcnds qu'elle voudrait les baiser, sa chienne Trilby, tout ce qu'elle aime enfin et qu'elle a célébré dans cette poésie charmante :
Enfant, j'aimais les fleurs, les oiseaux, la parure. Oui, lorsque sur mon front tombaient deblonds anneaux J aimais à contempler ma petite figure Dans le miroir des eaux.
J'aimais d'errer, pareille à la biche légère, De la prairie au bois, des coteaux au vallon. J'aimais à détacher, pour le rendre à sa mère L'agneau pris au buisson.
J'aimais à recueillir comme autant d'étincelles Les vers luisants sur l'herbe attirant tous les yeux J'aimais à voir passer ainsi que des nacelles Les astres dans les cieux.
J'aimais de l'arc-en-ciel la sphère éblouissante, Posant ses pieds du pôle aux monts Pyrénéens J'aimais les beaux récits, Trilby, la fée Organte Et des petits enfants les joyeux entreliens.
J'aimais tout chant, tout bruit, toute voix d'innocence. Oiseau, nuage, en ceux que je voyais passer J'aimais tout, la nature était joujou d'enfance. Dieu, pensais-je, étoilait le ciel pour m'amuser.
Joyeuse comme l'hirondelle J'épandais ma joie à l'entour Et sans l'avoir mieux appris qu'elle Je chantais tout le long du jour.
Je chantais amour et louange A tout objet aimant ou beau.
A ma mère, disant qu'un ange Veillait riant sur mon berceau.
Ah ! quand je la voyais sourire, Elle était cet ange enchanteur D'où me venait grâces et rire Où je puisais chants et bonheur.
Chants et bonheur avec ma mère S'en allèrent en un cercueil Et je n'aurai rien sur la terre Rien que la prière et le deuil.
Mais si la mort de sa mère adorée avait glacé le sourire sur ses lèvres d'enfant, si, comme elle le dit si bien, il n'y a plus place en son cœur que pour la prière et le deuil, et si son amour pour Maurice fut encore une nouvelle façon de chérir l'ange disparu, elle aimait encore d'une façon toute particulière son père qui ressentait de son côté pour elle une prédilection marquée.
M. de Guérin comprenait tout ce que valait
l'âme délicate de sa fille et il avait pour Eugénie une tendresse admirative. La jeune fille, elle, avait en son père une confiance absolue, complète ; et voici le joli tableau qu'elle trace de l'intimité du foyer.
« Placé mon front sur les mains de mon père, posées sur mes genoux. Oh ! le doux oreiller, tout mon cœur s'est porté à ma tête, dans ce repos pour en jouir.
» Mon père est bon, d'une bonté tendre, ardente et pour ainsi dire amoureuse, comme on dit de la bonté divine et il se fait aimer avec abandon, je ne lui cache que ce qui pourrait le peiner (1). »
Et voici comment Eugénie achève de nous révéler sa tendresse pour M. de Guérin. « Le bon père aurait peut-être quelque souci de ce qui me vient parfois dans l'âme. Un air triste lui semblerait un chagrin. Cachons-lui ces petits nuages. Il n'est pas bon qu'il les voie et qu'il connaisse de moi autre chose que le côté calme, serein. Une jeune fille doit être douce à son père, nous leur devons être à peu près ce que les anges sont à Dieu. »
Eugénie était adorée par son père, par
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Maurice, par Erambert, son autre frère, et par Marie, sa sœur, elle était l'ange du foyer, précieuse à tous, elle jouissait en outre dans le pays d'une popularité extraordinaire. Tous les paysans se découvraient sur son passage, ils venaient la consulter, l'appeler auprès des nécessiteux, des infirmes et des malades. Dans les chaumières d'alentour, elle était la consolatrice des plus misérables, et, quand avec sa douce éloquence elle parlait de Dieu, ces braves gens croyaient voir un ange descendre du ciel pour les secourir.
Cependant, Maurice continuait ses études. Nous savons par Eugénie qu'il demeura cinq années à Stanislas sans revenir au Cayla : « J'eus pendant ce temps-là, dit-elle, communication des développements et impressions de son âme, et de cette mélancolie profonde qui semblait lui donner le sentiment confus des choses à venir. »
Il semble bien que le frère ait, sinon oublié, du moins négligé la sœur pendant ce long temps, car le cahier vert de Maurice contient à ce sujet une phrase de regret, véritable mea-culpa.
