‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 274 sur 341 · Vers 1009-i · texte numérisé non relu

Vers 1009-i

Le contraste que présentent, sous le rapport du chœur, Andromaque et les Suppliantes ne s'explique pas par des raisons chronologiques, puisque, si Ton ignore la date précise de ces deux pièces, du moins est-on assuré qu'elles ne sont point séparées par un long intervalle. Cependant, comme dans la carrière d'Euripide on distingue différentes phases, et comme le poète a eu plusieurs manières, ne pourrait-on supposer que le rôle du chœur a changé dans son théâtre avec les années, et que le lien, très solide d'abord, qui rattachait ce chœur à l'action, n'est devenu très lâche que par degrés? Pour vérifier la valeur de cette hypothèse, il suffira de comparer la plus ancienne tragédie qui soit restée de lui avec les dernières qu'il ait composées, celles qui furent jouées après sa mort.

L'intérêt très vif que les choreutes de VAlceste prennent à la situation dramatique éclate dès leur entrée dans l'orchestre. La parodos n'a point là sa forme ordinaire. Ce n'est pas un chant continu : c'est, en partie, un entretien oti les deux chefs des demichœurs, dans de courtes phrases, par des paroles brèves où se trahit l'inquiétude, échangent leurs conjectures au sujet du silence qui règne dans le palais d'Admète*. Ces alternatives d'espoir et de crainte inclinent bientôt vers une cruelle certitude, surtout quand le coryphée a interrogé une servante sortie du palais et a appris d'elle comment Alceste se prépare à consommer son sacrifice. L'émotion du

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