‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 266 sur 341 · Cf. Grenouilles · texte numérisé non relu

Cf. Grenouilles

LE PROLOGUE. 42i

point cet artifice : il permettait au poète de rompre de temps en temps avec les habitudes du théâtre, en se privant volontairement des moyens qui servent à éveiller et à tenir en suspens Tattente du public. L'intérêt de ses drames ne doit pas en avoir souffert. Qu'importe, en effet, que les spectateurs sachent d'avance tout, si les acteurs ne savent rien? C'est l'ignorance de ceux-ci et non la nôtre, ce sont leurs émotions en face d'événements inattendus pour eux seuls, qui, parla sympathie qui s'établit d'eux à nous, produisent les effets dramatiques.

Le monologue qui sert d'exposition aux tragédies d'Euripide était, malgré le souvenir lointain de Thespis, une vraie nouveauté dans le domaine de l'art. Nous n'avons pas le droit d'affirmer, sur la foi des plaisanteries d'Aristophane, que le poète ait échoué dans cet effort. Sa persévérance semble indiquer au contraire que les prologues reçurent du public un favorable accueil. Ils sont loin d'ailleurs, on vient de le voir, de se ressembler tous et d'avoir été jetés indistinctement dans le même moule. Tous ne méritent donc ni les mêmes critiques ni les rigueurs de la condamnation générale et trop sommaire que d'ordinaire on prononce contre eux.

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