Héctibe, Y
le sort qui l'attend, répugne d'abord à l'idée de mourir : on l'entend supplier son père de ne point lui ravir la lumière si douce à voir, de ne pas la forcer à descendre avant le temps dans les ténèbres souterraines, qui lui font horreur; elle implore d'Agamemnon, qui détourne les yeux, un regard et un baiser ; elle appelle le jeune Oreste à son secours pour toucher le cœur de son père. Restée seule avec Clytemnestre, ses sanglots et son désespoir éclatent. Mais bientôt, à la réflexion, les sentiments de la jeune fille se transforment ; ils s'épurent et s'élèvent. Insensiblement, sa pensée se détache des joies de l'existence terrestre pour s'attacher à un idéal de sacrifice dont l'éclat l'attire el l'ébloui t : « J'ai résolu de mourir », dit-elle à sa mère ; et elle justifie sa résolution à peu près par les mêmes motifs qui servaient à Praxithéa à expliquer la sienne. « C'est sur moi que la Grèce entière fixe en ce moment les yeux ; il dépend de moi que les vaisseaux partent et que Troie soit détruite... Ai-je le droit de tant aimer la vie? C'est pour la Grèce entière que tu m'as enfantée, et non pour toi seule*. » Dès lors Iphigénie n'est plu» une victime qui se résigne à mourir : c'est une fille héroïque qui marche d'elle-même, et avec une sorte d'enthousiasme, à un sacrifice glorieux. Elle ne veut point qu'on pleure autour d'elle : la cérémonie sainte où elle va être immolée pour le salut de tous doit être une fête que les femmes célébreront par des danses et par un joyeux péan en l'honneur d'Artémis.