‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 275 sur 341 · Vers 77-H · texte numérisé non relu

Vers 77-H

chœur est alors trop forte pour prendre la forme d'un chant régulier. Le stasiman qu'on attendait fait place à un dialogue lyrique dont les strophes, pleines de mouvement, se répartissent entre plusieurs chorentes qui, sous des formes diverses, expriment les mêmes sentiments, invoquant d'abord les dieux, s'abandonnant ensuite à la désolation. C'est à peine si ces hommes se souviennent qu'ils sont vieux et que leur âge leur donne le droit de faire de rapides réflexions sur les malheurs que le mariage traîne à sa suite ^ Gomment leur pensée se détacherait-elle maintenant d'Alceste, dont ils entendent les dernières paroles, qu'ils voient mourir entre les bras de son mari et de ses enfants ? Restés seuls, leur premier chant sera un adieu à cette noble femme, un éloge de son héroïsme. L'arrivée d'Hercule, à qui le coryphée est forcé de répondre, viendra sans doute les distraire un instant, et la résolution d'Admèt^, que son deuil n'empêche pas d'accueillir l'étranger à son foyer, leur fournira l'occasion de célébrer cette vertu d'hospitalité que leur maître a déjà exercée jadis à l'égard d'un dieu. Peut-être, à ce moment, rappellent-ils avec trop de complaisance Apollon pasteur en Thessalie et les merveilles de sa cithare' ; mais ils ne tarderont pas à suivre le convoi funèbre de leur maîtresse, et, quand ils reviendront avec Admète, ce sera pour remplir auprès de celui-ci le rôle d'un parent ou d'un ami, partageant sa douleur et essayant de la calmer par de consolantes paroles.

C'est encore pour inviter Admëte à la résignation que, dans leur dernier chant, ils proclament la puissance irrésistible de la Nécessité ; c'est pour distraire son désespoir par de brillantes perspectives d'avenir, qu'ils feront l'apothéose d'Alceste, dont ils veulent que le tombeau soit honoré à l'égal de celui d'une di\'inité bienheureuse*. Le dénouement les saisira de joie et d'étonnement, et les dernières paroles du coryphée, où cet étonnement s'exprime, ne seront point, comme elles sont ailleurs, une formule banale. On peut donc dire que, dans la plus ancienne des pièces d'Euripide que nous possédons, le rôle du chœur, à part quelques détails sans importance, échappe à toute critique.

En est-il de même dans les dernières? Pour les Bacchantes^ la réponse ne fait pas de doute. Bien que la scène de ce drame soit à Thèbes, son chœur est composé de femmes étrangères, de Lydiennes, qui des côtes d'Asie ont suivi jusqu'en Grèce celui qu'elles prennent pour le prophète du dieu, et qui est le dieu lui-même. Attachées au thiase de Bacchus, fanatiques de son culte, comment, dans le cours de l'action, ne prendraient-elles pas résolument parti pour leur maître divin? comment n'essaieraient-elles pas d'aider k l'établissement de cette religion dont leur enthousiasme célèbre les vertus singulières et les merveilleuses extases? Le ton sentencieux de deux des stasima, ces appels répétés à la foi des simples*, s'expliquent aisément. Il s'agit de confondre la

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