Iphig. en Taur
pièce de ce genre, est, de toute évidence, une tragédie en deux parties. La première de ces parties, qui avait suffi à Sophocle comme matière d'un drame entier ^ a pour dénouement la mort de Polyxène, sacrifiée par les Grecs aux mânes d'Achille. Le sujet de la seconde est la vengeance que tire Hécube du meurtrier de son fils Polydore. Ces deux parties ne sont liées entre elles que par un fil des plus ténus. Une vieille esclave, chargée de puiser de l'eau pour les ablutions des funérailles de Polyxène, voit ftotter près du rivage le cadavre de Polydore et l'apporte à sa maîtresse : c'est ainsi que la tragédie, qui paraissait terminée, recommence. Il est donc incontestable que dans cette pièce il n'y a pas unité d'action. L'unité, si on la cherche, n'existe que dans le persouoage principal, dans cette Hécube qui a épuisé les calamités humaines et dont le poète a voulu faire une vraie mère de douleurs. Pour ce dessein, une seule catastrophe ne suffisait pas : son malheur n'eût pas été assez complet. Il en fallait une seconde ; il fallait qu'en un même jour, comme le prologue l'indique ■, elle eût sous les yeux les cadavres de ses deux enfants. Cette duplicité d'action a d'ailleurs pour conséquence un développement nouveau du caractère d'Hécube. A la mère désolée et abattue qui, après l'immolation de sa fille, « reste couchée par terre, étendue sur le dos et ensevelie sous ses voiles'», suc-
1. La tragédie de Polyxène (Schol. Eurip. Hecuà., 1) dont il no reste qu'un petit nombre de courts fragments (Nauck*, 479-485).
cède une femme que son second malheur pousse à bout, que le désir de la vengeance exalte et qui a soif de sang. Hécube, attirant Polymestor dans un piège pour lui crever les yeux et pour lui tuer ses enfants, est plus qu'une mère qui se venge : elle est déjà « cette chienne furieuse* >» en qui, d'après la tradition, elle sera métamorphosée après sa mort'. Or, la fureur d'Hécube a été déchaînée sans doute par rindigne trahison de Polymestor, mais cette fureur n'éclate si terrible que parce qu'elle grondait déjà sourdement. La mort de Polyxène explique Tatrocité de la vengeance d'flécube. N'ayant pu châtier les Grecs qui lui ont arraché son enfant, Hécube venge du même coup sur Polymestor et son fils et sa lille. C'est ce qui fait comprendre peut-être comment les deux actions se succèdent dans la même pièce.
On croit trouver également une action double dans la tragédie à' Hercule; mais le dessein du poète n'estil pas plus manifeste ici que dans Y Hécube? Le meurtre du tyran Lycos, qui semble terminer une première action, n'est point un dénouement. On est, il est vrai, satisfait de voir disparaître cet odieux personnage et ses victimes lui échapper. Mais, dès qu'Hercule est arrivé, on a senti que c'en était fait de Lycos, qui ne compte plus : on l'oublie vite, pour ne songer qu'au héros et à sa famille. Ce qui est donc en question pendant presque toute la durée de la pièce,