‹ Eugénie de Guérin: Lettres à son frère MauriceChapitre 8 sur 46 · XVI AVANT-PROPOS LITTÉRAITRE · texte numérisé non relu

XVI AVANT-PROPOS LITTÉRAITRE

bey d'Aurevilly, et qui contribua malheureusement à briser les liens de leur longue amitié, ne doit pas être critiquée. C'était alors la seule attitude qui convenait. C’est ainsi qu'on procède toujours quand on publie, peu après la mort d’un écrivain, sa correspondance et ses œuvres intimes.

Mais aujourd'hui, un siècle après que les lettres d'Eugénie ont été écrites, la même réserve n'est plus aussi strictement nécessaire. Ce n'est que par l'exactitude que l’on s'impose à la génération actuelle. À quoi bon omettre, d’ailleurs, certains passages ? Les Guérin ne sont-ils pas entrés dans l’histoire ? Puis, quels morceaux supprimer ? Sans compter qu'on ne sait jamais ce qui est susceptible d’intéresser un lecteur, il pourrait sembler à beaucoup que mutiler de pareilles lettres serait une profanation. On aurait l'air de vouloir cacher quelque chose; on jetterait des doutes dans les esprits. Dans la vie d'Eugénie de Guérin, comme dans ses écrits, il n° a rien à voiler. Ses sentiments sont restés nobles et purs, et chaque fois qu'elle a parlé de ses contemporains, elle s’est montrée vis-à-vis d'eux d'une bienveillance extrême. Il v a bien çà et là, vers 1832, dans les lettres, certains passages ironiques et malicieux, mais, comme l'a fait justement remarquer M. Victor Giraud, « la charité est là qui veille et qui émousse les pointes ». C’est pour cela que notre édition est intégrale et ne renferme rien de tronqué volontairement. Le temps des morceaux choisis guériniens est passé; on pourrait dire, avec autant de vérité, qu'il n'est pas encore venu. Le monument qui se dresse en l'honneur des Guérin n'en est que plus imposant, plus grandiose, plus vivant.

Ce n'est pas seulement l'intégralité du texte qui est donnée ici, le scrupule de l’exactitude a été poussé jusqu'à respecter les moindres détails du style et des expressions. Rien n'a été corrigé sous prétexte de donner aux phrases une tournure plus élégante et plus correcte. Le style d’Eugénie perdrait son caractère véritable si l’on s’avisait de vouloir le moderniser. Il est toujours dangereux de vouloir retoucher un auteur. Celui qui se hasarderait à le faire risquerait le reproche qu'Eugénie, dans une lettre à sa sœur, adressait à La Morvonnais pour avoir corrigé les manuscrits de son frère

Ce bon M. de La Morvonnais s’est donné bien des soins de copiste et de corrections, dont on ne peut que louer l'intention. Heureuse-

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