‹ Eugénie de Guérin, journal et fragments (volume 2)Chapitre 8 sur 31 · C-C^l^t'l ^ J'tj^ l/A · texte numérisé non relu

C-C^l^t'l ^ J'tj^ l/A

Gomme j'étais prèa du moulin, une pauvrette d'Andillac m'a remis une lettre de Mimi. « Grand merci, petite; prends ce sou. » Elle le prend et demeure. « Que veux-tu de plus? — Eh mais, la lettre. — La lettre est pour moi. — Oui, c'est qu'il me faut la rendre, et voyez (mettant son doigt sur le cachet), vous me l'avez déchirée. » Et elle regardait, tout ébahie de me voir rire de ce malheur. Enfin, me voyant décidée à ne pas lui rendre son message, elle m'a dit adissias. Et, m' asseyant alors sur un sac, j'ai lu les plus jolies tendresses de sœur. Rien n'est spirituel comme le bon cœur de Mimin. Elle s'ennuie, veut nous revoir, le monde l'amuse peu; nous la reverrons vendredi. Je vais lui écrire par Éran * qui va faire sa visite aux d'Huteau. De mon côté, je me trouve seule, isolée, ne vivant qu'à demi, ce me 4-^ semble, comme si je n'avais qu'une moitié d'âme. Je me figure à présent que tout ceci n'est qu'un temps perdu, que tu ne trouveras rien d'assez aimable à ces pages pour les ouvrir toutes. Qu'y aura-t-il? Des jours qui se ressemblent, quelque peu d'une vie qui ne laisse rien à dire: mieux vaut revenir à Yestoupas que je cousais. Je te laisse donc, pauvre plume.

Que les cieux des deux doivent être beaux ! G' est ce que j'ai pensé pendant les moments que je viens de passer en contemplation devant le plus beau ciel d'hiver. C'est ma coutume d'ouvrir ma fenêtre

i. Abréviation familière du nom de son frère Erembert

a vant de me coucher pour voir quel temps il fait et pour en jouir un moment, s'il est beau. Ce soir, j'ai regardé plus qu'à l'ordinaire, tant c'était ravissant, cette belle nuit. Sans la crainte du rhume , j'y serais encore. Je pensais à Dieu qui a fait notre prison si radieuse; je pensais aux saints qui ont toutes ces belles étoiles sous leurs pieds ; je pensais à toi qui les regardais peut-être comme moi. Gela me tiendrait aisément toute la nuit ; cependant il faut fermer la fenêtre à ce beau dehors et cligner les yeux sous des rideaux! Éran m'a apporté ce soir deux lettres de Louise. Elles sont charmantes, ravissantes d'esprit, d'âme, de cœur, et tout cela pour moi! Je ne sais pourquoi je ne suis pas transportée, ivre d'amitié. Dieu sait pourtant que je l'aime! Voilà ma journée jusqu'à la dernière heure. Il ne me reste que la prière du soir et le sommeil à attendre. Je ne sais s'il viendra, il est loin. Il est possible que Mimi j vienne demain. A pareille heure, je l'aurai; elle sera là, ou plutôt nous reposerons sur le même oreiller, elle me parlant de Gaillac, et moi du Cayla.

Le 26. — Je n'écrivis pas hier, je ne fis qu'attendre. Enfin elle arriva le soir, cette chère Mimi. Me voilà heureuse, je recommence mille fois ce que j'ai fait, dit et pensé depuis son départ; elle me raconte mille choses de nos amis, du monde, de tout ee qu'elle a vu, et tout cela est charmant à dire et à écouter. Ohï quel bonheur de se revoir l Vraiment,

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il y aurait de quoi s'en aller de temps en temps pour lé seul plaisir du retour. Je fis hier un commencement de lettre pour toi; mais je n'étais pas à écrire, toute mon âme allait à la fenêtre. Aujourd'hui, je rentre en moi-même, et vais achever ma page. Ce ne sera qu'après dîner, pour récréation. Avant tout, il faut que je dise que je viens de jouir du soleil dans la côte de Sept-Fonts. C'est un de mes plus beaux plaisirs, comme tous ceux qui viennent du ciel. Mais cette côte est triste maintenant, c^est à peine si Ton peut y voir la place où fut le banc. Il n'y a pas longtemps qu'il en demeurait quelque reste, quelques chevilles ; mais que les débris mêmes passent vite ! Tout en pensant, regardant et regrettant, je me suis assise sur un chêne renversé, mon banc d'à présent. Celui-là, du moins, ne sera pas emporté par lé vent. Là, j'attendais Mimi qui est allée sur le Pigimbert porter à la Vialarette des plants de grenadier pour Marie de Thézac. Que ne [puis -je ainsi trouver quelqu'un qui te porterait quelque chose I

