XIV : AVANT-PROPOS LITTÉRATRE
d'hui qui n'admire le talent de l’auteur du Centaure et qui ne s'incline devant la haute valeur morale de sa sœur. Il n'est personne qui, du point de vue littéraire, traite Eugénie avec la désinvolture de Huysmans dans À Rebours, et qui la considère comme «une péronnelle prétentieuse et quasiment nulle ». L'opinion est nettement retournée sur ce point, ou plutôt elle n’a cessé de lui être favorable. Un peu partout, de nos jours, on lit, on étudie même, ses œuvres comme celles de son frère, et l’on se montre avide des détails de leurs existences.
Depuis moins d’un an, il a paru en Italie une courte biographie d'Eugénie sous le titre de Cuor di Sorella, par Ettore Allodoli, livre charmant, plein d'enthousiasme et de poésie, comme
tout ce qui sort des plumes italiennes, et l’on a pu lire en France la très intéressante et fidèle Vie chrétienne d'Eugénie de Guérin, par M. Victor Giraud ainsi que l’attachant Roman d'Eugénie el de Maurice, par M. François Gélis, archiviste aux Jeux Floraux. Ce n'est pas tout. Nous savons qu'une jeune hollandaise d'Amsterdam, Hanny Veldkamp, prépare une étude psychologique sur Maurice de Guérin, d’après les méthodes du professeur Hevmans, célèbre psychologue de l’Université de Groningue (Hollande), et du professeur Stern, cependant que M. l'abbé Decahors est occupé, plus que jamais, à la rédaction de la biographie de l’auteur du Centaure. Le vent est décidément tourné au Guérinisme (1).
Pour être digne des grandes âmes que nous voulons contribuer à porter à Ia postérité et de tous ceux qui s’intéressent à elles, il nous a paru nécessaire de concevoir notre édition comme une œuvre de précision scientifique et de vulgarisation populaire. OŒEuvre vraiment française, dans laquelle l'effort réclamé par les justes exigences de la critique se trahit à peine et se cache sous un vêtement de clarté et d'élégance.
Qu'avons-nous fait pour donner à notre travail un caractère vraiment scientifique ? En quelques mots, Le voici.
Comme il importait, avant tout, de posséder et de fournir un texte fidèle sur lequel on ne püût élever aucun doute, nous avons eu recours aux meilleures sources. Notre édition des Lettres d'Eugénie de Guérin à son frère Maurice, — comme d'ailleurs celle des Lettres à Louise de Bayne, — est donc faite
(1) Nous savons aussi que le D' A. Mühlan, de Glatz (Silésie), prépare une traduction allemande de morceaux choisis d’Eugénie et de Maurice de Guérin qu’il réunira en un recueil de 250 à 300 pages.