‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 111 sur 341 · Chrysipp.^ fr. cit. y · texte numérisé non relu

Chrysipp.^ fr. cit. y

chez rhomme deux éléments : un élément terrestre, qui est le corps; un élément éthéré, qui est Tàme, isveij|ia. Or, Euripide pense, avec Anaxagore, que rien de ce qui existe ne périt, que les éléments des êtres peuvent se dissoudre, qu'ils ne peuvent se perdre. Il en conclura qu'au moment de la mort les deux parties essentielles de l'être humain feront retour chacune à la source d'où elles sont sorties : le corps rentrera dans la terre qui l'a enfanté jadis et qui l'a nourri; l'âme ira rejoindre l'éther, par qui elle a été engendrée aux premiers jours du monde. L'âme de l'homme ne mourra donc point * ; mais cette immortalité d'un genre nouveau n'aura rien de commun avec celle dont Euripide berçait ailleurs l'imagination de ses contemporains. La conception d'une « vie véritable » qui s'ouvre seulement après la mort suppose, en efifet, la perpétuité de la conscience et la continuité de la personne humaine. L'immortalité de l'âme se confondant dans l'éther est une immortalité où disparaît l'individu, qui n'intéresse point l'homme par conséquent, et où quelques esprits supérieurs pouvaient seuls trouver un semblant de satisfaction.

Un poète élevé à l'école des philosophes avait déjà

. exprimé la même idée en composant l'épitaphe des

Athéniens morts sous les murs de Potidée* : elle

1. Hélène, 1014-1016. Le passage a été suspecté par Nauck. WilamowiU-Mœllendorff (Anal. Euripidea^ p. 164) le maintient en le corrigeant.

2.C.LA., I, 442, T. 5. Kaibel, Epigramm» gr,, no 21 : AlO^p piiv

n'appartient donc point en propre à Euripide. Mais celte conception si austère et si hautement désintéressée de rimmortalité a été reproduite par lui trop souvent et avec trop d'insistance pour qu'on se refuse à croire qu'il y ait donné son assentiment.

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