Le 27. — Je ferme saint Augustin, l'âme remplie de ces douces paroles : « Jetez-vous dans le sein de Dieu comme sur un lit de repos. » La belle idée , et le doux délassement que nous trouverions dans la vie^ si nous savions, comme les saints, nous reposer en Dieu ! Us vont à lui comme les enfants à leur mère, et sur son sein ils dorment, ils prient, ils pleurent, ils demeurent. Dieu est le lieu des saints;

mais nous, terrestres, nous ne connaissons que la terre, cette pauvre terre noire , sèche , triste comme une demeure maudite. Rien n'est venu aujourd'hui, pas même le soleil ; ce soir seulement il est passé des corbeaux. Point de promenade ni de sortie qu'en pensée; mais la mienne ne s'étend pas, elle monte. Nous aurons ce soir pour lecture les bulletins du fameux procès Carrât qui occupe tout lé pays; mais je n'aime pas ces sortes d'afiaires, et la célébrité du 'crime n'a rien d'intéressant, ce me semble. Je vais pourtant m'en occuper. Ce malheureux dans sa prison a écrit à M"® Vialar, pour lui demander une Imitation. Une pareille idée dans cette âme active ferait espérer un retour à Dietr ; mais qu'il est à craindre que ce ne soit qu'hypocrisie, puisqu'il contmue d'être scélérat, dit-on. Érembert est allé à Àlby pour assister aux débats qui font foule. D'où nous peut venir cette cudosité pour les ] monstres?

Le 28. — Ce matin, avant le jour, j'avais les doigts dans les cendres , cherchant du feu pour allumer la chandelle. Je n'en trouvais pas et allais retrouver mon lit lorsqu'un petit charbon que j'ai rencontré du bout du doigt m'a fait voir du feu : voilà ma lampe allumée. Tite la toilette , la prière, et nous voilà avec Mimi dans le chemin de Cahuzac. Ce pauvre chemin, je l'ai fait longtemps seule, et que j'étais Uise de le faire à quatre pieds aujourd'hui I Le temps n'était

LA^ Vix^i^Uejji '. Ci

pas beau, et je n'ai pu voir la montagne, ce cher pays que je regarde tant quand il fait beau. La cha- ': pelle était occupée, ce qui m'a fait plaisir. J'aime de \ n'être pas pressée et d'avoir le temps, avant d'entrer là, de faire la revue de toute mon âme devant Dieu. C'est long souvent, parce que mes pensées se trouvent dispersées comme des feuilles. A dix heures j'étais à genoux, écoutant la plus belle morale du

>J-- monde, et je suis sortie me semblant que je valais mieux. C'est l'effet de tout fardeau déchargé de nous laisser plus légers, et quand l'âme a déposé celui de

i^ ses fautes aux pieds de Dieu, il lui semble qu'elle a des ailes. J'admire comme la confession est admirable. Quel soulagement, quelle lumière, quelle force je me trouve à chaque fois que j'ai dit : C'est ma faute!

Le 29. — Manteaux, sabots, parapluie, tout l'attelage d'hiver nous a suivis ce matin à Andillac où nous avons passé jusqu'au soir, tantôt au presbytère et tantôt à l'église. Cette vie du dimanche, si active, si coureuse, si variée, je l'aime. On voit l'un l'autre en passant, on reçoit la révérence de toutes les femmes qu'on rencontre, et puis on caquette chemin faisant sur les poules, le troupeau, le mari, les enfants. Mon grand plaisir, c'est de les caresser et de les voir se cacher tout rouges dans les jupes de leur mère. Ils ont peur de las doumaîsélos comme de tout ce qui est inconnu. Un de ces petits disait à sa grand'mère quî parlait de

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D'EUGENIE DE GUÉRIN. H

venir ici : a Minino^ ne va pas à ce castel, il y a une prison noire. » D'où vient que les châteaux ont de tout temps porté frayeur? Cela viendrait-il des l^orreurs ([ui s'y sont jadis commises? Je le crois. ^

Oh ! qu'il est doux, lorsque la pluie à petit bruit ton^)e des cieux, d'être au coin de son feu, à tenir dçs pincettes, à f^ire des fluettes I C'était mon passetemps toiit à l'heure; je l'aime fort : les bluettes sont si jolies! ce sont les fleurs de chepainée. VraimeQt il 3e passe de charmantes choses sur la cendre, et quand je ne suis pas occupée, je m'amuse à voir la fantasmagorie du foyer. Ce sont mille petites figures de braise qui vont, qui viennent, graqdissent, changent, disparaissent, tantôt anges, démons cornus, enfants, vieilles, papillons, chiens, moineaux : on voit de tout sous les tisons. Je me souviens d'une figure portant un air de souffrance céleste qui me peignait uqe âme en purgatoire. J'en fus frappée, et aurais voulu avoir un peintre auprès de moi. Jamais vision plus parfaite. Remarque les tisons, et tu conviendras qu'il y a de belles choses, et qu'à moins d'être aveugle, op né peut pas s'ennuyer auprès du feu. Écoute surtout ce petit sifflement qui sort parfois de dessous la braise comme une voix qui chante. Rien n'est plus dou:|: et plus pur, on dirait que c'est quelque tout petit esprit de feu qui chante. Voilà, mon ami, mes soirées et leurs agréments; ajoute le sommeil, qui n'est pas le moindre.

