‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 126 sur 341 · Êlectrcy · texte numérisé non relu

Êlectrcy

derniers scrupules de son honneur. C'est aux mœurs contemporaines et non à la tradition poétique qu'Euripide emprunte ce caractère de la nourrice de Phèdre. Plus d'une servante d'Athènes, les orateurs nous l'apprennent, rendait à sa maîtresse le même genre de funestes services*. A côté des servantes, ce sont les voisines et les amies qui conspirent contre la vertu des femmes mariées, soit qu'elles aient sur la conscience quelque péché dont elles pensent amoin-^ drir la gravité en le faisant partager à autrui S soit que leur curiosité naturelle espère trouver sa satisfaction à suivre les péripéties d'une intrigue qu'elles auront nouée et dont elles posséderont le secret. « Jamais, non jamais, dit Hermione, un homme de bon sens ne devrait permettre à sa femme d'en recevoir d'autres dans sa maison : ce sont elles qui lui enseignent le mal'. »

Les désordres de la femme ont parfois une cause plus profonde et plus difficile à combattre : l'hérédité. De nos jours seulement la philosophie s'est appliquée à étudier scientifiquement les phénomènes de l'hérédité; mais ces phénomènes, sous leur forme la plus ordinaire, n'avaient pu échapper à l'attentipn des Grecs, qui vivaient dans un monde où l'esclavage séparait en deux la société et où les distinctions de races, de cités [et [de familles étaient beaucoup plus tranchées qu'elles ne sont chez nous. Il y aura donc

1. Euripide lui-même insiste sur ce point quand il fait dire à Hippolyte que jamais une scryante ne devrait approcher des femmes et qu'il ne faudrait placer auprès d'elles que des animaux muets (t. 645).'

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