‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 231 sur 341 · éd. Weil, coll. Teubner · texte numérisé non relu

éd. Weil, coll. Teubner

L'Étéocie d'Euripide est tout autre. Dans son entrevue avec Polynice, il se montre d'abord franchement odieux. Un instant seulement, il exprime un sentiment qui a l'apparence d'un sentiment d'honneur : « S'il ne veut pas céder, dit-il, c'est que son frère est venu devant Thèbes avec une armée étrangère, etqu'il serait honteux pour les Thébains d'avoir peur des menaces des Argiens*. » Mais sa véritable raison, celle qu'il développe, sur laquelle il insiste, est celle-ci : J'ai le pouvoir : je le garde, parce que j'y tiens ; et il déclare impudemment que son désir de régner passe pour lui avant la justice. Là-dessus quelques critiques s'indignent vertueusement au nom de la morale publique. Il est certain qu'Étéocle est odieux; mais Euripide a-t-il eu tort de le faire tel? Étéocle chez lui est un des types de l'ambition : en créant ce type, n'est-il pas évident que le poète a voulu peindre cette passion, non dans ce qu'elle peut avoir de noble à quelques égards, dans ses audaces généreuses et ses éclatantes témérités, mais dans ce qu'elle a de bas, dans son défaut de scrupules, dans son mépris du droit? La maxime par laquelle Étéocle termine son discours, dont elle résume le sens : « Si il faut violer la justice, c'est pour conquérir la royauté qu'il est beau de le faire* », est révoltante, mais cruellement vraie. N'est-elle pas la formule, plus ou moins avouée, de tous les grands ambitieux, des faiseurs de coups d'État de tous les temps?

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