Le 30. — On m'a raconté d'une n?'ilade d'Andillac une chose frappante. Après être tombée en faiblesse et demeurée comme morte pendant seize heures, cette malade a iout à coup ouvert, les yeux et s'est mise à dire : « Qui m'a sortie de i' autre monde? J'y étais entre le ciel et l'enfer, les anges me tirant d'un côté et les démons de l'autre. Dieu ! que j'ai souffert et que la vue de l'abîme est effrayante ! » Et, se retournant, elle récitait d'une voix suppliante des litanies de la miséricorde divine qu'on n'a jamais vues nulle part, puis se remettait à parler de l'enfer qu'elle a vu et dont elle était tout près pendant sa syncope. Et comme on lui a dit qu'il ne fallait pas penser à ces objets effrayants : « L'enfer n'est pas pour les chiens, a-t-elle c!it, je l'ai vu, je l'ai vu 1 » N'est-ce pas que voilà une scène dramatique, et bien vraie? C'est Françoise, la sœur de M. le curé, qui me l'a racontée et qui elle-même a veillé la mîalade cette nuit-là. Cette femme n'était pas des plus pieuses, et maintenant elle se trouve remplie de foi, de ferveur, de résignation. M. le curé est le seul médecin qu'il lui faut, à l'autre elle ne dit rien. Ne peut-on pas 4 croire que Dieu amis la main là dedans? Qui sait tout ce que voit une âme moribonde ?

Alors qu'à son regard apparaît l'autre iTionde, Alors...

Mais je ne veux pas faire de la poésie. Écoute un beau miracle que je viens de lire. C'est

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1 de saint Nicaise qui, évangélisant dans les Gaules, se trouva dans une contrée ravagée par un énorme dragon. Le saint, profitant de cet événement pour faire connaître à ce peuple la puissance du Dieu qu'il annonçait, donna son étole à un de ses disciples, et renvoya vers le monstre que celui-ci lia de cette étole et amena devant tout le peuple aux yeux duquel il creva. J'admire la naïveté du récit et le beau prodige, auquel je crois. Bonsoir avec saint Nicaise.

Le 4 " décembre. — C'est de la même encre dont je viens de t' écrire que je t'écris encore; la même goutte, tombant moitié à Paris, moitié ici, te vient marquer diverses choses, ici des tendresses, ailleurs des fâcheries, car je t'envoie toujours tout ce qui mepasse par l'âme. J'ai du regret de ne t'avoir écrit que deux mots, j'aurais pu envoyer ceci, et la pensée m'est venue de détacher ces feuilles. Mais si cela se perdait dans les cabarets où maître Délern ira boire ! Mieux vaut garder nos causeries pour une occasion sûre. Ce sera donc avec )« pâté, si je pui^^ sans risque, mettre des papiers ù^viTo la caisse.

Le 2. — Je m'en veux d'être si simple que de te croire indifférent pour nous et pour moi. Tout r ^ absurde qu'est cette idée, elle m*a occupée, attristée hier toute la journée. Aussi, vois-tu comme je t'ai dit peu de choses ! Le triste me rend muette , pardonne 4c-moi; j'aime mieux me taire que me plain-

dre. C'est ta lettre à Mimi qui m'a causé tout cela; je te dirai pourquoi. Quand tu liras ceci, mon ami, Bouviens-toi que c'est écrit le !•' décembre, jour de pluie, de sombre, d'ennui, où le soleil m s'est pa^ montré, où je n'ai vu gue des corbeaux et lu de toi qu'une toute petite lettre.

Le 3. — Rien que la date aujourd'hui.

Non, je ne veux pas rester un jour sans te rien dire, quand ce ne serait qu'un bonsoir. Il est sept heures I Mimin tisonne, j'entends le ruisseau; c'est toi^t ce que je puis signaler, pour l'heure, avec une belle étoile que je vois d'ici se lever sur les Mérix. Tu o'a3 pas oublié ce hameau.

Le 4. — Visite rare et aiipable : M°* de F... sort d'ici. Nous ne l'avons gardée qi^e quelques heures, depuis dix jusqu'à trois. Son mari l'iaccompagnait et nous Ta enlevée malgré nos réclamqitions. G'isst qu'il était obligé de s'en retourner et qu'il ne sait pas se passer de sa femme, pas plus que de ses yeux. Heureuse femme qui sait ainsi se rendre indi 3 pensable ! La voilà du côté de Bleys et moi te disant qu'elle est venue : grand événement au Cayla qu'un e visite de dame, surtout dans la saison.

Il faut que j'écrive à Gaillac. C'est à *** que j'écrirai, non pas comme à toi ou à Louise, en grapd, en loDgf en large, mais en petit, en miniature. C'est assez pour qui ne veut que se faire voir. Les grands

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D'BUOBNIB DB GUÉRIN. %\

traits, je les réserve aux intimes. Deux visites, deux lettres écrites, une venue, c'est assez pour la journée ; c'est beaucoup pour une journée du Gayla. L . temps était beau , lïous sommes descendus dans k pré et avons joui du soleil comme on ferait ai. vïrintemps.

