‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 166 sur 341 · Nous reviendrons ailleurs sur cet épisode · texte numérisé non relu

Nous reviendrons ailleurs sur cet épisode

2. M. Hinstin, notice sur les Suppliantes, au tome II de sa traduction du Théâtre d'Euripide,

déterminer. Vers la fin de la pièce, Thésée ne réclame à Adraste d'autre prix du service rendu qu W sentiment de gratitude à Tégard d* Athènes; sentiment qui se perpétuera, il l'espère, de génération en génération, dans le cœur des Argiens. Adraste promet à Thésée que la [reconnaissance d'Argos sera éternelle. Le poète avait imaginé de faire apparaître alors Athèna, qui, en plaçant sous Tautorité de sa sanction la promesse d'Adraste, donnait à cet engagement fait au nom de tout un peuple un caractère d'inviolabilité sacrée. « Pour prix de tes peines et de celles d'Athènes, disaitelle à Thésée, réclame d'abord un serment. Ce serment, c'est Adraste qui doit le prononcer, lui qui, comme roi, a l'autorité nécessaire pour jurer au nom de toute la terre de Danaos. Ce serment sera que jamais les Argiens ne porteront la guerre dans ce pays, et que si d'autres s'avancent pour l'envahir, ils les arrêteront en leur opposant leurs armes. Que si, trahissant leurs serments, ils marchent contre cette cité, demande aux dieux qu'Argos soit détruite misérablement*! » Au moment oiî, sur la scène, Adraste s'apprêtait à jurer ainsi fidélité à Thésée, il n'y avait pas longtemps que, dans une autre enceinte, des serments, qui n'étaient point fictifs, avaient été échangés, et qu'une alliance effective avait été conclue entre Argos et Athènes. La conclusion de cette alliance était l'œuvre d'Alcibiade. La paix de Nicias était signée depuis un an à peine qu'elle était déjà violée par les Lacédémoniens qui refusaient de rendre les villes de la Chalcidique et qui

traitaient avecThëbes. Ce fut alors qu'Alcibiade conçut ridée de porter un coup à la puissance de Sparte en procurant à Athènes un allié dans le Péloponèse. A la nouvelle que Sparte s'efforçait d'entraîner Argos dans son alliance, il fait savoir aux Argiens qu'Athènes est toute prête à s'entendre avec eux. Sur cette promesse, des députés arrivent d' Argos, suivis de près par les envoyés de Sparte, qu'inquiète la menace de cette ligue. Alcibiade joue indignement les Lacédémoniens, leur inflige un échec dans l'assemblée du peuple, et réussit à faire conclure, entre Athènes et Argos, qui entraîne avec elle les Mantinéens et les Éléens, un traité d'alliance offensive et défensive*. Le texte de ce traité a été conservé par Thucydide'. Une inscription découverte à Athènes en 1876, au cours des fouilles exécutées entre le théâtre de Bacchus et celui d'Hérode, nous a rendu en outre un fragment d'un des exemplaires officiels de ce traité,de celui qui était exposé à l'Acropole*. Or, sur le marbre comme chez Thucydide, le texte du traité porte cette disposition essentielle, qui se retrouve dans les vers d'Euripide, que les Argiens n'envahiront jamais l'Attique, et que, si d'autres peuples attaquent les Athéniens, ils les repousseront par les armes. Il n'est donc pas douteux que, dans les Suppliantes, Euripide ait voulu célébrer l'alliance toute

i. Thucyd. Lirre V, 43-46.

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