« Ma chère Eugénie, dit Maurice, les lignes que je vais écrire vont t'étonner. Sans doute, la conduite que j'ai tenue envers toi, jusqu'à
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présent, ne présageait rien de semblable à ce que tu vas lire, mais sois persuadée que je te parle sincèrement. Ta surprise sera, je crois, agréable. Jusqu'ici, je t'ai témoigné peu de confiance. Mais pourquoi, diras-tu ? La raison n'en est pas dans mon cœur. Malheur à moi ! s'il avait conçu le moindre éloignement pour toi. C'est la légèreté de l'âge. Me voici arrivé à l'âge où l'enfance n'est plus pour moi qu'un songe, toutes les illusions de la vie ont disparu et de tristes réalités ont pris leur place, c'est alors qu'on ne se suffit plus à soi-même. C'est alors que l'homme qui pâlit d'effroi a besoin d'un appui, d'un bras secourable qui le soutienne dans les terribles épreuves qu'il va subir. Ce besoin s'est manifesté à moi aussitôt que, jetant un regard sur l'avenir, je me suis vu seul, prêt à affronter tant de dangers. Alors, mon cœur t'a nommée aussitôt et peut-on, en efT'et, trouver un meilleur ami qu'une sœur telle que toi? Veuille donc désormais être ma confidente et m'aider de tes conseils et de ton amitié, tu es seule de toute la famille dont le caractère est le plus conforme au mien. Je te tracerai l'histoire de mon cœur, je t'invite à me faire part aussi de ce qui se passe en toi.»
Le 7 janvier 1329, il s'exprime encore de la sorte au sujet de leur fraternité d'âme. « Quelle source de bonheur et de jouissance pour nous deux, que de choses n'aurons-nous pas à nous dire ! Oh ! qu'ils seront doux ces enchantements de nos cœurs qui se déchargeront l'un dans l'autre, des ennuis, des réflexions, des tristesses qui naissent et meurent avec chaque jour. Aussi, dis-moi l'état habituel de ton âme, c'est-à-dire quel est l'objet ordinaire de tes méditations. Que penses-tu delà vie, où places-tu tes plaisirs et tes jouissances? Enfin, si je mérite ta confiance, peins-moi ton cœur tel qu'il est. J'attends la réponse avec impatience, il y a eu un temps où tu gourmandais ma paresse, mais je deviens pressant à mon tour, car il faut nous écrire un peu plus souvent que nous ne l'avons fait jusqu'ici. »
Ces négligences, que Maurice avoue, avaient fait beaucoup de peine à Eugénie, malgré la dévotion méticuleuse qui occupait ses instants, elles avaient amené dans son âme une inquiétude dont elle ne pouvait s'affranchir contre laquelle elle a lutté et qu'elle analyse si bien : « C'est une passion que la tristesse, écrit-elle, et qui consume, hélas, bien des vies, je regarde à peu près comme perdus ceux qu'elle possède. Faut-
il remplir un devoir? Impossible! Ce sontdes hommes tristes, ne leur demandez rien, ni pour Dieu ni pour eux, même ce que leur humeur voudra ! »
Pour lutter contre la tristesse, il n'y a d'autre remède que la prière. « Dieu sait seul vous donner la joie dans cette lutte terrible et tout petit qu'on soit, avec son aide, on tient enfin le géant sous ses genoux, mais pour cela il faut prier, beaucoup prier, et, comme nous a appris Jésus-Christ, nous écrier: Notre Père!»
Voilà le remède ! et quand la prière ne suffît pas, il faut aller se jeter aux pieds du prêtre : « J'ai trouvé dans les paroles du prêtre un secours inespéré, un calme, un baume religieux, qui m'a fait sentir la foi dans ce qu'elle a de plus naïf et de plus fort, la puissance de consolation. Aux uns, il faut les menaces, aux autres les espérances, à moi il me faut l'amour, l'amour de Dieu unique véritable. Dès qu'on me remet là, je cesse de souffrir de souffrance désespérée, le prêtre a connaissance du cœur et des angoisses de l'âme et des tristesses jusqu'à la mort et il vous soutient, cet ange. »
Mais après tant de peines, tant de chagrins, les jours heureux allaient renaître. Les études
de Maurice sont achevées, il s'apprête enfin à retourner au Cayla.
