‹ Eugénie de Guérin: Lettres à son frère MauriceChapitre 10 sur 46 · XVIII AVANT-PROPOS LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

XVIII AVANT-PROPOS LITTÉRAIRE

avait fait ses études dans François de Sales. Elle en a gardé des tours et qu'elle fait passer! Dieu lui avait donné le génie de l'expression. (Barbey à Trebutien, 15 mai 1854.)

Les seules libertés que nous ayons prises par rapport au texte ont trait à l'orthographe et à la ponctuation. « Orthographe actuelle, ponctuation rationnelle ». Telle à été notre manière de voir et de faire; tel, le mot d'ordre donné à ceux qui nous ont aidé dans la tâche ingrate de la collation des manuscrits et de la correction des épreuves d'imprimerie. Et encore cela ne l’avons-nous osé qu'après de nombreuses hésitations. L'orthocraphe et la ponctuation ne sont-ils pas un peu comme le visage et l'allure de celui qui écrit ? Puis, il est si facile d'interpréter mal un texte par suite d’une mauvaise ponctuation ! Les corrections orthographiques risquent, elles aussi, de froisser ceux qui veulent que les éditions soient comme la reproduction photographique d’un manuscrit.

Ces considérations, qui ne manquent pas de valeur, n'ont pas suffi cependant à nous convaincre et à nous entraîner. Nous avons pensé, en effet, que notre édition n'était pas seulement destinée à une élite savante, mais encore à l’ensemble de ceux dont Eugénie et Maurice de Guérin n'ont cessé d’avoir les faveurs, à ce bon public français, lettré, juste appréciateur des bons et beaux ouvrages, en quête d'œuvres capables de l’élever et de le porter au bien et à la vertu. Il nous a semblé, dès lors, qu'il serait déroulé par les archaïsmes orthographiques et autres singularités qui l’étonneraient sans l’éclairer. Mieux valait les supprimer et rendre ainsi le texte d’une lecture agréable et facile. C’est donc ce que nous avons fait, imitant en cela ceux qui, dans ces dernières années, ont publié des fragments de l’œuvre guérinienne : MM. Abel Lefranc, Anatole Le Braz, Van Bever, Remy de Gourmont, François Laurentie... Comme eux, nous avons voulu que les écrits édités par nos soins deviennent une manne fortifiante, un livre de chevet, un ami que l’on consulte et dont on aime à voir le clair visage.

Voici pourtant, à titre d'indication, autant pour rassurer notre conscience d'éditeur que pour satisfaire la curiosité légi‘ time des linguistes, quelques-unes des principales particularités orthographiques que présentent les manuscrits d'Eugénie de Guérin.

Il convient de noter d’abord que, assez fréquemment dans les premières lettres, puis de loin en loin dans les autres, appa-

Page 1