Remarque de J. Vogel, ouv, ait,, p
librement dans les accessoires. Les peintures de vases, malgré l'intérêt très vif qui s'y attache, ne peuvent donc être tenues pour des illustrations tout à fait exactes des drames d'Euripide.
L'insuffisance de ces divers renseignements ne fait-elle pas obstacle à une connaissance précise des sources où le poète a été puiser ses sujets? On voit bien qu'il emprunte à Stésichore et la conception assez extraordinaire de son personnage d'Hélène et certaines données de quelques-uns de ses autres drames ' ; mais les faits de ce genre ne sont ni assez nombreux ni assez bien établis pour qu'on en conclue qu'il ait volontairement négligé les traditions de l'épopée pour n'écouter que les poètes lyriques. Quand il parait oublier Homère, n'est-ce point peutêtre qu'il se souvient des cycliques, dont les œuvres sont perdues pour nous? En vain aussi essaie-t-on de noter chez lui une prédilection marquée pour tel ou tel ordre de sujets. Les pièces conservées ne doivent pas nous faire illusion sur l'importance des légendes troyennes" dans son théâtre. De même, si, pour être agréable au public athénien, il mit quelquefois en scène des fables attiques, il ne le fit pas plus volontiers ni plus souvent que Sophocle '. En réalité, il
1. Voir pour les détails la dissertation de Maz.iMayer,(i6 Ewipidis MythopœiOy Berlin, 1883.
2. Ayec Andromaque^ Hécube, Hélène^ les deux Iphigénie et les TroyenneSf Euripide ne composa que trois drames se rattachant à la guerre de Troie : Alexandros, Palamêde, Philoctète, Dans l'œuvre de Sophocle, au contraire, on relève un total de vingt-deux pièces de ce genre.
3. Les drames sur des sujets attiques sont, chez Euripide, seulement au nombre de neuf : Mg^e, Alopéf\Érechihé€t les Héraclides, les
chercha son bien partout, autour de lui et loin de lui, en Béotie comme à Argos *, en Thessalie comme en Crète *. Tout au plus peut-on lui attribuer, vers la fin de sa carrière, l'intention de rapprocher, dans la même représentation, trois tragédies appartenant à un seul cycle légendaire : telle la trilogie formée A'Alexandros^ de Palamède et des TroyenneSj jouée en 415; telle encore celle d'Œnomaosj ChrysippoSy les Phéniciennes y qu'on peut placer entre 41 i et 409 '. Mais la portée de cette intention ne se devine pas aisément. Ce n'était point, en tout cas, marcher sur les traces d'Eschyle que de grouper des pièces qui avaient entre elles seulement de vagues rapports et qui n'étaient pas liées par la continuité d'un même sujet.
deux Hippolyte, lon^ les Suppliantes , Thésée. On en comptait huit de Sophocle : ^gée, Érigone^ Ion (Créûse), Oreithyia, Œdipe à Colone, Pkèdrey Procris, Triptolémos.
1. Voici la nomenclature des tragédies où Euripide exploita des légendes tbébaines ou béotiennes : Alcmène, Antigone, Antiope, BaC' chantes, Chrysippos, Hercule, Ino, Licymnios{'i)f Œdipe, Phéniciennes, Pkrixos, — Les pièces tirées do légendes argiennes sont : les deux AlcmjBon, Andromède, Auge, les Cretoises, Danaé, Diclys, Electre^ Oreste, Plisthènes, Sthénébœa, Téléphos, La légende des T&ménides se rattache à Ëpidaure.
2. Les drames qui traitent des fables thessaliennes sont assez nombreux : jEolos, Alceste, les deux Mélanippe, Pelée, les Péliades, Protésilaos. Pour la Grèce du Nord, il faut ajouter VArchélaos (Macédoine). La mythologie Cretoise est représentée par les Cretois et le Polyidos. — Euripide a mis en outre sur la scène des sujets corinthiens (Médée, Beiléi'ophon), un sujet étolien (Méléagre), Un autre, Œnomaos, est emprunté à TÉlide.
3. Wilamowitz (Anal. Eurip,, p. 175) croit à l'existence d'une trilogie plus ancienne qui aurait été composée d'âgée, Thésée, Hippolyte voilé. Cf. C. Robert, Hermès, XV, p. 485, et Max. Mayer^ ouv, cit., p. 59. Ce n'est qu'une conjecture, assez plausible d'ailleurs. Il en est do même de son hypothèse sur la trilogie des Héraclides, Cres* phonte, Téménos {Hermès, XI, p. 302).
En traitant cette grande variété de fables d'origines diverses, Euripide s'écarte-t-il souvent de la tradition? On a un peu exagéré, il nous semble, un esprit d'indépendance très réel chez lui, mais qui ne lui est cependant pas particulier. Les poètes grecs ne se sont jamais refusé le droit de modifier à leur convenance la forme des mythes, que les plus anciens d'entre eux avaient créée, mais non fixée, qui n'avait rien de sacré ni d'inviolable. Euripide use de cette liberté convenue, plus nécessaire encore à la tragédie qu'à tout autre genre : en abuse-til? nous sommes rarement capables d'en juger. D'après la légende locale de Gorinthe, ce n'était pas Médée qui avait tué ses enfants, c'étaient les Corinthiens eux-mêmes*. Fautil donc, à cause de cela, sinon ajouter foi aux compilateurs qui racontent qu'Euripide reçut de l'argent pour détourner sur l'enchanteresse l'horreur du meurtre commis*, du moins être convaincu qu'il fut le premier à transformer la légende, dans l'intention d'en tirer un drame d'un effet puissant? On pourrait le croire, si l'on ne savait que sa pièce reproduisait exactement le plan d'une Médée antérieure à la sienne, celle de Néophron de Sicyone'. Chez lui encore, Phœnix était, comme Hippolyte, le plus pur et le plus vertueux des jeunes hommes, tandis que dans V Iliade il partage la couche de la maîtresse de son père*; mais qui oserait soutenir que, depuis
1. Pausan. II, 3, 6. Apollod. I, 9, 28. Schol. Med. 264, Schwarto.