Maurice écrit à Eugénie pour la prévenir de l'heureux événement : « Bientôt, je reverrai ma solitude chérie et ce sera, je l'espère, pour ne plus la quitter. Papa doit t'avoir communiqué ses propos sur moi. Oh ! qu'il s'est bien rencontré avec mou cœur ! Oh ! quel bonheur de goûter la douceur d'une réunion si désirée après une longue absence ' »
Eugénie, radieuse depuis la bonne nouvelle^ trotte, s'agite, prépare tout pour recevoir chaudement, tendrement, l'hôte tant désiré, son enfant, son frère bien-aimé. Elle dispose sa chambre, à côté de la sienne, y place les livres les plus aimés du jeune homme, aère largement, parfume de lavande tout ce que doit toucher Maurice. Elle veille au cellier, choisit le plus vieux vin, destine au sacrifice ses volailles les plus grasses, cueille les meilleurs fruits et enfin le jour tant espéré luit; l'heure approche et Eugénie, précédée de son chien Trilby, part au-devant du frère chéri qui revient après cinq longues années d'absence. Le voici ! elle le serre en pleurant sur sa poitrine.
A cet âge, après une longue absence, les
âmes vibrent moins d'accord, on s'est fait à l'isolement, il existe un moment de gène, on se trouve étrangers. Eh bien non ! ces cœurs, ces esprits se confondaient comme autrefois de la façon la plus absolue. Cependant, Eugénie étudiait attentivement les changements survenus dans l'âme de son frère et elle était effrayée de trouver cette âme déjà si cruellement atteinte de pessimisme ; dans son journal, on retrouve ces lignes significatives : « Quand il revint à la fin des classes, je le retrouvai tout empreint de tristesse. Rien ne lui plaisait, que les promenades q'.'.'il remplissait d'épanchements de cœur et d'observations sur la nature. Il y a tel site au Cayla, tel arbre, tel point à l'horizon qu'il m'a rendus chers par l'attention qu'il leur a donnée. »
C'est dans une de ces promenades, quelques jours après son arrivée, que INlaurice faillit, accidentellement, tuer sa sœur.
Voici comment se produisit cet événement qui aurait pu avoir des suites effroyables et dont Maurice, jusqu'à son dernier jour, ne voulut pas qu'on parlât, tant ce souvenir l'émouvait.
Sorti avec Eugénie, Maurice avait pris un
iusil, et ciiemiu luisant sa sœur le plaisantait sur ses instincts sanguinaires, sur sa mauvaise intention de répandre le sang innocent. Soudain, comme Maurice, venant de tirer sur un merle, rechargeait, puis désarmait son fusil, un coup partit si inopinément que la robe d'Eugénie en fut déchirée et toute fumante. Terrifiés et brisés d'émotion, tous deux rentrèrent précîpilamment au château. On cacha l'accident à M. de Guérin, et Maurice écrivait le soir même :
v(( vOh ! ma sœur, que je te suis donc fatal, ce o'test p.as assez de faire si souvent couler les larmes, j'ai manqué te donner la mort. J'ai manqué l'immoler dans ces bois comme la eolioiîïbe. Maudit chasseur ! Maudite soit l'arme perfide et meurtrière, je l'ai jetée pour jamais loin de moi. Jamais la main de ton frère ne touchera un fusil. Comment le plomb mortel est-il parti et comment n'a-t-il fait que déchirer ta robe sans t'atteindrePDieu t'a préservée ! Sans ce prodige, il y aurait eu deux tombes, chère sœur, car je ne t'aurais pas survécu. »
Cependant, après quelques jours d'intimité, cœur contre cœur, Maurice avait avoué à sa sœur qu'il ne se sentait plus la vocation d'être
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prêtre et qu'il avait renoncé dcfinilîvement au sacerdoce. Cette nouvelle afTecta beaucoup Eugénie, c'était son rêve le plus doux qui s'envolait, elle avait toujours espéré vivre avec son frère dans le presbytère oii elle le voyait curé de campagne et où elle l'aidait à faire le bien ! Il aurait été son soutien, son confident, son confesseur !
