Thesmoph
2. Cette pièce avait été jouée précisément Tannée qui précéda la représentation des Thesmophoriazousai, Schol., Thesm,^ 1012 et 1060.
Un second reproche souvent adressé dans Tantiquité à notre poète, plutôt au nom de la religion qu au nom de la morale, était d'avoir choisi des sujets qui ramenaient à donner un rôle important à des personnages impies. Ces impies de son théâtre sont Bellérophon et Ixion.
Bellérophon, dans la tragédie qui porte son nom, n'a plus le même caractère que dans Sthénébœa^ et la situation où il se trouve placé est tout autre. L'exaltation de son orgueil lui a fait concevoir le projet de s'élever sur son char ailé jusqu'aux demeures de rOlympe, où il veut aller rendre visite à Jupiter lui-même. Il monte sur Pégase, qui l'emporte vers les hauteurs célestes. Mais le maître des dieux, irrité de tant d'audace, rend Pégase furieux. Le cheval divin renverse son cavalier, qui tombe sur la terre, en Lycie. Bellérophon n'est pas tué, mais il se relève meurtri et boiteux, les vêtements souillés et en lambeaux. C'est dans cet état qu'il paraissait sur la scène. Euripide avait voulu faire de lui un objet de pitié, en même temps qu'un frappant exemple de l'orgueil humilié. Bellérophon devenu misérable, réduit à mendier sa vie, était sans doute cruellement puni; il n'en avait pas moins fait profession d'impiété et tenu sur le compte des dieux les propos les plus hardis.
Les défenseurs d'Euripide pouvaient dire qu'un tel langage était conforme au caractère traditionnel du héros de la pièce. Mais cette explication ne satisfaisait évidemment pas la foule. Des vers comme quelques-uns de ceux qui nous sont restés du
Bellérophon * devaient, à la représentation, faire courir une secrète alarme dans les rangs des spectateurs, provoquer même chez plusieurs une sorte de révolte du sentiment religieux, révolte que le dénouement de la pièce ne suffisait pas à apaiser, et Ton sortait du théâtre avec cette impression, mal fondée peut-être mais inévitable, qu'Euripide, par Torgane de Bellérophon, avait offensé les dieux.
La tragédie A*Ixion produisait une impression analogue. Nous savons par Plutarque qu'on reprochait au poète son Ixion « comme un impie et un misérable* ». L'impiété se compliquant, chez ce personnage, d'immoralité, la répulsion qu'il inspirait devait être plus vive encore que celle dont Bellérophon était l'objet. Voici ce que la fable traitée par Euripide rapportait à son sujet : Ixion, l'un des Lapithes de Thessalie^ s'étant fiancé à la fille de Déïoneus, invita son beau-père à venir lui réclamer les présents qui lui étaient dus, suivant l'usage des temps héroïques. Cette invitation cachait un guet-apens. Déïoneus, à peine entré chez celui qui devait être son gendre, tombe dans une fosse remplie de feu qu'Ixion avait fait creuser à son intention, et il y est consumé. Ce forfait indigne les dieux, qui prennent Ixion en horreur. Jupiter seul consent à purifier le meurtrier; il pousse la miséricorde jusqu'à l'admettre à sa table et dans la société des Immortels. Ixion reconnaît mal tant de bienfaits. Il abuse de l'hospitalité de Jupiter pour essayer de séduire la
i. Fragm, 286, Nauck*.