Le 8. — Papa est parti ce matin pour Gailnic, nous toilà seules châtelaines, Mimi et moi, jusqu'à demain et maîtresses absolues. Cette régence ne va pas mal et me plaît assez pour un jour, mais pas davantage. Lés longs règnes sont ennuyeux. C'est assez pour moi de commander à Trilby et d'obtenir j qu'elle vienne quand je V-ppelle ou que jô lui delïiande la patte. Hier, fâcheux accident pour Trilbette. Comme elle dormait tranquille sous la cheminée de la cuisine, une courge qui séchait lui est tombée dessus. Le coup Ta étourdie, la pauvre bête est veûue à nous au plus vite nous porter ses douleurs. Une caresse l'a guérie.

Il était nuit. Un coup de marteau se fait entendre, tout le monde accourt à la porte. Qui est là? C'était Jean de Persoù, notre ancien métayer, que je n'avais pas vu depuis longtemps. Il a été le bienvenu et a eu eii entrant place au plat et à la bouteille. Fuis, nous l'avons fait jaser sur son pays d'à présent, sur ses enfants et sa femme. J'aime fort ces conversations et • ces revoirs. Ces figures d'autrefois font plaisir, il semble qu'elles ramènent la jeunesse. Je me croyais

dre. C'est ta lettre à Mimî qui m'a causé tout cela; je te dirai pourquoi. Quand tu liras ceci , mon ami , Bouviens-toi que c'est écrit le !•' décembre, jour de pluie, de sombre, d'enaui, où le soleil m s'est pai^ montré, où je n*ai vu gue des corbeaux et lu de toi qu'une toute petite lettre.

Le 3, — pien que la date aujourd'hui.

Non, je ne veux pas rester un jour sans te rien dire, quand ce ne serait qu'un bonsoir. Il est sept heures 9 Mimin tisonne, j'entends le ruisseau; c'est toi^t ce que je puis signaler, pour l'heure, avec une belle étoile que je vois d'ici se lever sur les Méri$. Tu o'a3 pas oublié ce hameau.

Le k. — Visite rare et aiflciable : M"î* de F... sort d'ici. Nous ne l'avons gardée qi^p quelques heures , depuis dix jusqu'à trois. Son mari l'accoppagnait et nous l'a enlevée malgré nos réclamations. G'jçst qu'il était obligé de s'en retourner et qu'il ne sait pas se passer de sa femme, pas plus que de se 5 yeux. Heureuse femme qui sait ainsi se rendre indi 3 pensable ! La voilà du côté de Bleys et moi te disa nt qu'elle est venue : grand événement auCayla qu'un e visite de dame, surtout dans la saison.

Il faut que j'écrive à Gaillac. C'est à *** que j'écrirai, non pas comme à toi ou à Louise, en grapd, en long, en large, mais en petit, en miniature. C'est assez pour qui ne veut que se faire voir. Les grands

traîts, je les réserve aux intimes. Deux visites, deux lettres écrites, une venue, c'est assez pour la journée; c'est beaucoup pour une journée du Cayla. L . temps était beau , lïous sortîmes descendus dans k pré et avons joui du soleil comme on ferait ai. vïrintemps.

Le 5. — Papa est parti ce matin pour Gailnic, nous voilà seules châtelaines, Mimi et moi, jusqu'à demain et maîtresses absolues. Cette régence ne va pas mal et me plaît assez pour un jour, mais pas dâtadtage. Lés longs règnes sont ennuyeux. C'est assez pour moi de commander à Trilby et d'obtenir j qu'elle vienne quand je V-ppelle ou que jô lui demande la patte. Hier, fâcheux accident pour Trilbette. Comme elle dormait tranquille sous la cheminée de la cuisine, une courge qui séchait lui est tombée dessus. Le coup Ta étourdie, la pauvre bête est venue à nous au plus vite nous porter ses douleurs. Une caresse l'a guérie.

Il était nuit. Un coup de marteau se fait entendre, tout le monde accourt à la porte. Qui est là? C'était Jean de Person, notre ancien métayer, que je n'avais pas vu depuis longtemps. Il a été le bienvenu et a eu eti entrant place au plat et à la bouteille. Fuis, nous l'avons fait jaser sur son pays d'à présent, sur ses enfants et sa femme. J'aime fort ces conversations et ces revoirs. Ces figures d'autrefois font plaisir, il semble qu'elles ramènent la jeunesse. Je me croyais

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te lOORNAt

hier au temps où Jean me prenait sur ses genoux.

