Electre
2. Euripide ne fait aucone allusion à Sophocle. Peut-être VÉUctre de Sophocle, dont on ignore absolument la date, n'était-elle pas encore représentée en 413.
parce que la surprise qu'elle fera éclater sera beaucoup plus vive. Oreste, dont le retour saisit Electre de joie plus encore que d'étonnement, était attendu et désiré par elle. Gréiise, en arrivant à Delphes, n'espère en aucune manière revoir son fils. Ce fils cl cette mère, qui ne se connaissent point, sont d'ailleurs à l'égard l'un de l'autre, presque jusqu'à la fin de la pièce, dans ime situation des plus violentes : Creuse a tenté d'empoisonner Ion ; Ion, à son tour, veut mettre à mort Creuse. Ce sont plus que des ennemis qu'il s*agit de réconcilier : ce sont des personnages qui ont essayé de se tuer réciproquement et qu'il faut jeter ensuite dans les bras l'un de l'autre. Si les preuves du lien qui les unit leur étaient données trop vite, la méfiance et la haine qui les animent feraient qu'ils n'y voudraient pas croire. Il est donc nécessaire que la reconnaissance soit ménagée avec art. Le poète n'y a pas manqué. Au moment où Ion va arracher Creuse de l'autel où elle s'est réfugiée, survient la Pythie, qui l'arrête. Elle tient dans ses bras une corbeille entourée de bandelettes, renfermant des langes d'enfant. Cette corbeille est celle où Ion a été trouvé sur le seuil du temple de Delphes, et ces langes sont ceux qui l'enveloppaient. Le jeune homme reçoit avec émotion des mains de la Pythie l'objet qui lui révèle une partie du secret de sa naissance, et dont la vue le fait songer à son enfance privée de soins, sevrée de caresses ; en même temps, dans des vers d'un sentiment très délicat, il plaint sa mère inconnue. Bientôt, il ouvre la corbeille. Creuse pousse un cri de stupeur : elle a re-
connu le berceau où jadis elle a déposé, dans la grotte de Cécrops, le fils d'Apollon. Elle quitte brusquement Tautel du dieu, se précipite sur la corbeille et sur Ion, qui la croît folle. « Tu es mon fils ! » lui criet-elle. Mais Ion, qui a des motifs de se tenir en garde, ne se laisse pas convaincre aussi vite : il lui faut des preuves, et il lui en faut plusieurs. « Cette corbeille, demande-t-il à Creuse, est-elle vide ou pleine? — Elle contient les langes dont je t'ai enveloppé quand je t'ai exposé jadis. — Peux-tu les nommer sans les voir? » reprend le méfiant Ion. Et Creuse est forcée d'énumérer tout ce que renferme la corbeille : une tapisserie inachevée, œuvre de sa vie de jeune fille, où est figurée une tête de Gorgone; deux serpents d*or, pareils à ceux qu'on met au cou des nouveaunés; une couronne d'olivier cueillie sur l'acropole à l'arbre de Pallas et qui doit être restée verte. Ion, qui constate que Créûse ne se trompe pas, est obligé de se rendre à Tévidence, et il laisse enfin éclater sa joie, qui n'est surpassée que par celle de sa mère ' .
La reconnaissance de VIon est de celles qui sont produites au moyen de « signes fictifs » {<sn\ktXcL icewoiTiiiéva), c'esl^à-dire d'objets matériels, dont le détail est de l'invention du poète. Ce genre de reconnaissance, qui était sans doute le plus commun, est peu estimé d' Aristote, qui place au contraire en première ligne celui « qui résulte des faits eux-mêmes et où la surprise se produit par des moyens vraisemblables ». L'exem-