‹ Eugénie de Guérin, journal et fragments (volume 2)Chapitre 9 sur 31 · Ces trois lignes sont efifacées · texte numérisé non relu

Ces trois lignes sont efifacées

D'EUGEMC DE GUBRIN. 83

du vin, car c'est ce que crient les enfants. Nous leur donnons des pommes, des noix, en retour du bon vin qu'ils nous souhaitent^ et ils s'en retournent contents. C'est la Ratière, ton ancienne amie, qui nous a ap* porté ta lettre, ne manquant pas de demander si c'était de M. Maurice, puis comment il se portait et s'il était toujours loin, et tout cela avec un air d'intérêt qui faisait plaisir. Je crois bien que si tu avais été là, elle aurait eu des noisettes dans sa poche» Pour nous, c'est différent : ce n'est qu'aux amis qu'on en donne. Ta lettre m'a fait plaisir par l'air de contentement que j'y trouve; c'est que te voilà hors des tempêtes, des secousses qui t'ont ballotté si longtemps. Que Dieu en soit béni et te tienne à l'ancre I J'avais toujc^urs espéré que quelque bien t' arriverait.

Le 7. — Je viens d'écrire à Félicité. C'est toujours livre ou plume que je touche en me levant, les livres pour prier, penser, réfléchir. Ce serait mon occupation de tout le jour si je suivais mon attrait, ce quelque chose qui m'attire au recueillement, à la contemplation intérieure. J'aime de m' arrêter avec mos pensées, de m'incliner pour ainsi dire sur chacune d'elles pour les respirer, pour en jouir avant qu'elles s'évaporent. Ce goût me vint de bonne heure. J'étais enfant que je faisais de petits soliloques qui auraient bien leur charme si je les retrouvais; mais allez chercher les choses de l'enfance 1

Allez chercher des eaux à la source tarie 1

•^ ^ J O U îi N A L

La petite Morvoimals m'envoie un baiser, ratj dit sa mère. Que lui donnerai-je en retour d'aussi pur, d'aussi doux que son baiser d'enfant? Il me semble qu'un lis m*a touché la joue.

Que ne puis-je accourir, enfant, quand tu m'appelles, Quand tu me dis : je t'aime et te veux caresser; Et que tes petits bras, comme deux blanches ailes,

S'ouvrent pour m' embrasser !

De blancs agneaux que j'ai me caressent souvent. Une colombe aussi sur mes lèvres se joue ; Mais lorsque je reçois le baiser d'un enfant, Il me semble qu'un lis s'est penché sur ma joue^ Que j'ai tout le visage embaumé d'innocence, Que tout mon être enûn devient suave et pur. Ineffable plaisir, céleste jouissance I Que n'ai-jo te,« baisers» enfant aux yeux d'azur?

Le 8. — Ce n'est pas la peine de parler d'aujourd'hui : rien n'est venu, rien n'a bougé, rien ne s'est fait dans notre solitude. Mon petit oiseau seul sautillait dans sa cage en gazouillant au soleil; je l'ai regardé souvent, n'ayant rien de plus joli à voir dans ma chambre. Je n'en suis pas sortie ; tout mon temps s'est passé à coudre un peu, à lire, puis à réfléchir. La belle chose que la pensée 1 et quels plaisirs elle nous donne quand elle s'élève en haut! C'est sa direction naturelle qu'elle reprend sitôt qu'elle est dégagée des objets terrestres. Entre le ciel et nous il y a une mystérieuse attraction : Dieu nous veut et nous voulons Dieu. — Je ne sais quel oiseau vole 6ur ma tète, je l'entends sans pre^^ae le voir, il est

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