‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 258 sur 341 · et suiv · texte numérisé non relu

et suiv

3. Nous entendons la machine qui amène les dieux. Or le poète emploie cette machine pour la première fois dans VHippolyie en 428, puis, vers la même époque, dans VAndromaque, qui n'a pas été représentée d'ailleurs à Athènes.

qui eût pu cependant se passer de son aide. A part ces deux tragédies, auxquelles il faut ajouter, parmi celles qui sont perdues, VAlcmène et VAntiope^^ ou peut dire que la divinité n'est souvent pour rien dans le dénouement des drames d'Euripide, où d'ordinaire tout est fini quand elle se montre. Quelquefois, comme dans les Suppliantes et Ylphigénie en Tau^ ridcy son apparition a surtout pour effet de donner un caractère plus auguste à une convention politique où à l'institution d'un culte divin ; mais, d'une façon générale, (et ceci s'applique à tous les cas), la divinité vient à la fin de plusieurs drames du poète pour annoncer l'avenir, pour dire Y épilogue de la pièce. De même qu'au commencement le prologue a exposé les faits qui ont précédé l'action, de même à la fin l'épilogue expose ceux qui la suivront. Or, si le passé peut être connu des homn\es par la tradition, la science de l'avenir leur est refusée : il faut donc que l'épilogue soit dans la bouche d'un dieu.

Ce n'était pas là une véritable surprise pour les spectateurs athéniens, qui se souvenaient de l'apparition de la déesse Athëna vers la fin des Euménides d'Eschyle. Mais, en dehors du théâtre d'Euripide, on n'en trouve qu'un seul autre exemple, dans le Philoctète^ où Sophocle imita à cet égard son rival. Il semble donc que ce procédé d'art dramatique appartienne presque exclusivement à Euripide. Quelle

{, D'après Hygin, Fab. 8, Hermès intervenait à la fin de VAniiope pour défendre à Amphion et à Zéthos de tuer Lycos, et pour ordonner à Lycos de céder le trône de Thèbes à Amphion. Cf. H. Weii, Revue des études grecques y 1889, p. 332. — L'interrention de Bacchus à la fin du Phrixos (Hygin, Fab. 2) est seulement probable.

a été en cela son intention? Qu'a-t-il voulu en composant l'épilogue, en ajoutant aux parties anciennes et régulières de. la tragédie cette partie nouvelle et non essentielle, cette sorte d'appendice? Peut-être a-t-il eu d'abord en vue de charmer et d'émerveiller le public par la mise en scène d'une apparition céleste. Il ne faut pas supposer le vulgaire d'alors plus sceptique qu'il n'était et ne pouvait être. Les vieillards de l'époque racontaient encore qu'à Marathon on avait vu le spectre de Thésée marcher à la tête des bataillons athéniens * ; ils disaient comment, à Salamine, un navire était allé sur les côtes d'Égine chercher les iïlacides ', comment aussi, pendant la mêlée, un fantôme de femme, Athèna sans doute en personne, d'une voix assez haute pour se faire entendre de toute l'armée, avait excité l'ardeur des Grecs'. Depuis ce temps, il est vrai, les dieux, retirés dans leur Olympe, ne se montraient plus et ne communiquaient avec les hommes que par leurs oracles. Mais leur désintéressement des choses de ce monde n'était que momentané *, et l'on pouvait s'attendre à chaque instant à les voir reparaître ici-bas. Euripide, qui les amène sur la scène tragique, ne fait du reste qu'être fidèle aux traditions de l'épopée, où ils interviennent à tout moment, soit pour assister les héros, soit pour les combattre. Les événements que représente le

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