Schol
sible qu'elles ressentent vivement le contre-coup des événements. Le chœur des Phéniciennes, par le fait même qu'il se composait d'étrangères, était condamné à être moins pathétique que celui des Sept.
Ce n'est là qu'une différence secondaire. La différence capitale, c'est qu'Euripide, en traitant le même sujet qu'Eschyle, s'est vu forcé de substituer à une action dramatique simple une action complexe. Or, cette complexité devait avoir un double effet : elle faisaitd'abord qu'une partie des événements qui, chez Eschyle, se passe en dehors de la scène, se déroulât sur la scène; qu'il y eût, par suite, moins de récils et plus de mouvement. Elle réclamait en outre l'introduction de personnages étrangers au drame d'Eschyle. De là, ces créations du poète : Polynice si touchant, Ménoikeus si héroïque, Jocaste si profondément mère ; en sorte que les Phéniciennes ne sont pas uniquement, comme les Sept^ un drame guerrier d'une impression simple, mais un drame humain aux impressions multiples, qui, en restant terrible par ses catastrophes, est souvent attendrissant par les incidents qui se mêlent au large cours de son action.
Passons à YÉlectre d'Euripide, qui rappelle les Choéphores et qui fait songer en même temps à V Electre de Sophocle. Nous n'avons pas l'intention d'établir entre ces trois tragédies une comparaison suivie et détaillée, qui manquerait certainement de nouveauté*, mais seulement de demander à ce rap-
1. Cette comparaison a été jadis développée longuement par M. Par tin, frag. grecsy t. II, chap. yiii. Elle a été faite depuis brièvement»
prochement ce que nous cherchons à connaître^ c'està-dire les combinaisons auxquelles Euripide a eu recours quand il s'est appliqué à des sujets déjà traités avant lui.
L'action des Choéphores est des plus simples. Près du tombeau d'Agamemnon, où Electre et les femmes du chœur répandent des libations pour obéir à Clytemnestre, qu'un songe vient d'épouvanter, s'opère la reconnaissance d'Oreste et de sa sœur qui concertent leur plan de vengeance. Oreste et Pylade pénètrent dans le palais à la faveur d'une ruse. Égisthe, qu'on est allé chercher pour recevoir les étrangers, arrive et tombe sous leurs coups. Glytemnestre, après s'être débattue sur la scène contre son fils, est entraînée et tuée par lui derrière la scène. Le fond du théâtre s'ouvre : on aperçoit les cadavres d'Égisthe et de sa complice. Oreste, qui en frappant sa mère a obéi à un ordre d'Apollon, montre, pour acheverde se justifier, le voile dans lequel Agamemnon a été enveloppé jadis par les meurtriers ; mais son esprit commence à se troubler, et il voit déjà les Furies. — Chez Sophocle, où le personnage principal n'est plus Oreste, mais Electre, la reconnaissance se distingue de celle des Choéphores en ce qu'elle est accompagnée d'une péripétie. On apporte à Electre les cendres d'Oreste ; Electre croit son frère mort : un instant après, il lui apparaît vivant. De plus, les deux meurtres se succèdent dans un autre ordre : Glytemnestre est tuée la première, et rapidement, par son fils; Égisthe n'est
mais avec une rare précision, par M. Wcil (Notice sur Electre, dans son édition de Sept Tragédies d'Euripide),
tué qu'après elle; l'horreur du parricide se trouve atténuée par Timpression de la justice de cette seconde vengeance. Oreste enfin n'est pas et ne sera pas poursuivi par les Furies.