Le 6. — Je fis promettre à Jean de repasser ici ce ûoir ; je le reverrai, et puis je veux lui donner une lettre pour Gabrielle : c'est un de leurs métayers. Bri ne

^ sera pas fâchée de ce souvenir inattendu; je lui aurais écrit par la poste, et lui épargne ainsi huit sous qu'elle donnera de plus aux pauvres. Voilà donc une bonne œuvre que je fais faire. Au reste, c'est un jour de bonnes actions aujourd'hui; je viens de Gahuzac et, comme chaque fois, merveilleusement disposée à bien faire ; faire mal ce jour-là me semble impossible. Puis, c'est un calme étrange 1 Remarque comme ces jours-là mon âme a l'air tranquille. Elle l'est en effet, car je ne dissimule pas avec toi et laisse tomber siir le papier tout ce qui me vient, même des larmes. Quand mon bulletin se prolonge, c'est marque que je suis au mieux. Grande abondance alors d'affections et de choses à dire, de celles qui se font dans l'âme. Gelles du dehors, souvent ce n'est pas la

i^^ peine d'en parler, à moms qu'elles n'aillent retentir au dedans comme le marteau qui frappe à la porte.

-f Alors on en parle, toute petite que soit la chose. Une nouvelle, un bruit de vent, un oiseau, un rien me vont au cœur par moments et me feraient écrire des pages. Si je voulais parler de ce que je dois faire demain I Mais il vaut mieux en ceci des prières que des paroles. En parlant à Dieu, il viendra, et toi tu es si loin! Tu ne m'entends nas, d'ailleurs, et le

D'EUOKNIB DE OUBRIN.

temps que je te donne n'ira pas au ciel. Presque tout ce qu'on fait pour la créature est perdu, à moins que la charité ne s'y mêle. C'est comme le sel qui préserve affections^ et actions de la corruption de la vie. Voici papa.

Le 7. — La soirée s'est passée hier à causer de Gailiac, des uns, des autres^, de mille choses de la petite ville. J'aime peu les nouvelles, mais celles des amis font toujours plaisir, et on les écoute avec plus d'intérêt que celles du monde et de l'ennuyeuse politique. Rien ne me fait aussi tôt bâiller qu'un journal. Il n'en était pas de même autrefois, mais les goûts changent et le cœur se déprend chaque jour de quelque chose. Le temps, l'expérience aussi désabusent. En avançant dans la vie, on se place enfin comme il faut pour juger de ses affections et les connaître sous leur véritable point de vue. J'ai toutes les miennes sous les yeux. Je vois d'abord des poupées, des joujoux, des oiseaux, des papillons que j'aimais, belles et innocentes affections d'enfance. Puis la lecture, les conversations, un peu la parure, les rêves, les beaux rêves I... Mais je ne veux pas me confesser. Il est dimanche, je suis seule de retour de la première messe de Lentin, et je jouis dans ma chambrette du plus doux calme du monde, en union avec Dieu. Le bonheur de la matinée me pénètre, s* écoule en mon âme et me transforme en quelque chose que je ne puis dire. Je te laisse, il faut me taire.

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hier au temps où Jean me prenait sur ses genoux.

Le 6. — Je fis promettre à Jean de repasser ici ce ûoir ; je le reverrai, et puis je veux lui donner une lettre pour Gabrielle : c'est un de leurs métayers. Bri ne

^ sera pas fâchée de ce souvenir inattendu; je lui aurais écrit par la poste, et lui épargne ainsi huit sous qu elle donnera de plus aux pauvres. Voilà donc une bonne œuvre que je fais faire. Au reste, c'est un jour de bonnes actions aujourd'hui; je viens de Gahuzac et, comme chaque fois, merveilleusement disposée à bien faire ; faire mal ce jour-là me semble impossible. Puis, c'est un calme étrange I Remarque comme ces jours-là mon âme a l'air tranquille. Elle l'est en effet, car je ne dissimule pas avec toi et laisse tomber siir le papier tout ce qui me vient, même des larmes. Quand mon bulletin se prolonge, c'est marque que je suis au mieux. Grande abondance alors d'affections et de choses à dire, de celles qui se font dans l'âme. Gelles du dehors, souvent ce n'est pas la

-/i peine d'en parler, à moins qu'elles n'aillent retentir au dedans comme le marteau qui frappe à la porte.

-jf Alors on en parle, toute petite que soit la chose. Une nouvelle, un bruit de vent, un oiseau, un rien me vont au cœur par moments et me feraient écrire des pages. Si je voulais parler de ce que je dois faire demain I Mais il vaut mieux en ceci des prières que des paroles. En parlant à Dieu, il viendra, et toi tu es si loin! Tu ne m'entends nas, d'ailleurs, et le

D'GUGUNIB DB OUBRIN. -fi

temps que je te donne n'ira pas au ciel. Presque tout ce qu'on fait pour la créature est perdu, à moins que la charité ne s'y mêle. C'est comme le sel qui préserve affectionsT et actions de la corruption de la vie. Voici papa.

