Poét. XII, 1452 b
de la tragédie qui précède la parodos (entrée du chœur)», on entend seulement par prologue, quand on parle d'Euripide, le monologue qui ouvre ses drames et qui n'est, en réalité, que la première partie du prologos proprement dit*.
Ce monologue, sorte d'introduction* destinée à mettre le public au courant de ce qu'il doit savoir pour comprendre la pièce, se rencontre en tête de tous les drames qui nous sont parvenus sous le nom d'Euripide, à l'exception du Rhésos^ qui n'est pas de lui, et de Ylphigénieà AuliSy remaniée peut-être par Euripide le Jeune', et où le monologue d'Agamemnon semble avoir été seulement déplacé. On peut donc affirmer qu'il y eut là, de la part du poète, une habitude constante, un procédé régulier. Ce procédé était-il nouveau ? Dans ce qui nous reste du théâtre de Sophocle, il n'y a d'autre exemple de monologue initial que celui des Trachiniennes ; encore ce monologue, à la difTérence de la plupart de ceux d'Euripide, a-t-il un caractère dramatique, et le personnage qui le prononce n'est-il pas seul sur la scène : Déjanire ouvre son cœur et exprime ses inquiétudes
1. La question des prologues euripidëens a fait éclore en Allemagne bien des dissertations. Citons les plus récentes, par ordre chronologique : Gommer, De prologoi^um EuHpideoiiim causa ac ratione (Bonn, 1864); Voss, De prologis Euripideis (Halle, 1813); Aspriotls, De prol. Eurip. (GOttingen, 1876} ; Klinkenberg, De Enrip, proL arte et inlerpolatione (Bonn, 1880) ; Von Arnim, même titre (Oreiswald, 1882).
2. Aristote, Rfiétorigue, III, 14, rapprochant du prologue dramatique l'ezorde du discours, se sort du mot ddonotrjo-tc.
3^ M. Weil discute ces questions dans sa notice sur Vfphigénie (Sept Tragédies d'Euripide, 2« éd. p. 309).
devant sa nourrice, qui lui répond '. Sophocle semble donc avoir presque toujours préféré le dialogue, plus vivant. Mais chez Eschyle, dont les expositions prennent d'ailleurs les formes les plus variées', les trois pièces de VOrestie commencent par un monologue qui, pour Agamemnon et les Choéphores, précède immédiatement Fentrée du chœur, et, pour les Eu-ménides, fait place à un dialogue. C'est ce dernier mode d'exposition qu'Euripide paraît avoir surtout adopté. Sur seize tragédies conservées dans leur inté* grité, il n'y en a, en effet, que quatre où on ne le rencontre point: ce sont les Suppliantes et les Bacchantes^ où au monologue d'ouverture fait aussitôt suite le chant du chœur ; VHéaibe et l'/on, où l'exposition se compose de deux monologues successifs, dont le second est une monodie, et qui sont des morceaux indépendants l'un de l'autre. Dans les douze autres pièces, le monologue est régulièrement suivi d'un dialogue. Mais cette uniformité apparente recouvre encore plus d'une variété. Tantôt' le premier morceau est isolé et ne se rattache pas au dialogue qui vient ensuite, parce que le personnage du prologue, après s'être acquitté de sa tâche, quitte la scène,
1. L'ignorance où Ton est de la date des Trachiniennes no permel pas de supposer que Sophocle, par remploi de ce monologue, ait Toulu imiter Euripide.
2. Dans les Perses et les Suppliantes, le prologue, en tant que partie distincte do la tragédie, n'existe pas : il se confond avec la parodos. Dans les Sept Chefs, l'exposition comprend une succession de trois discours : celui d'Étéocle au peuple thébain, le rapport du messager, la prière du roi. Le Prométhée débute par un dialogue entre Kratos et Héphœstos, suivi d'un monologue du Titan.