‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 131 sur 341 · Oreste · texte numérisé non relu

Oreste

d'épouse, et qu'elle ne peut rien se reprocher à l'égard du mari qu'elle a perdu. « Les devoirs de modestie qui s'imposent aux femmes, je m'appliquais à les remplir sous le toit d'Hector. Et d'abord, puisqu'une femme, coupable ou non, s'expose à la médisance si elle ne reste pas chez elle, je ne désirais pas sortir et gardais le foyer domestique. Sans y laisser pénétrer le frivole bavardage des autres femmes, je n'écoutais que les inspirations d'un cœur honnête et me suffisais à moi-même. Silencieuse, je présentais toujours à mon mari un visage serein : je savais tour à tour, quand il le fallait, le vaincre ou lui céder la victoire*. » Il n'est pas douteux qu'Euripide ait voulu esquisser ici, dans la personne d'Andromaque, le modèle de l'épouse. Cette image se complète pour nous par d'autres traits. Dans la tragédie qui porte son nom, Andromaque est en face d'Hermione, femme de Néoptolème. Fière de son luxe, de sa richesse et de sa famille, Hermione est devenue, par son orgueil impérieux, insupportable à son époux, qui s'est détourné d'elle et qui aime désormais la captive troyenne, la veuve d'Hector. Celle-ci est animée de sentiments si sages, si conformes à sa situation et en même temps si pleins de dignité, que c'est elle qui a le beau rôle dans la pièce et que son caractère attire les sympathies qu'éloigne celui d'Hermione. On a donc pu, avec quelque raison, prêter au poète l'intention de mettre ici en opposition l'épouse et la maîtresse, pour laisser tirer aux spectateurs cette conclusion

^. Troyennes, 645 nt suiv. Nous empruntons ici, en la modifiant légèrement, la traduction de M. Hinstin.

que la maltresse qui ne sort pas de son rôle se rend plus agréable à Thomme que la femme légitime qui oublie le sien. Mais ce n'est pas à cette idée qu'il convient de s'arrêter : ce que nous recherchons dans Andromaque, c'est le type de l'épouse. Réduite en captivité, forcée de partager la couche d'un nouveau maître, Andromaque est poursuivie par le souvenir du passé, et c'est sa vie conjugale d'autrefois, ce sont les moyens qui lui servaient à se faire aimer, qu'elle propose en exemple à Hermione, qui n'a pas su s'attacher Néoptolème. Elle rappelle les complaisances qu'elle a eues jadis pour toutes les faiblesses d'Hector, complaisances qu'elle a poussées jusqu'à l'oubli complet d'elle-même. « Quant à moi, cher Hector, si Kypris t'entraînait à quelque faiblesse, j'aimais, pour te plaire, les femmes que tu aimais ; et plus d'une fois j'ai présenté le sein aux enfants qu'elles t'avaient donnés, tant je craignais de te causer la moindre peine. C'est ainsi que, par ma douceur, je gagnais le cœur de mon mari^ » On peut trouver qu'ici le poète va bien loin et qu'il met dans la bouche d'Andromaque des sentiments qui peuvent difficilement entrer au cœur d'une femme. Mais Andromaque n'est pas une Grecque : c'est une Asiatique; c'est, si l'on peut dire, une de ces femmes de harem dont la nature est toute d'indolence et de résignation, et qui, alors même qu'elles sont la favorite du maître, souffrent à côté d'elles des rivales. Andromaque n'est qu'une barbare; mais, dans la pensée du poète, cette femme

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