Si V Electre de Sophocle, comme on le croit généralement', a précédé celle d'Euripide, notre poète, ayant à lutter avec deux maîtres de l'art tragique, ne pouvait manquer d'être assez embarrassé pour donner après eux une forme nouvelle et personnelle à im sujet très connu, très populaire, dont il ne lui était pas permis d'altérer les données essentielles. Cet embarras se trahit plus d'une fois dans la composition de la pièce. Quelques-uns des moyens qu'Euripide emploie pour rajeunir le vieux drame de la vengeance du meurtre d'Agamemnon ressemblent moins à des combinaisons qu'à des expédients. 11 change d'abord le lieu de la scène. Dans les Choéphores^ c'est à peu de distance du palais, auprès du tombeau d'Agamemnon, qu'Oreste et Electre se rencontrent et se reconnaissent; c'est auprès de ce mort, qu'ils invoquent et qui est comme présent à leur entretien, qu'ils s'encouragent et s'animent mutuellement à la vengeance. Chez Sophocle, la scène est également à Argos, devant la demeure des Atrides.'Chez Euripide, elle est à la campagne. Pour quelle raison? C'est qu'Electre habite, au penchant d'un coteau, uiie chaumière où elle est la compagne d'un pauvre culti-
1. A Trai dire, la date de YÉlectre do Sophocle ne peut se déterminer même d'une façon approximatÎTe, et c'est pour des raisons d'art, qui n'ont rien de décisif, qu'on place d'ordinaire cette tragédie ayant celle d'Euripide, qui parait dcToir être rapportée à l'an 413. »
valeur, qu'Égisthe Fa forcée d'épouser. Ce cultivateur est assurément un fort honnête homme ; mais à quoi sert-il dans la suite de la pièce, sinon à fournir au poète l'occasion d'une ou deux tirades contre le préjugé de la noblesse? Voilà donc une invention qui introduit un personnage inutile à l'action. C'est, il est vrai, dans ce ménage rustique qu'Oreste, errant autour d'Argos pour trouver sa sœur, reçoit par hasard l'hospitalité avec son ami Pylade; et, comme cette hospitalité est aussi pauvre qu'elle est cordiale, le bon laboureur, pour faire fête à ses hôtes, se voit forcé d'aller emprunter des vivres à un voisin ; et ce voisin est précisément le père nourricier d'Agamemnon, le vieillard qui jadis a sauvé Oreste des mains d'Égisthe; et c'est lui enfin qui, en venant apporter les provisions qu'on lui demande, reconnaîtra Oreste. Ainsi, Electre réduite à la condition de paysanne, l'homme des champs qui est son mari et qui ne l'est que de nom, le vieillard du voisinage, tout cela ne tend qu'à amener la reconnaissance par des moyens autres que ceux dont Eschyle et Sophocle s'étaient servis. On peut trouver que ces moyens sont bien laborieux.
Le changement du cadre de l'action devait avoir pour effet de modifier les circonstances des deux meurtres. Il fallait expliquer comment Égisthe et Clytemnestre quittent le palais et la ville pour venir aux champs tomber, l'un après l'autre, sous les coups de Pylade et d'Oreste. Mais les champs ne sont-ils pas peuplés de divinités? Égisthe sera donc amené par le désir, assez peu vraisemblable, d'honorer les divi-
nités champêtres. Oreste, qui ne s'est pas attardé à goûter la joie des embrassements d'Electre et qui veut agir sans retard, apprend du vieillard qu'Égisthe est tout près, occupé aux préparatifs d'un sacrifice en rtionneur des Nymphes. Le roi n'a' pas sa garde avec lui ; il n'est entouré que de quelques esclaves : le moment est donc favorable. Oreste part. Peu d'instants après, on entend des cris : Égisthe est tué, le messager en apporte la nouvelle, et bientôt les deux amis traînent sur la scène le cadavre sanglant, qu'Electre se donne le sauvage plaisir d'insulter.
