‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 186 sur 341 · LES SITUATIONS DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

LES SITUATIONS DRAMATIQUES

La terreur, — Recherche des effets de spectacle.

Aristote a dit, en parlant d'Euripide, qu'il est c< le plus tragique des poètes ^ d. Bien que, dans le texte de la Poétique^ ce jugement soit amené par cette observation particulière que les dénouements des tragédies d'Euripide sont presque toujours des dénouements malheureux, il est permis de donner à la réflexion du philosophe une portée générale et de la considérer comme exprimant Topinion commune de l'antiquité. Qu'a voulu dire Aristote ? D'après lui, le spectacle de la tragédie éveille dans l'âme humaine deux sortes d'émotions : des émotions de terreur et des émotions de pitié. Bien que ces deux impressions puissent quelquefois se mêler, il y a lieu cependant

i. Poét,, XIII, p. 1453 a, 29 Vahlen.

de les distinguer. Le pathétique propre à la tragédie est donc tantôt un pathétique violent qui fait trembler, qui donne le frisson, tantôt un pathétique d'une nature douce, qui attendrit et qui porte aux larmes. C'est dans ce dernier genre qu'Euripide passe pour avoir surtout excellé. Mais il n'a pas été seule- DEient le poète dramatique de la pitié ; il a été aussi, nous allons le voir, celui de la terreur.

Dès le début de sa carrière, Euripide paraît avoir recherché les effets que produisent sur la scène le spectacle de situations terribles, ou le récit, sinon la vue, d'actes épouvantables. Parmi les pièces qu'à l'âge d'environ vingt-cinq ans il présenta pour la première fois au concours et qui lui valurent un troisième prix*, était la tragédie desPéliadeSy aujourd'hui perdue, mais dont le sujet nous est en partie connu. — Quand Jason revint de la Colchide avec la toison d'or, sa première pensée fut de se venger de son oncle Pélîas, qui avait cru l'envoyer à la mort en le forçant d'aflFronter les dangereuses épreuves dont il était sorti vainqueur. Jason fait part de ses intentions à Médée, qui se charge de Fexécution de sa vengeance. Elle va trouver les filles de Pélias; elle leur représente que leur père est d'un âge avancé, qu'il est sans enfant mâle, que le trône reste sans héritier, et elle leur offre d'employer le pouvoir surnaturel dont elle dispose à métamorphoser le vieillard en jeune homme. Cette proposition ne rencontre d'abord qu'une incrédulité assez naturelle. Médée,

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