‹ Eulalie Granger drame en cinq actes et en sept tableauxChapitre 31 sur 89 · LE BARON, DUBREUIL · texte numérisé non relu

LE BARON, DUBREUIL

dubreuil. Dit-elle vrai?

le baron. Pourquoi pas ?

dlbrelil. Tu refuserais de venir à mon bal?

LE baron. A te parler franchement , j’aime autant rester cher moi.

diibbeuil. Toi, c’est à merveille ; mais ta femme?

le baron. La placed’une femme est aup rs de son mari.

DUBREUIL. Allons, voilà le tyran domestique qui se dessine...

le BARON. Le beau plaisir d’aller au bal pour y dansée avec le premier venu !

DUBREUIL. Si c’est là tout l’inconvénient que tu y trouves, il est bien facile à éviter : viens et fais-la danser toi-même.

le baron. C’est cela! danser à cinquante-cinq ans avec ma femme, pour lue donner un ridicule... merci!

DUBREUIL. Ah! tu crains le ridicule...

et tu épouses une jeune fille !... mon ami, il faut avoir le courage de sa position.

le BAnoN. Eh bien! oui, j’ai épousé une jeune fille... j’ai peut-être eu tort, c’est possible... mais au moins je suis sûr d’elle.

DUBnEUlL. Eli ! mon Dieu!... quel mari n'est pas sur de sa femme? il n’y a que les sots qui doutent de la leur.

LE B\noN. Et je ne veux pas l’exposer...

dubreuil. A quoi ? à ce qu’elle rencontre dans le monde des personnes moins bourrues et plus agréables que toi... eh!

ch !... cela pourrait arriver!

le baron. C’est précisément pour cela que je ne me soucie pas de conduire Eulalic au milieu de vos jeunes fats si po- lis... si galans.

dubreuil. De la jalousie.... prends-y garde, c’est un défaut qui enlaidit furieusement les homme de notre Age et qui porte malheur à tout le monde. Si , penr dant vingt ans de mariage, j’ai été constamment heureux, c’est que ma confiauce en ma femme surpassait peut-être encore

mon amour pour elle c’est que nous

traitions d’égal à égal, que je l’entretenais de mes affaires et qu’elle me racontait scs plaisirs ; c’est que notre Tie s'écoulait au milieu de ce mutuel accord que jamais aucune mauvaise pensée n’a obscurci ni troublé.

le baron. On ne t'a jamais appelé 1® père de ta femme , toi.

Et'LAI.IE

DritREüTT.. Ne vas-tu pas (a rendre responsable d'une méprise malheureusement assez naturelle ? ne vas-tu pas la punir de ce qu'elle t'a sacrifié ses dix-srpt ans, de ce qu’elle a consenti à passer les plus belles

années de sa vie auprès d’un d’uu

homme mûr si tu veux?... l’expression ne rajeunira pas ton acte de naissance. Sois boinuic et raisonnable... tu as été jeune...

tu as aimé le plaisir.

LE baron. Est-ce que la baronne n’a pas tout ce que peut souhaiter une femme de son âge, de son rang? lui ai-je jamais refusé robes, parures, diamant?

DcnaEtUL. Des bijoux ne sont pas de l’amour, et il arrive un moment où ious les plus beaux diamant du monde ne sauraient en tenir lieu. La baronne touche â ce moment-là... elle approche de ses dixneuf ans... Son cœur, qui, jusqu'à présent, a sommeillé, peut se réveiller un de ces beaux matins plein d'une passion subite, ardente... et qu’elle croira étemelle, parce que ce sera la première!... Tu dis à cela qu'en l’empêchant de se montrer dans le monde tu diminueras le danger. Erreur.

Tu l'accroîtras, .au contraire. L'isoleineut force la pensée à se reporter plus souvent sur le même objet. Crois-moi , occupe l’esprit de ta femme par une distraction continuelle; chasse, à force de plaisiis et de fêtes, ce besoin d’aimer dont elle n’a pu connaître encore le charme ni le danger. Dirige toutes ses pensées vers d'innocentes futilités , vers les réunions dont Paris fourmille ; que le plaisir d’aujourd’hui lui fasse oublier celui d’hier et attendre avec patience celui de demain...

Au lieu de la forcer à devenir aussi vieille que toi, tâche de redevenir jeuue, enfant avec elle... plie-toi à ses goûts...

LE baron. Oui, que le maître devienne l’esclave.

dUbreuil. Ah! Ronçay... mon ami...

ces deux mots-là n'ont jamais été synonymes de mari et femme.... Pour accompagner gaiment la tienne, donne congé à ta goutte, et surtout» cette humeur chagrine et revêche dout les inaris font un emploi beaucoup trop fréquent pour leur agrément personnel... Que diable! si tu veux que les autres ne paraissent pas plus aimables que toi, tâche, au moins, d’étre aussi aimable qu'eux.

LE baron. Aimable!.... cst-ce qu’un mari a besoin de l’être ?

DUBREUIL. Beaucoup plus qu’un autre.

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