Le motif qui amène Clytemneslre n'est guère plus sérieux. Electre, pour attirer sa mère, lui fait dire qu'elle est accouchée d'un fils, et que, dans son inexpérience, elle a besoin d'elle pour offrir aux dieux le sacrifice d'usage du dixième jour. Clytemnestre, qui a suivi sans doute un autre chemin que celui près duquel Egisthe a péri, arrive sans défiance : elle^ franchit le seuil de la chaumière où se tiennent cachés Oreste et Pylade, et elle tombe dans le guetapens. Ces circonstances font d'Electre un personnage assez diflFérent de celui d'Eschyle et de Sophocle. Oreste ici n'est que le bras qui exécute, en tremblant, la vengeance dont Electre est l'âme résolue. Electre a, pour son frère, la décision, le sang-froid, l'absence de scrupules et d'émotion, la haine farouche. C'est elle qui imagine le piège tendu à sa mère et qui l'y conduit froidement; c'est elle qui excite de la voix Oreste, dont le cœur faiblit; et quand celui-ci se couvre les yeux de son manteau pour ne
pas voir ce qu'il fait, c'est Electre qui dirige la main de son frère et la pointe de son épée vers le sein de leur mëre suppliante. Cette fille, d'une cruauté implacable, qui n'a pas un moment d'hésitation, qui n'entend pas un seul instant la voix du sang, fait franchement horreur. Euripide l'a voulue telle, non pas seulement pour qu'elle ne ressemblât point à l'Electre de ses devanciers, mais pour rendre odieuse et révoltante l'exécution du meurtre d'une mère et pour faire condamner ce meurtre, au nom de la morale naturelle, par les spectateurs de son drame ^ En raison de ces préoccupations qui sont évidentes, ce drame laisse une impression différente de ceux d'Eschyle et de Sophocle sur le même sujet. Il leur est d'ailleurs, comme on l'a bien des fois démontré, fort inférieur pour la conduite de l'action comme pour le dessin des caractères. Mais VÉlectre d'Euripide est, parmi les pièces qui nous sont restées do ,lui, une des moins bonnes, tandis que celles de ses rivaux sont au nombre de leurs chefs-d'œuvre. Il serait injuste de juger l'art tout entier du poète sur cette unique comparaison.
Entre VOreste d'Euripide et les Euménides d'Eschyle le rapport est beaucoup moins étroit. Ces tragédies ne se ressemblent qu'en deux points : de part et d'autre, Oreste est en proie aux Furies vengeresses de sa mère; de part et d'autre, il subit un jugement. Mais les Furies, qui, dans le drame d'Eschyle, sont
1. Les Dioscurcs, à la fin de la pièce, ont soin do rejeter sur Apo]* Ion la responsabilité de cette action, qui pour eux est un crime (v. 1266. 1296). Cf. Oreste, v. 30.
des personnes réelles, que Ton a devant les yeux, n'existent plus, dans celui d'Euripide, qu'à l'état de fantômes et de visions d'un cerveau malade; et le jugement, au lieu de se passer devant l'Aréopage, a pour scène l'assemblée populaire d'Argos, ce qui en change tout à fait les conditions et le caractère. Des deux côtés sans doute le sort d'Oreste est en question; mais chez Euripide le sort d'Electre se trouve lié à celui de son frère, et les incidents de l'action, comme le dénouement, sont tout autres. En réalité, le poète, pour ne pas être gêné par le souvenir d'Eschyle, a inventé une intrigue nouvelle. Son drame à' Ores te commence où finissait celui à* Electre^ quelques jours après le meurtre, au moment où Ménélas, qui a erré sur les mers beaucoup plus longtemps qu'Agamemnon, revient de l'expédition de Troie et aborde à Argos avec Hélène qu'il a retrouvée. Ménélas sera un des personnages principaux du drame. Oreste, qui prévoit la condamnation dont les Argiens vont frapper les parricides, n'espère qu'en Ménélas : à peine ce dernier est-il arrivé qu'il invoque et qu'il implore son appui. Mais Ménélas a plus de prudence que de générosité : il est moins touché des prières d'Oreste que de la colère du vieux Tyndare, père de Clytemnestre, qui réclame la vengeance du crime. Oreste insistant, il lui répond par des paroles vagues; il hésite, ne promet rien; enfin, il se déclare impuissant. Survient Pylade, qu'Oreste met au courant de la situation. Les deux jeunes gens décident de se rendre ensemble à l'assemblée du peuple, où Oreste plaidera lui-même sa cause; mais cette démarche ne