Le 7. — La soirée s'est passée hier à causer de Gaillac, des uns, des autres^, de mille choses de la petite ville. J'aime peu les nouvelles, mais celles des amis font toujours plaisir, et on les écoute avec plus d'intérêt que celles du monde et de l'ennuyeuse politique. Rien ne me fait aussi tôt bâiller qu'un journal. Il n'en était pas de même autrefois, mais les goûts changent et le cœur se déprend chaque jour de quelque chose. Le temps, l'expérience aussi désabusent. En avançant dans la vie, on se place enfin comme il faut pour juger de ses affections et les connaître sous leur véritable point de vue. J'ai toutes les miennes sous les yeux. Je vois d'abord des poupées, des joujoux, des oiseaux, des papillons que j'aimais, belles et innocentes affections d'enfance. Puis la lecture, les conversations, un peu la parure, les rêves, les beaux rêves 1... Mais je ne veux pas me confesser. Il est dimanche, je suis seule de retour de la première messe de Lentin, et je jouis dans ma chambrette du plus doux calme du monde, en union avec Dieu. Le bonheur de la matinée me pénètre, s*écoule en mon âme et me transforme en quelque chose que je ne puis dire. Je te laisse, il faut me taire.

Le 8. — Je ne lis jamais aucun livre de piété qU6 V^ je n'y trouve des choses admirables et comme faites pour moi. En voici : « Ceux qui esj)èrent au Seigneur verront 4eurs forces se renouveler de jour en jour. Quand ils croiront être à bout et n'en pouvoir plus , tout d'un coup ils pousseront des ailes semblables à celles d'un aigle; ils couitont et ne se lasseront point, ils marcheront et ils seront infatigables. Marchez donc, âme pieuse, marchez, et qilatid vous croirez n'en pouvoir plus, redoublez votre ardeur et votre courage , car le Seigneur vous soutiendra. » Que de fois on a besoin de ce soutien î Dis, âtiie faible, chancelante, défaillante, (Jue dèvieridrioiisndus sans le secours divin ? C'est de Bossuet , ces paroles. Je n*ai guère ouvert d'aùti'e livre atijôur-r d'hui; lé temps s'est passé à tout autres choses (|u'à la lecture, de ces choses qui ne sont rien, qui n'ont p as de nom et qui pourtant vous prennent tous les iiiô ments. Ëonsoir, mon ami.

Le 9. — Je viens de me chauffer à toiis les feux du hameau. C'est une tournée que nous faisons de temps en temps avec Mimin et qui a bien ses agréments. C'était aujourd'hui une visite de malades; aussi avons-nous parlé remèdes et tisanes, a Prenez ceci , faites cela, » et on nous écoute aussi bien qu'auciin médecin. Nous avons ordonné à un petit enfant malade pour avoiir marché pieds nus de mettre des sabots, à son frère couché à plat avec un grand mal

de tète de mettre un oreiller; cela Ta soulagé^ mais ne le guérira pasi je crois. Il commence une fluxion de poitrine, et les pauvres gens sont dans leur filmier comme des bêtes dans leur écurie ; ce mauvais air les empeste. De retour au Gayla, je me trouve dans un palais , comparé à cette maison. C'est ainsi qu'en regardant tout au-dessous, je me trouve toujours bien placée.

Le 10. — Givre, brouillards, air glacé, c'est tout ce que je vois aujourd'hui. Aussi je ne sortirai pas et vais me rècoquiller au coin du feu avec mon ouvfage et mon livre. C'est tantôt l'un, tantôt l'autrèj cette variation me distrait. Cependant j'aimerais dd lire toute la journée; mais il me faut faire autre chose ^ et le devoir passe avant le plaisir. J'appelle plaisir la lecture qui n'est nullement essentielle pour moi. Voilà une puce, une puce en hiver I C'est ufl cadeau de Trilby. C'est aussi de toute saison les insectes qui nous dévorent morts et vivants. Les moms nombreux encore sont-ils ceux que l'on voit; nos dents, notre peau, tout notre corps, dit-on, ëh est plein. Pauvre corps humain, faut-il que hdtre âme soit là dedans I Aussi ne s'y plaît-elle guère, dès qu'elle vient à considérer où elle est. Oh I le beau moment où elle en sort, où elle jouît de la vie, du ciel, de Dieu, de l'autre monde! Son étonnerîient, je pense , est semblable à celui du poussin sortant de 8ft co({UiIlei s'il avait une âme.

Je te parlais de lecture, c'est une histoire de Russie que nous lisons le soir, et le jour je suis avec le Siècle de Louis XIV. On m'a dit que cet ouvrage de Voltaire pouvait se lire. C'est vrai, mais Voltaire s*y retrouve souvent, chaque fois d'abord qu'il est question de religion; mais ça ne me fait pas mal. Aussi je continue, trouvant cela bien écrit. Je n'ai plus rien à lire, à moins de relire. Les bulletins Carrât ont cessé. Je les regrette peu. Ces horreurs passées sous nos yeux sont plus horribles que d'autres. Les trois assassins sont condamnés à mort et seront exécutés à Gaillac. 11 est vrai que Carrât pense à l'autre monde, et lit l'Imitation. Cela n'étonne pas dans une âme sous l'échafaud, et qui dans ses pensées de meurtre laissait entrer l'idée du ciel. Il ne partait jamais pour ses expéditions sans se munir d'un chapelet. Étrange idée! « Je rentrai, dit-il, la nuit du crime pour prendre mes chapelets que j'avais oubliés, et je courus chez Coutaud.- » C'est là qu'il assassina trois personnes d'une façon épouvantable, un homme et deux femmes ; mais laissons ces horreurs. Une belle tranche de millias m'attend sur le gril. Je vais la joindre.

