GAGER OT
Mais à moins que M. Vermond n’ait enjoint à son ambassadeur d’arracher de force à sa tinte les deux cent mille francs qu’elle a positivement refusé de lui prêter... je ne vSis point ce qu’il fait
POHTOIS.
Il'n’y fait plus rien je vous le jure, car il est parti hier..*
GAGEROT.
Bon voyage, et puisse-t-il ne jamais reveuir... Cet homme me faisait peur... pour toi...
pohtois.
En tout cas, le refus de ll“« de Soubiran n’est pas d’une bonne tante.
GAGEROT.
C’est au moins celui d une femme prudente; car il y a à peine cinq aus que M. Vermond, le frère de la marquise, a laissé à son fils Paul une fortune de soixante mille livres de rente, et depuis déjà deux ans tout est dissipé en chevaux, en jeux, en dîners, en maîtresses.
POHTOIS.
Eh bien 1 cette forrune ne lui appartenait-elle pas?... Il en a fait ce qu’il a voulu?...
GAGEROT.
Oui, et comme la fortuue de la marquise lui appartient aussi, elle en fera ce quelle voudra, et ce qu’elle a fort bien fait de faire c’est de refuser toute espèce d’argent à M. Paul Vermond, son neveu; car si grande que soit encore la fortune de M m « de Soubiran, elle ne pourrait suffire pour entretenir tant de vices en une seule personne.
POÎtTOIS.
Tenez, monsieur Gagerot, au lieu de vous faire nommer maire de celle commune, je crois que vous auriez dû solliciter la place du curé de notre paroisse.
CAGEROT.
Parce que je prêche à merveille, n’csl-ce pas? et sans doute tu as envie d’ajouter que, comme ça arrive souvent au curé, je prêche dans le désert.
PONTOIS
Ma foi I...
GACEROT.
Ecoute, Pontois, nous sommes tous les deux de
PONTOIS
ce village, toi, le fils d’un brave médecin qui t’avait donné une bonne instruction dont tu n’as pas su profiler; moi, le fils d’un pauvre fermier qui n’avait pu me faire apprendre qu’l lire et à écrire.
* POITTOIS, avec intention.
Et à calculer.
Eu effet, j’ai toujours su que lorsque J’on ne gagnait que vingt sols par jour et qu’on en dépensait quarante, on n’amassait que des dettes, ei c’est pour cela qu'avec de l’économie...
POHTOIS, l'interrompant.
De fermier vous êtes devenu propriétaire, fabricant; et de fabricant un millionnaire qui pense a se lancer dans la politique... Mais moi, j'ai toujours eu des malheurs!...
GAGEROT.
De ce que tes pareils appellent des malheurs?...
POHTOIS.
Oui, des malheurs... Et le moindre n’est pas de se l’eu tendre reprocher par un homme...
GAGEROT.
Par un homme qui l’a fait nommer le régisseur des biens considérables de ce château.
PONTOIS, avec suffisance.
Oh ! avec la rerotnoiaudation de M. de Cbangirou, l’ami de M®® la marquise de Soubiran... El depuisquiiue an9 que j’occupe cette pl ace, on m'aurait chassé vingt fois si je n’avais eu...
GAGEROT, l’interrompant.
Si tu n’avais eu ta fille pour qui la marquise s'est prise d’une affection qui t'a protégé bien souvent . car c'est une bonne fille, eutends-tu, Pontois?...
PONTOIS
Ma fille... elle est ce quelle doit être...
ic voudrais qu’il eu fût de même de loi...
POHTOIS.
Allons-nous recommencer?...
GAGEROT.
Ecoule-moi bicu... Tu sais la position de M®* de Soubiran. Fille d’uu munitionnaire de l’empire... elle épousa en 1815 le marquis de Soubiran, & qui elle apporta plus de deux cent mille francs de rente; le marquis était un brave homme, ce qui n’empêcha pas sa femme d’être fort malheureuse.
POXTOIS.
Je sais tout ça : la famille du marquis ne voulut pas recevoir sa femme à cause que c’était une roturière td’unaulre côié.le frère de de Soubiran, M. Vermond, le père de M. Paul.se brouilli avec le marquis, son beau-frère, pour opinions politiques... de façon que M“ e de Soubiran, riche, jeune, belle....
GAGEROT.
Et bonne surtout, a vécu comme une pauvre exilée ...