‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 125 sur 341 · Voir Lallier, ouv, cité, p. 151 et suiv · texte numérisé non relu

Voir Lallier, ouv, cité, p. 151 et suiv

temps par les procès en adultère sur lesquels nous renseignent les plaidoyers des orateurs, il n'en est pas moins vrai que la femme d'Euphilétos est le type de ces femmes habiles dont parle Euripide, qui, pour entretenir la sécurité du mari qu'elles trompent, déploient les ressources d'un art infini.

Il en est d^autrcs qui n'ont point cette assurance. Pendant longtemps elles ont langui, consumées par un mal dont chaque jour a augmenté la violence, qui par degrés aminé leurs forces et épuisé lentement les résistances de leur vertu. Elles ont lutté, et elles se sentent vaincues. Mais la conscience qu'elles ont de la honte de leur défaite est cause qu'elles se débattent encore : inquiètes, agitées, le remords les torture. Phèdre voudrait mourir plutôt que de révéler à Hippolyte le secret de sa passion. C'est en pensant à elle-même qu'elle dit au sujet des femmes qui n'ont point ses scrupules : <( Comment donc osent-elles regarder en face l'époux qui partage leur couche? Comment ne redoutent-elles pas les ténèbres complices de leur crime? Comment ne tremblent-elles pas que les murs de la maison n'aient une voix pour les accuser^? » Les femmes dont Euripide a retracé l'image dans la personne de Phèdre sont, on l'a dit bien souvent, plus malheureuses encore que coupables. Ce sont de vraies victimes d'Aphrodite.

Le poète d'ailleurs fait plaider par ses personnages les circonstances atténuantes de l'adultère de la femme. Cet adultère a souvent pour raison les tra-

t. HippoL. 415-418.

hisons du mari. Dans le premier Bippolyte, qui différait sensiblement du second, Phèdre se défendait en mettant sur le compte des infidélités de Thésée Tamour qu'elle avait conçu pour le fils de TAmazone*. Dans la tragédie à' Electre , Clytemnestre se justifie de la même manière : si elle a tué Agamemnon pour épouser Égisthe, c'est qu'Agamemnon est revenu de Troie avec Cassandre, qu'il a fait entrer dans son lit. Et elle ajoute une réflexion, qui est du poète bien plus que d'elle : « Les femmes sont passionnées, je ne le nie pas. Mais, avec cette faiblesse, si le mari commet la faute de dédaigner le lit conjugal, elles veuleni l'imiter et cherchent ailleurs un amant. Après cela, c'est à nous qu'on intlige un blâme éclatant, tandis que les vrais coupables, les hommes, échappent aux reproches ^ » Llnconduite de la femme a encore une autre excuse : l'entraînement des mauvais conseils. L'Athénienne de bonne condition ne sort qu'à de rares intervalles et n'est point exposée par conséquent à de fréquentes tentations. Mais, si elle reste presque toujours chez elle, elle a, à côté d'elle, dans sa maison, des esclaves, des servantes qui la tiennent en communication avec le dehors. Ces servantes jouent souvent auprès d'elle le rôle le plus détestable. Au moment où Phèdre semble préférer la mort à la honte d'un aveu, sa nourrice, par des raisons subtiles, par de perfides suggestions, amollit les sentiments de sa maîtresse, ébranle ses résolutions et essaie de triompher des

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