Le 11. — Encore du brouillard, même temps qu'hier; mais mon oiseau chante, ce qui m'augure le soleil. Je suis sûre que nous le verrons bientôt. Il n'est que neuf heures, avant midi il aura percé les nuages, et nous aurons pleine clarté. Cela me réjouit

D'EUGENIE DE GUERIN. «ï

aussi bien que mon oiseau, car je n'aime pas le sombre.

Ce soir. — J'ai bien dit que mon oiseau nous devinait le soleil. Il est venu, mais pâle et froid : mieux valait le feu de la cheminée. Aussi ne Tavons-nous pas quitté, excepté papa qui est sorti pour aller faire au village une proposition de mariage. Chose étrange, on Ta refusée ; mais c'est par dépit de n'avoir pu dire oui à un autre, que la belle a dit non aujourd'hui. Tu la connais, c'est celle qui est de ton âge, et qui t'attendait comme tu sais ; mais c'est passé, et son attente' était pour un autre qui lui échappe également. La pauvre fille qui le tenait du cœur est malheureuse maintenant, et a répondu aux recherches d'un autre qu'elle ne voulait pas s'enchaîner. C'est pour ne pas porter deux chaînes, et si c'est vrai, ellis fait bien : le regret est si pesant ! Un pauvre de loin est passé, puis un petit enfant; c'est tout ce qui s'est fait voir aujourd'hui- Est-ce la peine d'en parler?

Le 12. — Je commence par prendre date, et puis nous verrons ce qui viendra pour mon histoire d'un jour. Pas grand'chose sans doute, à moins de quelque événement imprévu; ce que je n'envie guère, à moins que ce ne soit une lettre de toi ou de la montagne, qui toujours me portent bonheur.

Rien à dure, rien à écrire, rien à penser ; le froid perdu t même l'âme. Il semble en hiver que les pensées ne sont plus en circulation et se prennent à la

le JOURKAt

tête comme des glaçons. C'est ce que j'éprouve souvent, tout à l'heure; mais qu'il me vienne quelque plaisir, une lettre, une lecture, un sentiment qui me ranime, le dégel se fait et les eaux coulent^

Deux quêteurs sont passés. Ces pauvred gens tout transis m'ont fait trouver heureuse d'être auprès du feu et d'avoir de quoi leur donner. Tu dois faite souvent l'aumône, à présent que te voilà rlobé ; je sais que tu l'aimes. Tu m'as dit, je me souviens, que tu n'as jamais rencontré un pauvre sans lui donner un sou quand tu l'aurais. Ce sou t'a porté bonheur. Donnes-en un pour moi. Ce que je donne ici ne me comptera pas, puisque je n'ai rien en propre : c'est pour la communauté ; ma part s'y trouve aussi^ mais petite. Aîde-moi< 1^ j'étais à Paris, je mettrais souvent la main dans ta poche.

Le règne de Pierre I" nous a tenus tout ce soir. Ce règne est intéressant, on aime à voir tout ce que peut le génie et...

C'en est là depuis huit jours. Je ne sais qui vint me tirer d'ici, et depuis, que d'idées venues, que de choses à dire ! Hais tout ne se dit paSé Que sert? Dieu •eul les peut comprendre et consoler le cœur quand ï est triste.

Dernier décembre. — Voici quinze jours que je n'ai rien mis ici. Ne me demande pas pourquoi. Il y a de ces temps où l'on ne veut point parler, de ces choses dont on ne veut rien dire. La Noël est venue,*

DBUQBNI^ DB OUBRIN.

belle fête, celle que j'aime le plus, qui me porte autant de joiQ qu'aux bergers de Bethléem. Vraiment, toute r&me cbapte à la belle veQue de Dieu, qui s'annonce de tous côtés par des cantiques el par le joli na4olel^. Rien ji Paris ne donne l'idée de ce que c'est que Noël. Vous n'avez même pas la messe de mipuit. Nous y allâmes tou^, papa en tête, par une nuit ravissante. Jamais plus beau ciel que celui de minuit, si bien que papa sortait de temps en temps la tête de sous son manteau pour regarder en baut. La terre était blancbe de givre , mais nous n'avions pas froid; l'air d'^Heurs était réchauffé devant uous par des fagots d'allumettes que no3 domestiques portaient pour pous éclairer. C'était charmant, je t'assure, et je t'aurais voulu voir 1^ chemiuaPt comme nous vers l'église, dans ces ch&r mins bordés de petits buissons blancs comme s'ils étaient fleuris. Le givre fait de belles fleurs. Nous en vtmes un brin si joli que nous en voulious faire un bouquet au saint Sacrement, mais il fondit dans nQ9 mains : toute fleur dure peu. Je regrettai fort mpu bouquet : c'était triste de Je voir se fondre et diminuer goutte ^ goutte. Je couchai au presbytërp ; }a bonne sœur du curé me retint, me prépara un excellent réveillon de lait chaud. Papa %\ Mifui viqrent ae

\, Nom d*ane façon particulière de sonner les cloches pendant kN quinze Jours qui précèdent la fête de Noël , appelée en patois langue* docien nadal.

chauffer ici, au grand feu du souc de Nadal^. Depuis il est venu du froid, du brouillard, toutes choses qui assombrissent le ciel et l'âme. Aujourd'hui que voilà le soleil, je reprends vie et m'épanouis comme la pimprenelle, cette jolie petite fleur qui ne s'ouvre qu'au soleil.