« Dieu seul peut apaiser les troubles de l'âme. Si tu t'étais fait prêtre, tu saurais cela. Je t'aurais demandé conseil, mais je ne puis rien dire à Maurice. Ah ! pauvre ami, que je regrette, que je voudrais passer de la confiance du cœur à celle de l'âme, il y aurait dans cette ouverture quelque chose de bien spirituellement doux. La mère de saint François de Sales se confessait à son fils, ses sœurs se sont confessées à leur frère. Il est beau de voir la nature se perdre ainsi dans la grâce. »
Eugénie, malgré ses regrets vifs de la décision prise, était cependant rassurée sur la foi de son frère et sur ses habitudes religieuses. « Il avait renoncé à l'état ecclésiastique, dit-elle, sans perdre ses tendances religieuses, il était même si pieux qu'on l'appelait dans le pays le jeune saint. »
Dans l'idée de M. de Guérin, Maurice devait
rester au Cayla et s'occuper de la terre, et Eugénie, heureuse de le garder près d'elle, ne pensait plus qu'à la joie de vivre comme par le passé.
Depuis trois mois à peine, Maurice était au Cayla, et dans cette intimité charmante, dans ce contact continu avec la nature, la gaîté lui était revenue, ses préoccupations, son pessimisme s'effaçaient peu à peu. Soudain, M. de Guérin changea ses vues. Erambert, le frère aîné, suffisait pour les soins de la propriété, Maurice pouvait, en raison de son intelligence et de son savoir, jouer un rôle important, il eut été dommage de l'enterrer inutilement dans cette campagne ; il fut donc décidé que Maurice ferait son droit à Paris.
L'émoi du jeune homme fut grand, mais les craintes d'Eugénie furent terribles, elle redoutait justement de voir son frère retomber dans cette sorte de maladie noire, de désespérance dont elle avait eu tant de peine à le délivrer.
Maurice, qui se plaisait à l'idée de cette vie du Cayla où il passa ses jours comme une plante ou comme un arbre, ne fit pas entendre une plainte contre ce nouvel exil. Le chef de la famille avait parlé, il ne vint pas à la pensée du fils de discuter cette décision, le cœur navré, il obéit sans murmurer.
Eugénie ne sut pas dissimuler sa douleur ni retenir ses larmes, elle trembla pour cette santé chétive que les brumes de Paris allaient attaquer, elle trembla plus encore pour cette âme dont elle connaissait le penchant à cette mélancolie, qu'elle avait combattue depuis l'enfance.
Plus que jamais, ce mal redoutable n'allaitil pas le reprendre, le posséder, le ruiner ? Et sa foi ! ce seul bien précieux pour Eugénie, n'allait-elle pas être en péril dans ce Paris qui avait dévoré tant de jeunes croyances? Avec douleur, elle repassait dans son esprit prévenu ces crimes effroyables dont Paris avait la spécialité. C'étaient des jeunes gens pieux et chrétiens, dont la grande ville avait fait des impies, des enfants probes et chastes rapidement devenus des débauchés , d'honnêtes gens devenus méprisables. Comme elle la haïssait cette immense ville, ce monstre qui dévorait les jeunes, après avoir flétri leur corps et tué leur âme ! Mais Eugénie savait que les décisions de son père étaient irrévocables, si elle ne put retenir ses larmes, elle ne se permit aucune observation.
