‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 172 sur 341 · Sophocle a concourn pour la premiôre fois en · texte numérisé non relu

Sophocle a concourn pour la premiôre fois en

pu être non moins gêné par Euripide. D'ailleurs, si le nombre des sujets tragiques était limité, l'épuisement dont on parle, et que rend bien invraisemblable la richesse infinie des légendes mythologiques, aurait dû se produire, à ce qu'il semble, vers la fin de la carrière d'Euripide, à une époque où Ton comprendrait qu'il ait pu être amené à chercher ses sujets en dehors des traditions courantes. Or, c'est précisément le contraire qui arrive. Les drames qu'il composa dans ses dernières années sont, pour la plupart, empruntés à des fables traitées avant lui. Iphigéme à Aulis et les Bacchantes^ qui furent jouées après sa mort, Ores te , les Phéniciennes, Œnomaos^ représentés peu d'années auparavant, sont des sujets qui n'étaient pas nouveaux au théâtre. En revanche presque tous les drames qu'il a été seul à traiter se rapportent, sinon à sa jeunesse dont nous savons peu de chose, du moins à l'âge de sa maturité. Ses innovations dans le choix des sujets tragiques ne lui ont donc pas été imposées par une sorte de nécessité : elles ont été adoptées par lui librement et dans un dessein déterminé.

En quoi consistent ces innovations ? Pour le comprendre, il ne faut pas seulement étudier les tragédies qui nous sont restées d'Euripide ; il faut encore tenir compte de ses tragédies perdues. Notre poète avait composé un grand nombre de pièces, quatrevingt-douze exactement. Sur ces quatre-vingt-douze pièces, qui comprennent des drames satyriques, il s'était conservé jusqu'à l'époque alexandrine soixantesept tragédies dont on ne contestait pas l'authenti-

cité^ Il nous manque donc aujourd'hui cinquante des tragédies d'Euripide que lisaient les anciens. Si nous les possédions et que nous en connaissions les dates, il est vraisemblable que nos idées sur le talent et sur la manière d'Euripide aux différentes phases de sa carrière se trouveraient modifiées. Il ne faut en conséquence rien laisser perdre de ces tragédies ; il n'en faut négliger aucun fragment. Ces fragments du reste ne sont nullement à dédaigner. S'il y en a beaucoup de très courts, il en est quelques-uns d'assez étendus et qui nous rendent des scènes presque entières, comme ceux du Phaéthon, comme celui de la Mélanippe enchaînée provenant d'un papyrus découvert, il y a une douzaine d'années, en Egypte'. Pour le Philoctètey nous possédons, grâce à Dion Chi-ysostome, une paraphrase en prose du prologue et de toute la première scène. Cette prose ne nous restitue pas les vers d'Euripide, qu'on a vainement essayé de rétablir ^ mais elle nous en donne le sens et la suite ; elle nous renseigne en particulier sur le caractère que le poète avait prêté à Ulysse. Il y a très peu de ces tragédies perdues dont on ne sache rien du toulr^ : généralement on en sait quelque chose, ne

1. Noas adoptons sur ce point les conclusions de Wilamowitz, qui, en faisant la critique (Anal. Eurip., p. 144 sq.) des témoignages relatifs au nombre des pièces d'Euripide, nous parait avoir bien montré que les divergences de ces témoignages ne sont qu'apparentes.

2. Ce fragment de papyrus, qui est maintenant au Musée égyptien dé Berlin, a été publié d'abord par Blass dans le Rhetnisches Muséum en 1880 (t. XXXV), étudié ensuite par M. Wcil {Rev, de philoiogte, IV, pp. 121-124). Cf. Nauck, Trag, gr. fragm,, 2« éd., no 495.

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