Voilà donc mes dernières pensées, car je n'écrirai plus rien de cette année; dans quelques heures c'en sera fait, nous commencerons l'an prochain. Oh ! que le tçmps passe vite ! Hélas ! hélas ! ne dirait-on pas que je le regrette ? Mon 4Jieu, non, je ne regrette pas le temps, ni rien de ce qu'il nous emporte ; ce n'est pas la peine de jeter ses affections au torrent. Mais les jours vides, inutiles, perdus pour le ciel, voilà ce qui fait regretter et retourner l'œil sur la vie. Mon , cher ami, où serai-je à pareil jour, à pareille heure, à pareil instant l'an prochain? Sera-ce ici, ailleurs, là-bas ou là-haut? Dieu le sait, et je suis là à la porte de l'avenir, me résignant atout ce qui peut en sortir. Demain je prierai pour que tu sois heureux, pour papa, pour Mimi, pour Éran, pour tous ceux que j'aime. C'est le jour des étrennes, je vais prendre les miennes au ciel. Je tire tout de là, car vraiment, sut la terre, je trouve bien peu de choses à mon goût. Plus j'y demeure, moins je m'y plais; aussi je vois sans peine venir les ans, qui sont autant de pas vers» l'autre monde. Ce n'est aucune peine ni chagrin qui

i. La bûche de Noël.

D'EUGBNIE DE GUÊRIN. 81

me fait penser de la sorte, ne le crois pas, je te le dirais; c est le mal du pays qui prend toute âme qui se met à penser au ciel. L'heure sonne, c'est la dernière que j'entendrai en t'écrivant; je la voudrais sans fin comme tout ce qui fait plaisir. Que d'heures sont sorties de cette vieille pendule, ce cher meuble qui a vu passer tant de nous sans s'en aller jamais, comme une sorte d'éternité ! Je Taime, parce qu'elle a sonné toutes les heures de ma vie, les plus belles quand je ne l'écoutais pas. Je me rappelle quand j'avais mon berceau à ses pieds, et que je m'amusais à voir courir cette aiguille. Le temps amuse alors, j'avais quatre ans. On lit de jolies choses à la chambre; ma lampe s'éteint, je te quitte. Ainsi finit mon année, auprès d'une lampe mourante.

Le 3 (janvier 1835). — Une lettre de la Bretagne. n>'est venue ce matin, comme une belle étrenne. J'ai passé toute la journée à penser à M'"® de La Morvonnais et à déchiffrer l'écriture de son mari, qui n'est pas du tout facile; maintenant je la lis et comprends parfaitement sa pensée^ mais je ne puis y répondre. La femme poète, telle qu'il me croit, est un être idéal, tout à fait à part de la vie que je mène, vie d'occupations, vie de ménage, qui absorbe tous mes mo*» ments. Le moyen de faire autrement? je ne le sais pas; et d'ailleurs, c'est là mon devoir, je ne veux pas en sortir. Plût à Dieu que mes pensées, que mon âme, n'eussent jamais pris leur vol au (\o]h de la

petite sphère où je me vois forcée de vivre * ! On a beau me dire., je ne puis m' élever au-dessus de raop aiguille ou de ma quenouille sans aller trop loin; je le sens, je le crois; je resterai donc où je me trouve : quoi qu'elle en pense, mon âme n'habitera les lieux hauts qu'au ciel.

Le 5. — Mon cher ami, je suis demeurée deux jours sans te rien dire. Gela m'arrivera souvent, tantôt pour une chose, tantôt pour l'autre; mais si la parole se tait, la pensée va tpujours, roue tournante, et bien yite aujourd'hui. Je me demande d'où tout ce mouvement pput venir ; il nu' étonne, m'attriste même parfois, car j'aime tant le repos, non pas l'inaption, mais le calme où reste une âme heureuse! Saint Stylite, le saint d'aujourd'hui, est admirable sur sa colonne. Je le trouve heureux de s'être fait ainsi une haute fîemeure, et de ne towcher pas la terre, même des pieds. Ces vies (îe saints sont merveilleuses, charpiantes h lire, pleines d'instructions pour l'âme croyante. — J'entei)(is cflapter une jpune poulp, il faut que j'aille çherpher son m^.

Le 6. — Belle journée, soleil, Boubi! une de tes lettres, N'as-tu pa3 oublié ce ffoubi\ ces vœux d'en fiants du jour des Jlois? Je ne sais trop ce qu'ils signi fient, et pourquoi ce jour-là est consacré aux souhaits

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