‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 224 sur 341 · Poét., XVI, 9, p. 1433 a, 16-20, Vahlen · texte numérisé non relu

Poét., XVI, 9, p. 1433 a, 16-20, Vahlen

cas OÙ lui-même échapperait au naufrage. Iphigénie, frappée de la justesse de cette réflexion, se décide à prévenir toute éventualité fâcheuse en communiquant de vive voix à Pylade le contenu de son message : « Annonce ceci à Oreste, fils d'Agamemnon : « C'est M celle qui a été sacrifiée à Aulis qui t'envoie ce mes- « sage, Iphigénie, encore vivante, mais qui ne Test plus « pour vous... Ramène-moi à Argos, ô mon frère. « Avant que je meure, fais-moi quitter cette terre bar- « barc; arrache-moi à ce culte sanglant de la déesse, « où je préside à l'immolation des étrangers. Sinon, « je serai pour ta maison une cause de malédiction, « Oreste! » Ces paroles ont été, à deux reprises, interrompues par les cris d'étonnement d'Oreste, qui ne peut croire à ce qu'il entend. Iphigénie insiste, et veut que Pylade, de retour à Argos, explique à son ami comment à Aulis la déesse Artémis, en lui substituant une biche, l'a sauvée du sacrifice et Ta transportée ensuite en Tauride. Le doute dès lors n'est plus possible; Pylade se tourne vers son ami : « Tiens, Oreste, dît-il, voici une lettre que je t'apporte : je te la remets de la part de ta sœur*. »

Iphigénie vient d'être reconnue par Oreste : il faut maintenant qu'Ores te soit reconnu par Iphigénie, car les mots que vient de prononcer Pylade n'y suffisent pas. Cette seconde partie de la scène de reconnaissance satisfaisait moins Aristote que la première. Pourquoi ? « Parce que le poète, dit-il, met dcuis la bouche d'Oreste ce qu'il veut et non ce que demande

Iphig. en Taw\, y. 769-792.

la fable'. » Oreste essaie en effet de convaincre sa sœur en faisant appel à ses souvenirs, en lui donnant sur sa vie passée et sur la maison paternelle certains détails précis, qui sont de la fantaisie du poète. Il lui rappelle une tapisserie où était représentée la querelle d'Atrée et de Thyeste ; Teau de la purification apportée par Clytemnestre d'Argos à Aulis ; la boucle de cheveux qulphigénie, avant le sacrifice, avait envoyée à sa mère; enfin, la lance de Pélops qu'on avait cachée dans la chambre de la jeune fille '. Euripide n'a pas eu grand mérite à imaginer tout cela. C'est pourquoi Aristote préfère la reconnaissance précédente, qui sort de la fable même et qui est amenée par le progrès naturel des événements.

Duplicité d'action. — Hécuhe, Hercule, les Troyennes, les Phéniciennes.

Euripide, qui multiplie les incidents dans le cours d'une même action, a tenté quelque chose de plus hardi, dont les tragédies connues d'Eschyle et de Sophocle ne nous offrent point d'exemple : il a quelquefois enfermé deux actions dans le cadre d'une tragédie unique. Le fait est assez important pour qu'on le mette en lumière et qu'on essaie d'en trouver les raisons.

h'Bécube, pour commencer par la plus ancienne

Page 1