sauve ni Oreste ni Electre, qui sont condamnés par le jugement populaire à se donner eux-mêmes la mort avant la fin du jour. Tandis que le frère et la sœur ont ensemble un dernier entretien, Pylade, qui se déclare prêt à mourir avec eux, leur suggère une résolution nouvelle : avant de mourir, il faut se venger de Ménélas, qui les trahit en les abandonnant ; et le plus sûr moyen de l'atteindre, c'est de lui tuer cette femme qu'il aime encore malgré ses perfidies, cette Hélène dont la mort donnera satisfaction à la Grèce. Electre propose en outre, comme mesure de précaution contre la fureur de Ménélas, de s'emparer d'Hermione et de la garder en otage. Ce qui est décidé s'exécute. On entend les cris d'Hélène, qu'Oreste et Pylade égorgent traîtreusement dans le palais ; Hermione arrive et tombe entre les mains des deux amis qui la gardent à vue. En vain Ménélas, rentré trop tard, ébranle les portes du palais : le palais est bien fermé, et Oreste d'en haut montre à Ménélas sa fille, la gorge découverte, qu'il menace de la pointe de son épée : il la tuera, si son père ne cousent à intervenir auprès des Argiens pour leur faire rapporter leur sentence de mort. Ménélas, partagé entre la fureur de la vengeance et Tinstinct paternel, ne sait à quoi se résoudre, quand Apollon vient à point mettre un terme à ses perplexités et arranger les choses. Hélène qui, après avoir été frappée par Oreste et Pylade, a disparu d'une façon merveilleuse, aura désormais, à titre de fille de Jupiter, le ciel pour demeure. Oreste ira subir un second juge* ment à Athènes, où il sera absous, et il se réconci-
liera ensuite avec Ménélas, en épousant sa fille Hermione, tandis que Pylade prendra Electre pour femme.
On voit, par cette rapide analyse, qu'à part l'intérêt qui s'attache à la personne d'Oreste, la pièce n'a presque rien de commun avec les Euménides. A une tragédie d'une gravité religieuse et d'une action simple Euripide a substitué un drame tout humain, aux événements variés, aux incidents inattendus, et dont le dénouement, les anciens l'avaient déjà remarqué \ ressemble un peu à un dénouement de comédie.
Parmi les sujets qu'Euripide traita après Eschyle, il n'en est plus qu'un qui puisse nous fournir, entre les deux poètes, sous le rapport de l'action dramatique, certains points de comparaison : c'est le sujet de Philoctète. Le Philoctète d'Euripide, joué avec la Médée et le Dictys en 431, est antérieur de plus de vingt ans à celui de Sophocle. Notre poète ne rencontrait donc là que la rivalité d'Eschyle.
De la pièce d'Eschyle comme de celle d'Euripide nous ne saurions à peu près rien, si un rhéteur de l'époque deTrajan, Dion Chrysostome, ne s'était avisé un beau jour de lire de suite, en les comparant, les trois tragédies des trois grands maîtres, et s'il n'avait pris la peine de nous transmettre les impressions de sa lecture*. Ces impressions, que nous voudrions plus complètes, sont cependant précieuses à recueil-
i. Voir le premier argument de la pièce.
2. Dion Chrys., OraL^ 52. Ce morceau a été traduit par M. Egger dans son Histoire de la critique chet les Grecs, p. 441-447, 3» édition.
lir. — Chacune des trois pièces, s'il faut en croire Dion, était un chef-d'œuvre ; il déclare qu'il lui a été impossible de trouver un morceau « qui pût décider de la défaite de l'un ou de l'autre des trois rivaux » . Il semble cependant que chez Eschyle, dont Dion loue la grandeur, la simplicité antique, la hardiesse de pensée et d'expression, l'action dramatique laissait quelquefois à désirer, en ce qui est surtout de la vraisemblance. Eschyle avait mis en présence à Lemnos Ulysse et Philoctète ; mais il avait supposé que ce dernier ne reconnaissait pas son ennemi. « Ceux qui n'aiment pas Eschyle, dit le rhéteur, pourraient lui reprocher de n'avoir pas assez cherché à rendre admissible cette supposition » ; et Dion, qui est impartial et bienveillant, essaie de justifier le vieux poète, en faisant observer que dix ans écoulés ont dû apporter quelque changement aux traits d'Ulysse, et en laissant entendre que Philoctète, blessé, malade, condamné à une longue solitude, peut bien avoir perdu la mémoire des physionomies. Ces excuses sont assurément insuffisantes. Autre invraisemblance de la pièce d'Eschyle : les personnages du chœur, qui étaient, non point des compagnons de Néoptolème comme chez Sophocle, mais des Lemniens, s'approchaient de Philoctète, comme s'ils le voyaient pour la première fois, et comme si, depuis dix ans que le malheureux habitait leur île, pei'sonne ne lui eût encore adressé la parole. Euripide, qui, dit le rhéteur, « apporte dans tous les détails un soin si intelligent, qui ne laisse rien d'invraisemblable et ne néglige rien», ne devait pas encourir les mêmes reproches.