Le frère et la sœur durent donc se séparer encore, mais, en se quittant, ils se promirent,
cette fois, de ne plus cesser d'être en correspondance. Dès son arrivée à Paris, Maurice écrit à sa sœur et lui donnfj des détails sur sa vie, sur ses lectures, sur son travail. « Tu sais que j'ai une chambre, une fort jolie chambre oîi j'ai mon lit, mon feu et mes livres et nul ne vient troubler le secret du sanctuaire. A présent, par exemple, je suis dans un de mes plus doux moments ; il est huit heures et demie du soir, il fait froid dehors et un bon feu brûle dans ma cheminée (la pensée des pauvres me gâte souvent ce plaisir), ma petite table est posée à côté et je m'entretiens délicieusement avec toi. »
De le voir si sage, si épris des belles choses, si amoureux d'art et de poésie, console et rassure un peu sa sœur sur les dangers que courent sa vertu et sa santé. Mais voici de nouvelles angoisses : un jour arrive au Cayla une effrayante nouvelle, Paris est en pleine révolution, Charles X vient de dissoudre le Parlement et de suspendre la liberté de la presse, le peuple se soulève. Eugénie est tremblante d'effroi.
Maurice est royaliste, il est fidèle certainement à son roi, donc il doit être en danger, il va se faire tuer, et elle lui écrit d'être pru-
dent, de se conserver pour ceux qui l'aiment. Les nouvelles les plus graves arrivent de la capitale, elles relatent les journées du 27, du 28 et du 29 juillet, le duc d'Orléans est nommé lieutenant-général du royaume, le Roi abdique.
Au Cayla, on s'indigne, on pleure sur l'exil de la famille royale, on fait des vœux pour le duc de Bordeaux mais, par-dessus tout, on craint pour Maurice et on lui adresse lettre sur lettre, enfin, à son tour, le jeune homme répond. Avec toute la jeunesse catholique de Paris, il fait l'opposition la plus violente au nouveau gouvernement :
« Je garde au duc de Bordeaux, écrit-il, toute raffecllon que l'on doit à la race qu'il représente, car je ne suis pas de ceux qui voient dans les Bourbons le type de la tyrannie, je ne vois en eux que le type de la bonté. » Il faut voir avec quel enthousiasme il parle du fameux procès de MM. de Kergor lay et Lamennais. « Vous avez dû, comme nous, être ravis d'admiration par cet admirable comte de Kergorlay ! Qu'il était beau lorsqu'il jugeait ses juges et leur faisait baisser la tête !
)) Tout l'auditoire a frémi de son intrépidité
et une rumeur sourde a couru parmi ces pairs et dans les tribunes quand il a prononcé ces admirables paroles : « Y a-t-il quelqu'un ici » qui puisse dire qu'il ignore sur qui le choix » du peuple serait tombé si l'on eût donné à » choisir entre Henri Dieudonné et le fils du » Régicide ? » Si le gouvernement, ajoutait-il, gagne encore trois ou quatre procès comme celui-là, il est perdu. Quelle prodigieuse imprudence d'aller mettre en discussion devant les tribunaux son origine et ses droits et s'en prendre à des hommes comme M, de Kergorlay et M. de Lamennais qui va comparaître bientôt sur les banquettes de la Cour d'assises. Le procès de M. Kergorlay a été celui des royalistes, celui de M. de Lamennais sera celui des catholiques, »
En même temps, Maurice rassurait les siens, il promettait d'obéir aux objurgations paternelles et d'être aussi prudent qu'on le lui demandait.
Cependant, après cette période d'agitation, le calme se fît, Maurice reprit le cours de ses études dans sa chambrette, deux années s'écoulèrent ainsi.
Au commencement de l'été 1831, M. de Guérin rappela son fils au Cayla pour y passer
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les vacances ; la joie d'Rugénie et de Maurice fut douce, comme autrefois ils lurent ensemble les nouveaux livres et dans de grandes promenades autour du Cayla se donnèrent à la nature.
Ils passèrent une bonne part des vacances dans la famille de Bayne, liée avec la leur.
M"* Louise de Bayne était une amie de M"'' de Guérin et Maurice connaissait les qualités de cette aimable et pieuse jeune fille et les appréciait.
Les vacances touchaient à leur fin. Maurice dut quitter le Cayla pour aller à Paris reprendre ses études. Eugénie se montra plus calme, elle redoutait moins Paris pour son frère qui, au point de vue religieux, était resté ferme dans ses croyances. En partant au commencement de l'automne 1831, le jeune homme emportait, attachée à son cou, une petite croix d'or qu'Eugénie l'avait prié de porter comme un talisman.
