‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 195 sur 341 · Hygin, Fab · texte numérisé non relu

Hygin, Fab

La recherche de cet efiFet au moyen de la vue témoigne d'un art moins habile et exige de grands frais de mise en scène*. » Aristote formule ici une des grandes lois de la tragédie grecque : en général, les événements terribles qui en sont le dénouement le plus ordinaire ne se passent point sur la scène; on ne les voit pas, on en entend seulement le récit. Cette loi d'ailleurs n'est pas absolue. Aristote admet les effets de spectacle, mais il ne veut pas qu'ils dépassent une certaine mesure. Le terrible ne doit pas être poussé jusqu'à l'horrible. « Ceux qui, au moyen de la vue, cherchent à produire non l'effrayant, mais seulement le monstrueux (tô TepaTôSe;), ceux-là, dit-il, n'ont rien de commun avec la tragédie. »

Euripide s'est-il conformé à cette habitude générale de l'art? S'il a rarement eu recours au spectacle seul en vue de produire la terreur, souvent, à l'exemple d'Eschyle, il s'est servi du spectacle pour augmenter et pour prolonger l'émotion pathétique du récit*. Dans son Hercule, à peine le messager a-t-il quitté la scène, que les portes du palais s'ouvrent au large et qu'on aperçoit, étendus sur le sol, à côté du héros qui dort d'un sommeil effrayant, ses trois jeunes enfants qu'il vient de tuer'. Dans les Phéniciennes, comme chez Eschyle, les corps d'Étéocle et

Page 1