‹ Eugénie de Guérin: Lettres à son frère MauriceChapitre 2 sur 46 · X AVANT-PROPOS LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS LITTÉRAIRE

soin désirable ce qui lui venait de sa sœur ? Nous ne le pensons pas. Que Maurice, à la rigueur, ait égaré quelques lettres, rien de plus plausible; maintes fois son père l’a accusé d’être négligent et désordonné. Mais il est invraisemblable qu'il ait poussé sa négligence au point de perdre la majeure partie de la correspondance de celle qu'il plaçait tout à fait à part dans ses affections. La responsabilité de cette perte ne retombe pas complètement sur lui; d’autres causes sont intervenues. ;

Tout porte à croire que Marie de Guérin, la timide Marie, en à détruit un certain nombre, celles particulièrement qui avaient été adressées à la Chenaie et qui traitaient des affaires mennaisiennes. On remarquera, en effet, qu'à part deux fragments recopiés par Eugénie dans un cahier de son Journal, il ne reste aucune lettre à Maurice datée de cette période. Cette absence ne paraît pas être l'effet d’un simple hasard. Par un excès de scrupule qu'on ne saurait blâmer, mais qui est cependant profondément regrettable, Marie n'a pas voulu laisser divulguer le grand espoir que sa sœur fonda sur le chef de l’école de l'Avenir, avant la révolte, et elle a brûlé les documents qui lui ont paru compromettants. Quel dommage ! non seulement pour les Amis de Lamennais, mais encore pour les Guériniens et pour ceux qui s'intéressent au mouvement des idées vers 1830 !

Il faut dire, à la décharge de Marie, qu’elle n’attribuait pas une importance capitale à ce dossier. Parmi les écrits de sa sœur, le Journal comptait surtout pour elle. Le reste lui paraissait secondaire. Et ceci explique, d’ailleurs, pourquoi, avec une prodigalité incroyable, quand son frère et sa sœur furent devenus célèbres, elle distribua libéralement leurs autographes aux personnes qui en réclamaient. Elle en donna non seulement aux artisans de la gloire guérinienne, c'est-à-dire à ceux qui publièrent des articles dans les journaux ou les revues, mais encore à des parents, à des amis, aux admirateurs du Journal et du Cahier Vert, à de simples amateurs d’autographes. Et, comme elle avait sous la main le dossier des Lettres d’Eugénie à son frère et des Lettres de Maurice à sa sœur, c'est dans ces deux collections qu’elle puisa largement pour faire des heureux. Dans le même temps et devant de semblables demandes, Pulchérie de Bayne se montra autrement sage et prudente.

Où se trouvent maintenant les manuscrits ainsi dispersés ?

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