‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 232 sur 341 · et suiv · texte numérisé non relu

et suiv

2. 524-525. Cicéron, de Officiis, lll^ 21, 82, reprochait cette maxime à Euripide. César la citait.

Ce caractère d'Étéocle dont Fambition est la passion maîtresse — la haine pour son frère n'est que l'efTet de cette ambition — est cependant un caractère incomplet. Étéocle fait rarement preuve des qualités que son rôle réclame. Cet homme qui a un si vif désir de rester roi ne possède pas les mérite^ d'un roi. Placé en faccdes difficultés, il hésite, il tâtonne : c'est Créon qui doit les résoudre pour lui. A la nouvelle que Tennemi va investir la ville, il veut, avec une armée inférieure en nombre, opérer une sortie, livrer bataille en rase campagne, et il parle d'inonder bientôt la plaine du sang des Argiens. Quand les réflexions prudentes de Créon ont un peu calmé sa jeune impétuosité, il propose successivement trois moyens de venir à bout de Tennemi : une surprise de nuit, une attaque au moment du repas, une charge de cavalerie. Comme aucun de ces moyens n'obtient l'approbation de Créon, il en est réduit à suivre les conseils de celui-ci, c'est-à-dire à opposer simplement sept chefs thébains aux sept chefs argiens*. Ces chefs, il n'a pas le temps, dit^il, de les nommer; mais on peut supposer qu'il serait fort en peine de les nommer, parce qu'il serait embarrassé de les choisir. Étéocle qui, dans sa conversation avec Créon, vient de se montrer stratégiste très malhabile, ne doit pas savoir, ce qui est un des talents du commandement, faire choix de ses auxiliaires. D'ailleurs, cet homme si pressé trouve, avant de courir à l'ennemi, le temps d'adresser à Créon des recommandations de

famille. Il veut d'abord que sa sœur Antigone se marie avec Haemon, fils de Créon, parce que ce projet de mariage est un des élétnents qui doivent entrer dans la composition de la dernière scène de la tragédie. Il ordonne ensuite^ sous peine de mort, que personne ne donne la sépulture à Polynice parce qu' Antigone, à la fin, voudra enfreindre cet ordre, et qu'à ce propos s'élèvera entre elle et Créon un conflit qui poun-a être intéressant. Gomment méconnaître le caractère artificiel de ces prévisions d'Étéocle, uniquement inventées pour justifier d'avance et pour rattacher au drame des incidents qui ne faisaient pas partie du sujet? L'Étéocle d'Euripide, si occupé de détails accessoires, si dépourvu, dans les choses essentielles, de clairvoyance et de décision, ambitieux cynique, sans talent et sans caractère, ne saurait soutenir la comparaison avec l'énergique figure de TÉtéocle d'Eschyle.

Il y avait pour Euripide une autre occasion d'infériorité. Le chœur, qui tient tant de place dans les Sept, y est composé de jeunes filles thébaines, tandis que ce sont des Phéniciennes qui composent celui d'Euripide. Nous sommes avertis par le poète, et cet avertissement n'est pas inutile, que c'est à la suite d'une victoire remportée par les Tyriens que ces jeunes filles ont été envoyées en Grèce pour être consacrées, comme offrandes, au culte d'Apollon. Au moment où elles se dirigeaient vers Delphes, but de leur voyage, l'arrivée inattendue de l'armée d'Argos les a forcées de s'enfermer dans Thèbes. Mais quelle nécessité de faire venir ce chœur de si loin? Pourquoi

cette fable? Le scholiaste a cru pénétrer l'intention du poète : « C'est à dessein, dit^il, que les femmes du chœur ne sont pas du pays, mais des étrangères : c'est afin qu'elles puissent ensuite, sans avoir rien à craindre, reprocher à Etéocle son injustice. Comment auraient-elles pu critiquer le roi, si elles avaient été ses sujettes ' ? » Cette explication, ingénieuse en apparence, n'est point exacte. En quoi donc consiste cette critique faite parle chœur de l'injustice d'Étéocle? En une réflexion, une seule pour toute la pièce, et qui tient en deux vers*. Est-ce en vue de ces deux vers, qui n'ont rien du reste de bien compromettant pour celles qui les prononcent, qu'Euripide a imaginé cette histoire déjeunes filles envoyées de Tyr à Delphes, et qu'il a composé son chœur comme il l'a fait? N'est-il pas à supposer seulement que, s'il a choisi des jeunes filles phéniciennes, c'est parce qu'Eschyle, dont il ne voulait pas suivre les traces, avait choisi de jeunes Thébaines ? Mais cette indépendance n'a pas tourné à son avantage. Chez Eschyle, les jeunes filles tremblent pour leurs pères, pour leurs frères, pour leurs familles et pour elles-mêmes; elles sont en proie aux angoisses de femmes qui s'attendent à voir leur ville prise d'assaut. Chez Euripide, elles n'ont dans les murs de Thèbes ni parents, ni amis et ne peuvent, en conséquence, éprouver pour la ville qui leur donne l'hospitalité que des sympathies, faiblement motivées par une lointaine communauté d'origine entre les deux peuples. Il est donc impos^

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