XIT AVANT-PROPOS LITTÉRAIRE
Ce recueil est important également par la qualité de son contenu. Dire qu'il se compose de ce que l’épistolière du Cayla a écrit pour son frère, c'est proclamer sa valeur morale et son mérite littéraire. Tout le monde sait, en effet, qu'Eugénie a consacré à Maurice le meilleur de son âme et de son talent. N'est-ce pas pour lui qu'elle a composé son chef-d'œuvre, le cher et immortel Journal ? Les lettres qu’elle lui a adressées en forment le complément naturel; celles qu'elle a rédigées avant le mois de septembre 1834 en étaient le prélude, les autres en furent l'accompagnement nécessaire.
Bien entendu, comme dans toute correspondance d'une sœur. à son frère, on v rencontre des détails, des choses de minime importance, que goûtent surtout ceux qui appartiennent à une même famille, par le sang ou par l'adoption. Nous nous sommes gardé de les supprimer. Mais combien d’autres traits présentent un intérêt général et humain ! L’épistolière s'y révèle comme le type le plus admirable de la sœur, une sœur qui à connu et pratiqué au plus haut point l'amitié fraternelle, une sœur qui a non seulement l'affection, mais encore la sollicitude et la vigilance, le doigté et la délicatesse des mères.
Dans son dernier livre, la Vie chrétienne d'Eugénie de Guérin, M. Victor Giraud, en définissant parfaitement le but de toutes les correspondances de son héroïne, à pu écrire :
Ses lettres, elle le sent bien, ce n’est pas la simple fantaisie personnelle qui les lui dicte, et, si l’on ose dire, cet aimable démon de la littérature qui pousse à écrire lant de femmes de lettres qui ne s'avouent pas ou qui s’ignorent; Ce n’est même pas, au moins exclusivement, cet ardent besoin d'aimer et d’être aimée qui forme l’un des traits les plus attachants de sa nature morale; c’est surtout son désir de faire du bien, d'élever, d'améliorer et de sauver les âmes, et cet impérieux instinct d'apostolat qui est peut-être la marque propre du christianisme profondément senti et vécu. (Victor Giraud. Vie chrétienne d'Eugénie de Guérin, p. 67.)
Ces lignes, qui conviennent à l'ensemble de la correspondance d'Eugénie de Guérin, s'appliquent tout particulièrement à ce qu'elle à écrit pour son frère. Ses lettres à Maurice ne sont pas un vain bavardage, un simple témoignage d'amitié, ou même un échange de nouvelles familiales. Elles sont l'expression de sa grande âme, éprise de l'idéal chrétien, qui voit en elles le moyen le plus efficace pour agir religieusement sur l’âme inquiète de Maurice : lettres expansives et confiantes, pleines