‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 236 sur 341 · et suiT · texte numérisé non relu

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de la situation délicate où il est vis à vis de Creuse,

a imaginé de faire adopter par le mari de celle-ci

Tenfant qui est le sien. « La première personne que

tu rencontreras en sortant du temple, a dit Toracle

à Xouthos, sera ton fils. » Et Xouthos, tout surpris

qu'il est, n'hésite cependant pas, pour obéir au dieu,

à donner au jeune Ion, qui s'offre le premier à ses

regards, le nom de fils. S'il était réellement le père

de l'enfant, la scène pourrait être touchante. Mais,

comme Xouthos n'est pas le père, mais seulement

le mari de la mère, et comme il joue dans la pièce un

rôle de dupe qui, bien que le dupeur soit un dieu, le

rend un peu ridicule, cette scène provoque seulement

une douce et légère gaité. Comment ne pas s'amuser

aux dépens de Xouthos et de sa simplicité d'esprit?

Contrairement à ce qu'on attendait, c'est le jeune

homme, c'est Ion, qui dans cette affaire est perspicace

ou tout au moins curieux, et c'est l'homme mûr,

c'est Xouthos qui ne l'est point. Ion ne se contente

pas de cette découverte qu'il a un père dont il ne se

doutait guère; il veut savoir surtout quelle est sa

mère et comment il est venu au monde. Xouthos,

lui, ne sait rien, se perd là-dessus en conjectures peu

édifiantes, et parait enfin se préoccuper si peu de la

question, qu'on s'égaie de cette naïveté, très voisine

des limites de la sottise ^ Xouthos du reste n'est pas

un héros du noble pays de l'Attique : c'est un Achéen,

un étranger entré par un mariage dans une famille

athénienne; on peut rire de lui.

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