Chez lui, tout était prévu. Ulysse abordera Philoctète dès le commencement du drame, mais il l'abordera sans pouvoir être reconnu ; car sa divinité protectrice, Athèna, qui le pousse à cette démarche, a changé ses traits et modifié le son de sa voix. D'autre part, comme il est impossible qu'aucun habitant de Lemnos n'ait été déjà en relation avec Philoctète, Euripide introduira dans sa pièce un Lemnien, nommé Actor, qui est connu du héros, pour s'être intéressé sans doute à sa misère \
Une autre difiFérence essentielle entre les deux pièces, c'est que, dans celle d'Euripide, les Troyens envoyaient auprès de Philoctète une députation chargée de le décider à venir défendre leur pays avec les armes d'Hercule. Les délégués de Priam se rencontraient donc, devant la caverne de Philoctète, avec les délégués des Grecs, Ulysse et Diomède ; les premiers cherchant à exploiter la haine du héros contre ses anciens compagnons d'armes, les seconds essayant de calmer ses rancunes et de réveiller en lui le sentiment de la patrie grecque. Cette situation, en même temps qu'elle donnait un intérêt nouveau à l'action, fournissait matière à l'un de ces débats contradictoires auxquels Euripide se complaît. Nous en croirons volontiers Dion Chrysostome, qui devait se connaître en rhétorique, quand il affirme qu'Euripide, faisant plaider à ses personnages deux causes contraires, s'était montré plein d'art, « d'une fécondité
1. Chez Hygin (Fab,f 102), Actor est roi de Lemnos, et c'est un de ses bergers, nommé Iphimachos, qui fournit à Philoctète sa subsistance.
et d'une habileté oratoire incomparables ». Nous l'en croirons aussi quand il parle des « leçons utiles » que renferme cette tragédie, dont les chœurs en particulier abondaient en sentences et en exhortations morales. Les drames d'Euripide avaient donc en 43i, et la Médée ne dément point cette assertion, quelques-uns des caractères ou, si l'on veut, des défauts essentiels qui les distinguent de ceux de Sophocle.
Dion Chrysostome nous renseigne également sur ce qu'était le caractère d'Ulysse dans les trois pièces : <( L'Ulysse d'Eschyle, dit-il, a la finesse et la ruse des hommes de ce temps-là, mais il est bien loin de la malignité de ceux d'aujourd'hui. Celui de Sophocle a plus d'humanité et moins de dissimulation que celui d'Euripide ». Cette dernière observation se trouve confirmée par ce que nous savons de la première scène de la pièce d'Euripide, scène dont Dion, dans un autre morceau', nous a donné une paraphrase en prose. — Ulysse, qui vient de débiter le prologue, voit s'approcher de lui Philoctète, qui ne le reconnaît pas sous son déguisement, et la conversation s'engage entre eux. Ulysse apprend bientôt à son interlocuteur qu'il est Grec, et de ceux qui sont allés à Troie. Peu s'en faut que ces mots ne lui coûtent cher, car le premier mouvement de Philoctète est de vouloir se venger de l'abandon où on l'a laissé : il tend son arc et vise l'inconnu. Celui-ci n'a que le temps de lui donner le change, en assurant qu'il a eu, lui aussi, à souflFrir des Grecs et qu'il a été forcé