Malgré sa résignation, Eugénie souffrit de son isolement.
« Que le temps est long quand on s'ennuie! écrivait-elle à Maurice trois jours après son départ. Y a-t-il tiois ans ou trois jours que lu es parti, mon cher Maurice ? Pour moi, je
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n'en sais rien, car tout ce que je sais c'est que je m'ennuie à mourir. Mais, mon Dieu, que tu es loin maintenant, tu roules, roules toujours plus loin. J'ai peur que tu verses et je te recommande à la petite croix. IW grande confiance qu'elle te protégera de toute mauvaise rencontre Sois-lui dévot comme tu me Tas promis et je serai tranquille. »
Maurice reprit à Paris ses études, mais riiistoire, la poésie, la philosophie ou la religion lui plaisaient plus que le droit. « J'ai repris le Code par pudeur, et pour qu'il ne fût pas dit que j'avais reculé devant un livre et encore je ne sais pas si, dans quelque moment de dépit, je ne le repousserai pas pour toujours. » Il écrit encore à sa sœur : « Nous sommes brouillé de nouveau avec le Code, et cette fois-ci, profitant de la loi du divorce, nous avons solennellement et pour jamais divorcé. »
A partir de ce moment, il s'essaye à écrire dans la Revue européenne, même dans le Courrier de l'Europe, journal dont les idées étaient à peu près celles de V Avenir, le fameux organe de M. de Lamennais.
Maurice a trouvé sa voie, il écrit avec joie et il rêve de devenir un écrivain illustre, les
doctrines de Lamennais le remplissent d'enthousiasme.
Au Cayla, on l'encourage à aller de l'avant et la lettre suivante atteste combien la famille de Guérin voyait avec plaisir Maurice se consacrer aux lettres.
... « Une charmante prophétesse vient de me prédire que je serai dans peu de temps consolée de ton absence.
» Si elle croit que je t'oublierai, elle est faux prophète.
» Que veut-elle donc dire? Que tu reviendras ? Mais c'est si loin, ce retour ! Que tu m'écriras, cela console bien, mais pas tout à fait. Voici, voici, oui, tu m'écriras, mais ce sera imprimé, doré, relié. Te voilà auteur, te voilà riche de gloire et me voilà à Paris, c'est là aussi ce qu elle a voulu dire ; elle sait ce que je veux, cette vénérable petite sorcière, et elle ne voudrait pas m'annoncer des malheurs. T'accepte l'augure que ta lettre vient me confirmer. Tu es enfin lancé dans la carrière, loin, bien loin de ce Code qui te pesait comme le mont Atlas. Papa est content de ta détermination... (1).
(1) Lettres d'Eugénie.
» Nous avons vu aujourd'hui M. Bories qui va s'abonner avec papa au Courrier de l'Europe. 11 me tarde bien de t'y voir. Cela nous dédommagera de V Avenir, mais nous y reviendrons vite dès qu'il reparaîtra, car on ne doute pas que nos pèlerins ne re\>iennent bientôt bénis et triomphants.
» C'est une démarche, d'ailleurs, qui ne peut avoir que d'heureux résultats, quels qu'ils soient: si le Pape approuve, voilà X Avenir ?i,\\. pinacle, s'il condamne, chose impossible (diton), la défaite de Lamennais sera pour lui un triomphe comme celle de Fénelcn, car qui doute qu'il ne se soumette... »
Cette lettre atteste que la sœur, tout autant que le père, s'était laissée séduire par les théories de Lamennais et qu'ils attendaient aussi passionnément l'un que l'autre la décision de la cour de Rome.
Maurice apprenait bientôt que M. de Lamennais, désapprouvé par le Pape, s'était retiré dans la retraite de la Chênaie et, d'accord avec quelques amis, il prenait la résolution de suivre le grand homme dans sa solitude, et le jeune homme venait au Cayla solliciter l'autorisation d'agir ainsi.
Loin de le détourner de cet acte inconsidéré,
tous le louèrent et l'encouragèrent à y persévérer. Maurice abandonna donc au plus vite le Cayla pour aller se plonger dans la solitude de la Chênaie qu'Eugénie pensait favorable au recueillement d'une âme chrétienne.