Cf. Nauck, ouv, cit», p
4. Ces pièces sont les suivantes : ÉpeioSj Thyeste^ Licymnios, Péleus, Téménos,
fût-ce que le sujet. Gonnattre le sujet d'un drame, ce n'est point assurément en connaître Tagencement et la composition ; mais c'est être informé des personnages que le poète a dû mettre en scène, et des situations dramatiques où ces personnages se trouvaient placés. Pour caractériser Toriginalité d'Euripide il n'est donc pas indifférent de savoir quel genre de sujets il a choisi, quand il n'a pas traité ceux qui l'avaient été avant lui.
On ne saurait d'ailleurs, dans une pareille recherche, user d'assez de prudence. L'étude des fragments d'Euripide ne doit pas être poussée trop loin, jusqu'à une limite qui serait celle de la divination. Ces fragments en effet, à part les exceptions que nous venons de citer, se composent le plus souvent de sentences morales qui étaient placées on ne sait dans quelle bouche, et dont il est presque impossible de saisir le rapport avec l'action du drame. Prétendre, au moyen de quelques petites pierres brisées qui n'entraient pas dans les parties essentielles ou caractéristiques d'un édifice, reconstruire cet édifice en tout ou en partie, est une entreprise où les plus habiles gens doivent échouer. Combien peu des restitutions imaginées jadis par Hartung ou même par Welcker paraissent satisfaisantes aujourd'hui ! Si l'examen intrinsèque des fragments donne rarement de sûres indications S c'est aux sources extérieures qu'il faut surtout aller puiser; mais ces
i. Parmi les restitutions heureuses, il faut citer celle de VAnticpe par M. Weil, qui a publié ce travail dans le Journal général de l'Instruction publique f t. XVI (1847), p. 830 et suir.
sources, hélas! sont bien peu abondantes. Un mot jeté en passant, un trait rapidement lancé par Aristophane, sont précieux à recueillir, parce qu'Aristophane est un contemporain; mais sa malveillance ne peut-elle faire suspecter son exactitude? Si nous étions toujours aussi bien renseignés que nous le sommes sur le sujet à'Érechthée par Torateur Lycurgue, sur Mélanippe la Philosophe par Denys d'Halicamasse, sur Alcmœon à Coriiithe par Apollodore, notre connaissance des tragédies disparues d'Euripide serait beaucoup plus complète qu'elle n'est. Mais peut-on se fier à ce que disent des écrivains moins sérieux, en particulier les scholiastes? On croit trouver, il est vrai, dans les Fables d'Hygin Tanalyse d'un certain nombre des pièces d'Euripide que nous ne possédons plus, parce que ces Fables ne paraissent être souvent autre chose que des résumés de tragédies. Mais le mythographe cite deux fois seulement Euripide * d'une façon expresse; et on ne doit pas oublier que, si ce poète a été le plus populaire des tragiques, il ne suffit cependant point qu'un récit de fable paraisse provenir d'une tragédie pour que cette tragédie lui soit en toute certitude attribuée. Ces réserves faites, nous essaierons de tirer le meilleur parti possible des fragments des tragédies perdues d'Euripide et des renseignements que l'antiquité nous a transmis à leur sujet.
1. Fab, 8, dont le titre est : Eadem Euripidis (Antiopo); Fab. 186, Melanippen DesmonUs, corruption ëvidento pour Asaiiûxi;. La fable JV sl pour titre Ino Euripidis ^ mais ce titre est suspect* Voir Banian, Jahrb, f, PhiloL.yol. 93, p. 776, dont Nauck (Fragm. Trag. flT., 2« éd., p. 482) partage l'ayis.
Quelques-uns de ces renseignements sont fournis par les peintures de vases. Une tragédie d'Euripide dont on ne savait que le titre, VAlcmène, s'est trouvée ainsi, il y a quelques années, subitement éclairée d'une vive lumière '. Les vases peints, mieux connus, mieux étudiés, nous réservent peut-être encore dans l'avenir quelque autre surprise de ce genre. Mais, si leur témoignage est utile à recueillir, on ne saurait cependant y ajouter une foi aveugle. Les vases qui reproduisent, avec plus ou moins d'exactitude, des scènes d'Euripide ne sont point de Tâge du poète. Au v* siècle, le drame attique n'exerce encore aucune influence directe sur la peinture '. Parmi les grands maîtres de Tépoque, Polygnote, par exemple, si dramatique dans son art, emprunte ses sujets à J'épopée ou à la poésie lyrique : il ne les tire pas de la tragédie. Les artistes d'ordre inférieur, dont le métier est de décorer les vases, suivent cet exemple. On chercherait vainement sur les vases à figures noires, comme sur ceux de style sévère à figures rouges, des reproductions certaines de scènes tragiques. Plus tard au contraire, au in® siècle en particulier, ces reproductions abondent sur les vases de l'Italie méridionale ^. C'est
1. Grâce à Tinterprétation de R. Engelmann {Beilràge zu Euripides, I, Berlin, 1882), car l'un des deux vases qu'il a étudiés avait été publié depuis longtemps dans les Monum, ine'd. des Nouvelles Annales de llnst, archéoL^ 1837, pi. 10. — U sera question plus loin du sujet de la tragédie d*Alcmène,
2. Sur ce point, voir surtout G. Robert, Bild und Lied^ p. 129-149 (le Drame attique et la Peinture de vases au K« siècle).
3. A ce sujet et sur toute cette question, voir l'étude très complète de J. Vogel, Scenen euripideischer Tragôdien in griechischen Vasen^ gemâlden, Leipzig, 1886.
qu'à ce moment la tragédie athéniemie, qui, dès le temps d'Eschyle, avait été portée en Sicile, est plus que jamais en faveur à Tarente et dans les principales villes de la Grande-^Grëce. Ces villes ont des théâtres où des troupes d'acteurs nomades viennent donner, même en dehors des fêtes de Bacchus, des représentations ^ Gomme, avec le temps, Euripide est devenu le poète favori des acteurs aussi bien que celui du public, ce sont ses pièces qu'on joue de préférence à toutes les autres. Les peintres de vases de l'Italie méridionale, soucieux de varier les motifs de leurs décorations et de charmer les yeux par l'image de sujets à la fois intéressants et populaires, furent ainsi amenés à employer leur talent à figurer quelques-unes des scènes d'Euripide qu'on avait le plus admirées, et qui avaient le plus touché au théâtre. Ces scènes figurées sont-elles entièrement conformes à la réalité de la représentation théâtrale? Il est permis quelquefois d'en douter. Le rapprochement des tragédies conservées d'Euripide avec les œuvres qui s'en sont inspirées montre en efifet que les peintres de vases ont conservé une certaine indépendance à Tégard des fables dramatiques, qu'ils les ont traitées avec plus ou moins d'ampleur et de développement, suivant l'espace dont disposait leur pinceau*. Si les données principales des scènes qu'ils avaient eues sous les yeux au théâtre ont dû être toujours respectées par eux, leur fantaisie s'est jouée
1. Cf. Foucart, De Collegiis scenicorum artificum apud Gracoê, p. 51 sqq. Lûders, Die dionysische Kûnstler, p« 104 sqq.